Journal de bord période #6

09/11/2014

Lundi 3 novembre

Le dos contracté, le bassin qui commence à grignoter, à craquer dans tous les sens. Rendez-vous avec mon ostéopathe qui sait comment parler à mon corps, tout se remet en place doucement tandis qu’elle me demande doucement de contrarier les mouvements qu’elle me fait faire. Elle prend toujours beaucoup de temps à m’expliquer ce qu’elle a manipulé en faisant l’effort de m’expliquer le plus simplement possible, mais je ne sais pas pourquoi, je n’écoute jamais vraiment et je me perds dans ses grands yeux ronds.
Je retrouve une délicate souplesse, glisse dans mon bain chaud, me laisse caresser par la mousse qui m’enveloppe.
Ces jours sont des jours de grâce. Je reprends forme, une belle forme. Je ne me rase plus.
Je me sens bien. J’ai un peu peur.

Mardi 4 novembre

Je me suis remis en quête de lectures, de lectures performatives. Avalé L’idée de Justice d’Amartya Sen, même pas senti le goût, à peine l’odeur. Formidable Dedans, dehors : La condition d’étranger, de Guillaume Le Blanc, que je relis encore et encore, texte plein de pépites, de sidérations, d’adorables saillies qui feront date. Engoncé dans mon canapé, pétri de douceur. C’est le moment d’écouter à nouveau Alice de Tom Waits. Voix éclatée à la dynamite, physique d’acteur déclassé, répertoire dingue, côté un peu circus, imaginarium de Paranassus.

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Last night I dreamed that I was dreaming of you…

Je suis bien, j’ai passé une belle journée, un peu déstabilisé, chancelant.

I watch you as you disappear

Mercredi 5 novembre

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Je suis bien, toujours. J’ouvre une bière brune irlandaise sur les coups de 20h00, une bière qui veut imiter la Guinness sans lui arriver à l’ongle du doigt de pied. Il fait frais dehors, une odeur de cheminée, de bois brûlé, de froid dans les arbres nus. La sensation nette d’avoir manqué quelque chose.
Le nez dans les Inrocks, Guattari, Le Blanc, des notes, le foutoir, Tom Waits, je grifouille, gribouille, fait n’importe quoi parfois, je pars dans tous les sens, attends que la pluie tombe, que le nez gèle, qu’il se ressaisisse, j’en ai à nouveau toutes les facultés, je pleure un peu et tarde à rire, rit pour ne pas trop pleurer, recommence, tourne trois fois sur moi, et puis plus rien. Je retombe, meilleur moyen pour se relever. J’écoute the Acid test, Ry X, Marconi Union, en dépit du bon sens. Tiens, je vais me raser.

Jeudi 6 novembre

Les jours passent comme des amnésies successives où j’ai l’impression de tout recommencer, de tout remettre en question, mais ça ne sert à rien, j’ai trop tendance à laisser filer les moments de bonheur, imbécilement. Je voulais juste être heureux.
Je suis bien.

Vendredi 7 novembre

La semaine de travail a été longue, très longue, entrecoupée de moments de grâce. Rasé de près, passé chez le coiffeur, tout vêtu de blanc, je m’offre une nouvelle virginité. Changer de tête pour oublier un peu et me laisser le temps de me faire mal en regrettant.

J’ai repris le lecture de Kenneth Clark sur Léonard de Vinci, ce qui me fait un bien fou. Tom Waits, en boucle. Je suis bien, je te dis, tout va bien.

Photo d’en-tête : Terrasse de Saint-Germain-en-Laye © Albert

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