Casino Thermal — Chapitres 9 à 12
Casino
Thermal
Casino Thermal
Chapitres 9 à 12
PARTIE III — LA MISE
Chapitre 9
Le plan était simple. Les plans simples sont les meilleurs et les plus dangereux, parce qu’ils laissent moins de place à l’erreur et aucune à l’excuse.
Tomáš retournerait au Kriváň. Seul, cette fois. Prétexte : récupérer le bail signé par Voronov. Un aller-retour de vingt minutes, une visite banale, un interprète qui fait son travail. Mais en chemin — dans les couloirs, dans les escaliers, dans les interstices du labyrinthe — il chercherait le local technique où le BIS avait localisé le serveur. Pas pour le trouver — il n’était ni informaticien ni technicien. Juste pour confirmer son existence. Un couloir fermé, une porte verrouillée, un bruit de ventilation là où il n’y avait aucune raison d’en avoir. Un indice. Un grain de sable.
Helen lui avait donné un téléphone — pas le sien, un Nokia prépayé, acheté à Prague, sans carte SIM enregistrée. Un téléphone jetable. Un téléphone d’espion. Tomáš l’avait tenu dans sa main comme un objet d’un autre temps — un temps qu’il croyait révolu, le temps des boîtes aux lettres mortes, des signaux convenus, des vies dédoublées.
— Tu prends des photos si tu trouves quelque chose, avait dit Helen. Pas plus de trois. Tu les envoies au numéro enregistré. Puis tu effaces les photos et tu éteins le téléphone. Ne le rallume pas.
— Et si je ne trouve rien ?
— Tu rentres et tu me le dis. Et on avise.
Tomáš y alla le lundi, en fin de matinée. Le tournage se concentrait sur les scènes du parking — l’Aston Martin, la poursuite — et personne n’avait besoin de lui avant l’après-midi. Il traversa le parc Charles IV sous un ciel gris, longea la Teplá, remonta Petra Velikého. La rue était calme. Les patients du Kriváň étaient en soin ou en promenade. Quelques voitures garées. Pas de Mercedes noire.
La réceptionniste en blouse blanche le reconnut.
— Monsieur Kříž. Vous venez pour le bail ?
— M. Voronov m’a dit qu’il serait prêt.
— Il est en rendez-vous, mais j’ai une enveloppe pour vous. Attendez un instant.
Elle disparut dans le bureau derrière la réception. Tomáš resta debout dans le hall. L’odeur d’eucalyptus et de chlore. Le bourdonnement du spa au sous-sol. Et un couloir, sur sa droite, qu’il n’avait pas emprunté lors de la première visite — un couloir qui partait vers l’aile est du bâtiment, celle que Voronov leur avait fait contourner.
Il eut trente secondes. Peut-être quarante.
Il s’engagea dans le couloir. Sol carrelé de blanc, murs blancs, plafond bas. Portes de part et d’autre — des salles de soin, la plupart fermées, certaines entrouvertes sur des tables de massage vides, des serviettes pliées, des flacons d’huile. Au bout du couloir, un escalier descendait. Tomáš le prit. L’escalier menait à un sous-sol — plus frais, plus humide, avec des tuyaux apparents au plafond et un sol de béton brut. Un second couloir, perpendiculaire, avec des portes métalliques. Buanderie. Chaufferie. Réserve. Toutes portaient des étiquettes en tchèque. Sauf une, au fond, à gauche. Pas d’étiquette. Serrure électronique — un boîtier à code, récent, qui tranchait avec la vétusté du reste. Et derrière la porte, un bruit — un ronronnement continu, régulier, mécanique. Le son d’un système de ventilation, ou d’un serveur informatique, ou des deux.
Tomáš sortit le Nokia. Prit une photo de la porte. Une photo du boîtier à code. Une photo du couloir, avec la porte au fond, pour situer l’emplacement dans le bâtiment.
Trois photos. Pas une de plus.
Il remonta l’escalier, reprit le couloir, déboucha dans le hall au moment où la réceptionniste revenait avec une enveloppe.
