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Lun­di 3 novembre

Le dos contrac­té, le bas­sin qui com­mence à gri­gno­ter, à cra­quer dans tous les sens. Ren­dez-vous avec mon ostéo­pathe qui sait com­ment par­ler à mon corps, tout se remet en place dou­ce­ment tan­dis qu’elle me demande dou­ce­ment de contra­rier les mou­ve­ments qu’elle me fait faire. Elle prend tou­jours beau­coup de temps à m’ex­pli­quer ce qu’elle a mani­pu­lé en fai­sant l’ef­fort de m’ex­pli­quer le plus sim­ple­ment pos­sible, mais je ne sais pas pour­quoi, je n’é­coute jamais vrai­ment et je me perds dans ses grands yeux ronds.
Je retrouve une déli­cate sou­plesse, glisse dans mon bain chaud, me laisse cares­ser par la mousse qui m’en­ve­loppe.
Ces jours sont des jours de grâce. Je reprends forme, une belle forme. Je ne me rase plus.
Je me sens bien. J’ai un peu peur.

Mar­di 4 novembre

Je me suis remis en quête de lec­tures, de lec­tures per­for­ma­tives. Ava­lé L’i­dée de Jus­tice d’Amar­tya Sen, même pas sen­ti le goût, à peine l’o­deur. For­mi­dable Dedans, dehors : La condi­tion d’é­tran­ger, de Guillaume Le Blanc, que je relis encore et encore, texte plein de pépites, de sidé­ra­tions, d’a­do­rables saillies qui feront date. Engon­cé dans mon cana­pé, pétri de dou­ceur. C’est le moment d’é­cou­ter à nou­veau Alice de Tom Waits. Voix écla­tée à la dyna­mite, phy­sique d’ac­teur déclas­sé, réper­toire dingue, côté un peu cir­cus, ima­gi­na­rium de Paranassus.

[audio:whd.xol]

Last night I drea­med that I was drea­ming of you…

Je suis bien, j’ai pas­sé une belle jour­née, un peu désta­bi­li­sé, chancelant.

I watch you as you disappear

Mer­cre­di 5 novembre

[audio:ish.xol]

Je suis bien, tou­jours. J’ouvre une bière brune irlan­daise sur les coups de 20h00, une bière qui veut imi­ter la Guin­ness sans lui arri­ver à l’ongle du doigt de pied. Il fait frais dehors, une odeur de che­mi­née, de bois brû­lé, de froid dans les arbres nus. La sen­sa­tion nette d’a­voir man­qué quelque chose.
Le nez dans les Inrocks, Guat­ta­ri, Le Blanc, des notes, le fou­toir, Tom Waits, je gri­fouille, gri­bouille, fait n’im­porte quoi par­fois, je pars dans tous les sens, attends que la pluie tombe, que le nez gèle, qu’il se res­sai­sisse, j’en ai à nou­veau toutes les facul­tés, je pleure un peu et tarde à rire, rit pour ne pas trop pleu­rer, recom­mence, tourne trois fois sur moi, et puis plus rien. Je retombe, meilleur moyen pour se rele­ver. J’é­coute the Acid test, Ry X, Mar­co­ni Union, en dépit du bon sens. Tiens, je vais me raser.

Jeu­di 6 novembre

Les jours passent comme des amné­sies suc­ces­sives où j’ai l’im­pres­sion de tout recom­men­cer, de tout remettre en ques­tion, mais ça ne sert à rien, j’ai trop ten­dance à lais­ser filer les moments de bon­heur, imbé­ci­le­ment. Je vou­lais juste être heu­reux.
Je suis bien.

Ven­dre­di 7 novembre

La semaine de tra­vail a été longue, très longue, entre­cou­pée de moments de grâce. Rasé de près, pas­sé chez le coif­feur, tout vêtu de blanc, je m’offre une nou­velle vir­gi­ni­té. Chan­ger de tête pour oublier un peu et me lais­ser le temps de me faire mal en regrettant.

J’ai repris le lec­ture de Ken­neth Clark sur Léo­nard de Vin­ci, ce qui me fait un bien fou. Tom Waits, en boucle. Je suis bien, je te dis, tout va bien.

Pho­to d’en-tête : Ter­rasse de Saint-Ger­main-en-Laye © Albert