— Voilà. Le bail en deux exemplaires. M. Voronov a signé les deux. Il suffit que votre collègue anglaise signe et nous renvoie un exemplaire.
— Merci.
— Vous avez trouvé les toilettes ?
— Pardon ?
— Je vous ai vu partir dans le couloir. Les toilettes sont de l’autre côté, mais je sais que la signalétique n’est pas très claire.
— Oui, dit Tomáš. J’ai trouvé. Merci.
Il sortit. L’air du dehors le frappa — froid, vif, chargé de cette odeur de pin et de soufre qui était devenue son oxygène. Il marcha jusqu’au pont de Sadová, s’arrêta au milieu, au-dessus de la Teplá. La rivière fumait. Il envoya les trois photos au numéro enregistré dans le Nokia. Effaça les photos. Éteignit le téléphone.
Ses mains tremblaient. Pas de peur — d’adrénaline. Ce fluide oublié, cette chimie du risque, qui revenait dans ses veines comme un poison familier. Il avait passé trois ans à se sevrer de cette drogue, et il venait de rechuter en quarante secondes dans un sous-sol de sanatorium.
Il jeta le Nokia dans la Teplá. Le téléphone fit un bruit dérisoire en touchant l’eau — un petit ploc, absorbé par le grondement de la rivière, et il disparut. Avalé par une eau tiède vieille de six cents ans.
*
Le soir, Helen l’attendait au Becher’s Bar. Pas à côté de lui — à l’autre bout du comptoir, avec un gin tonic et un sourire professionnel. Ils ne se parlèrent pas. Pavel circulait entre eux, essuyant des verres, servant des Becherovka à l’équipe technique qui fêtait la dernière scène du parking. L’Aston Martin avait fait vingt-sept prises. Daniel Craig avait fait les trois dernières lui-même, sans doublure. L’équipe était exaltée. On parlait d’aller au casino.
Voronov n’était pas là. Pour la première fois en six jours, son tabouret du coin était vide.
Tomáš sentit quelque chose — pas un signal, pas une certitude, juste un changement de pression, comme quand l’atmosphère se modifie avant un orage. L’absence de Voronov était un fait. Un petit fait, peut-être insignifiant. Peut-être pas.
À vingt-deux heures, Helen sortit du bar. Tomáš attendit cinq minutes, puis la suivit. Ils se retrouvèrent dans le parc, sur le banc — leur banc, maintenant, celui qui faisait face au Kaiserbad Spa, au Casino Royale de cinéma, à ce monument de pierre et de colonnes qui abritait une fiction à l’intérieur de ses murs comme le Kriváň abritait un serveur dans ses entrailles.
— J’ai trouvé la porte, dit Tomáš. Sous-sol, aile est. Serrure électronique. Ventilation active derrière. Les photos sont envoyées.
— Je les ai reçues. Londres les analyse.
— Il y a autre chose. Voronov n’est pas au bar ce soir.
Helen ne répondit pas tout de suite. Elle regardait le Kaiserbad.
— Il est au Kriváň, dit-elle. J’ai fait vérifier. Il est arrivé à dix-huit heures et il n’est pas ressorti.
— Comment tu as fait vérifier ?
— J’ai quelqu’un. Pas au Kriváň — dehors. Quelqu’un qui surveille l’entrée.
— Depuis quand ?
— Depuis trois jours.
Tomáš absorba l’information. Helen avait un agent de surveillance posté devant le sanatorium depuis trois jours. Ce qui signifiait que le MI6 avait une équipe à Karlovy Vary — pas juste Helen, mais une infrastructure. Des gens. Des moyens. Ce n’était pas une opération improvisée autour d’une coordinatrice de post-production. C’était une opération planifiée, avec des ressources, et Helen n’en avait révélé qu’une fraction.
Comme toujours. Comme Vera à Estoril. On ne vous montre jamais le jeu entier. On vous montre les cartes dont on a besoin que vous les voyiez.
— Helen, dit Tomáš. Combien de choses est-ce que tu ne me dis pas ?
Elle tourna la tête. Dans l’obscurité du parc, il ne voyait presque plus son visage — juste la ligne de la mâchoire, l’éclat des yeux, le dessin de la bouche.
— Suffisamment pour te protéger. Pas assez pour que ça marche sans toi.
C’était la réponse la plus honnête qu’il avait obtenue d’elle. Et c’était, en même temps, la réponse qui confirmait tout ce qu’il craignait : il n’était pas un partenaire. Il était un instrument. Un pion avancé sur l’échiquier par quelqu’un qui voyait plus loin que lui.
Mais le pion, sur un échiquier, est la seule pièce qui peut se transformer en reine.
— Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? demanda Tomáš.
— On attend. Londres vérifie les photos. Le tournage se termine dans quatre jours. Après, on perd la couverture. Il faut que tout se passe avant.
— Que quoi se passe ?
Helen se leva. Elle ajusta son blouson. Dans le parc, la vapeur montait de la Teplá, épaisse, lente, et le Kaiserbad Spa disparaissait et réapparaissait dans la brume comme un navire qui tangue.
— Tu le sauras quand ce sera le moment, dit-elle.
Et elle s’éloigna vers le Pupp, sa silhouette se découpant brièvement dans la lumière de l’entrée de l’hôtel, puis avalée par la porte, par le lobby, par les lustres, par la fiction.
Chapitre 10
L’avant-dernier jour de tournage, un mercredi, tout changea.
Il faisait beau — un ciel de mai, bleu, lavé, sans nuage, le genre de ciel que Karlovy Vary offre rarement et qui, quand il arrive, donne à la ville un aspect irréel, comme si quelqu’un avait retiré le filtre de vapeur et de brume qui d’ordinaire adoucissait tout, et que la ville apparaissait soudain dans sa nudité — les façades trop colorées, les colonnades trop blanches, la gorge trop étroite, le Pupp trop massif, tout ça exposé à une lumière crue qui ne pardonnait rien.
On tournait la dernière scène d’extérieur — Bond marchant de l’Hôtel Splendide au Casino Royale, de nuit, en smoking, sous les réverbères. Mais on la tournait de jour, avec des filtres et un éclairage artificiel qui simulaient la nuit. Le paradoxe avait quelque chose de philosophique : on fabriquait de l’obscurité en plein soleil. On mentait à la lumière.
Tomáš était sur le plateau depuis huit heures. Il avait coordonné les figurants, traduit les instructions du réalisateur à un groupe de badauds karlsbadois qui s’étaient agglutinés derrière les barrières et que la production avait décidé d’intégrer à la scène — le Monténégro avait besoin de passants, et les passants de Karlovy Vary feraient l’affaire. Mme Horáková était revenue, cette fois sans résistance au rouge à lèvres. Elle avait même apporté des gaufrettes — des oplatky Kolonáda, fourrées au chocolat — qu’elle distribuait à l’équipe technique avec l’autorité d’une femme qui a compris que nourrir les Anglais était le meilleur moyen de s’en faire respecter.
À onze heures, pendant une pause, Tomáš vit la Mercedes noire.
Elle était garée dans Goethova stezka, le sentier qui montait derrière le Pupp vers la forêt et la tour Diana. Pas dans le parking de l’hôtel — en retrait, à moitié cachée par les arbres. Mêmes plaques de Prague. Même modèle. Tomáš nota le numéro d’immatriculation dans son carnet — il ne l’avait pas fait la première fois, et il s’en voulait.
L’homme à lunettes n’était pas dans la voiture.
Tomáš regarda vers le Kaiserbad Spa. La façade brillait dans le soleil de mai, ses colonnes projetant des ombres nettes sur le gravier. La porte latérale — celle par laquelle l’homme avait disparu la première fois — était fermée. Mais le cadenas qui la maintenait d’habitude n’était pas en place. Il pendait, ouvert, contre le chambranle.
Tomáš traversa le parc. Personne ne le regardait — l’équipe de tournage était concentrée sur la scène, les badauds regardaient les caméras, les curistes regardaient les sources. Il était invisible. Le figurant parfait.
Il poussa la porte. Elle s’ouvrit sans bruit.
L’intérieur du Kaiserbad Spa était un monde mort. Un hall immense, avec un plafond à coupole dont la verrière avait été condamnée par des planches, et une lumière diffuse, poussiéreuse, qui filtrait par les interstices. Le sol de mosaïque — des motifs géométriques Art nouveau, bleus et dorés, craquelés par des décennies d’abandon — crissait sous ses pas. Des colonnettes de marbre soutenaient des galeries vides. Un escalier monumental montait vers un premier étage où des portes pendaient sur leurs gonds. L’odeur était celle de tous les bâtiments abandonnés — le plâtre humide, le bois pourri, le temps qui se décompose — mais avec, en dessous, cette note thermale, cette exhalaison de soufre et de minéral, parce que les sources passaient ici aussi, sous le sol, chauffant les mosaïques mortes d’un feu qui ne s’éteignait jamais.
Tomáš avança dans le hall. Ses pas résonnaient. Il entendait, dehors, les bruits étouffés du tournage — des voix, un moteur, un clap. Ici, le silence était celui d’un lieu qui attend. Qui attend d’être rénové, ou d’être démoli, ou simplement d’être oublié.
Il monta l’escalier. Premier étage. Un couloir avec des cabines de bain — les anciennes cabines de l’Établissement thermal impérial, avec des baignoires en fonte, certaines encore en place, rouillées, leurs pattes de lion posées sur le carrelage comme des animaux pétrifiés. Au bout du couloir, une salle plus grande — la salle Zander, celle qui, dans le film, servait de salle de poker. Tomáš la reconnut. Les colonnes, les arcs, l’espace. Ici, on avait installé la table de poker de Bond. Ici, Le Chiffre avait joué ses millions. Ici, Bond avait été empoisonné.
La salle était vide. Les décors avaient été retirés. Il ne restait que les colonnes, les arcs, et la lumière grise qui entrait par les fenêtres sales.
Et, dans un coin de la salle, assis sur une chaise pliante, l’homme à lunettes.
Il était seul. Il lisait un document — des feuilles A4 dactylographiées, qu’il tournait avec méthode. Il leva les yeux quand Tomáš entra. Il ne parut pas surpris.
— Monsieur Kříž, dit-il. En tchèque. Un tchèque sans accent.
Tomáš s’arrêta. Dix mètres les séparaient. La salle Zander résonnait — le moindre son y prenait une qualité de cathédrale.
— On se connaît ? demanda Tomáš.
— Non. Mais je vous connais. J’étais à Stodůlky quand vous y étiez. Troisième étage. Section Russie.
Le BIS. L’homme à lunettes était du BIS.
— Bureš vous a envoyé ? demanda Tomáš.
L’homme sourit. Un sourire patient, fatigué — le sourire d’un homme qui a vu beaucoup de gens poser des questions dont ils connaissaient déjà la réponse.
— Bureš est un relais. Pas une source. Bureš fait ce qu’on lui dit.
— Et qui lui dit quoi faire ?
— La même personne qui m’a demandé de venir ici. Et qui vous a demandé, à vous, de venir ici. Et qui a demandé à votre amie anglaise de venir ici.
Tomáš sentit le sol se dérober — pas littéralement, mais presque, parce que le sol du Kaiserbad Spa était de toute façon instable, miné par les sources, et parce que ce que l’homme venait de dire était le genre de phrase qui change la gravité d’une pièce.
— Vous êtes en train de me dire que le BIS et le MI6 travaillent ensemble sur Voronov.
— Non. Je suis en train de vous dire que quelqu’un — quelqu’un qui n’est ni le BIS ni le MI6 — nous utilise tous. Vous, moi, la fille de Londres, Bureš. Nous sommes tous des figurants, Kříž. La question est : qui est le réalisateur ?
L’homme plia ses feuilles, les rangea dans une sacoche de cuir brun, et se leva. Il était plus grand que Tomáš ne l’avait estimé — grand, mince, un corps d’homme qui fait du sport sans ostentation. Ses lunettes sans monture lui donnaient un air d’universitaire, mais ses yeux, derrière les verres, avaient la qualité minérale de quelqu’un qui a passé trop de temps à regarder des choses qu’il ne voulait pas voir.
— Voronov organise un transfert. Pas d’argent — de données. Une clé USB, probablement. Quelque chose de physique, qui ne passe pas par les réseaux. Le transfert doit avoir lieu avant la fin du tournage — tant que la ville est en désordre, tant que les gens vont et viennent, tant que personne ne fait attention à personne. Le Casino Royale est la couverture parfaite.
— À qui ?
— C’est la question. Et c’est pour ça que vous êtes utile. Parce que Voronov vous fait confiance. Et parce que votre amie anglaise ne vous dit pas tout.
Il marcha vers la porte. Ses pas résonnaient sur la mosaïque brisée. Avant de sortir, il se retourna.
— Un conseil, Kříž. Quand vous jouez au poker, ne regardez pas vos cartes. Regardez les mains des autres joueurs.
Il disparut dans l’escalier. Tomáš resta seul dans la salle Zander, debout entre les colonnes, dans la lumière grise, à l’endroit exact où James Bond avait joué sa vie sur un full aux as, et où lui, Tomáš Kříž, venait de comprendre qu’il ne jouait pas au même jeu que les autres.
Chapitre 11
Il ne dit rien à Helen. Pas tout de suite. Il voulait d’abord comprendre ce qu’il avait, et ce qu’il avait était une troisième voix dans un dialogue qu’il croyait bilatéral. Le BIS. Le MI6. Et un troisième joueur — l’homme à lunettes, qui prétendait être du BIS mais parlait comme quelqu’un qui travaillait au-dessus du BIS, ou à côté, ou contre.
Le dernier jour de tournage arriva. Un jeudi. Le ciel s’était couvert — une chape de nuages bas qui pesait sur la gorge de la Teplá et donnait à Karlovy Vary son visage habituel, celui des jours où la ville ressemblait à un bain de vapeur à ciel ouvert. L’équipe tournait les derniers raccords — des plans de coupe, des inserts, des détails d’architecture que le monteur utiliserait pour les transitions. Les câbles étaient rembobinés. Les projecteurs démontés. Les fausses enseignes monténégrines retirées des façades de Tržiště. Le Monténégro devenait la République tchèque à mesure qu’on enlevait le maquillage.
Tomáš passa la matinée à régler les dernières formalités avec la mairie — restitution des autorisations, nettoyage des espaces publics, compensation pour le fleuriste dont les lys avaient été mal payés. Un travail administratif, mécanique, qui lui permit de ne pas penser. Ou de penser à autre chose.
Il pensa à son père. À ce que son père aurait fait. Son père, qui avait servi des Soviétiques pendant dix-huit ans avec la même inclinaison de tête, la même courtoisie vide — et qui, le soir, dans la cuisine de l’appartement de Drahovice, écoutait Radio Free Europe sur un transistor caché sous l’évier, le volume si bas qu’on l’entendait à peine, juste un murmure, le murmure de la vérité qui passait en contrebande dans une vie de servitudes consenties. Son père n’avait jamais agi. Il avait écouté, observé, traduit les gestes et les silences de ses clients comme Tomáš traduisait les mots, et il était mort en 1994, cinq ans après la Révolution, sans avoir jamais dit un mot de ce qu’il avait vu.
Tomáš ne voulait pas mourir comme son père. Pas en silence.
À quatorze heures, il trouva Helen dans la cour intérieure du Pupp. Elle fumait une cigarette — la première qu’il lui voyait fumer. Ses mains étaient stables, mais ses yeux avaient quelque chose de tendu, de trop éveillé, qu’il reconnaissait : l’adrénaline de la fin d’opération, quand tout va se jouer et qu’on ne peut plus reculer.
— Ce soir, dit-elle. Voronov est attendu au casino à vingt et une heures. Il joue le jeudi. C’est régulier. Et ce soir, quelqu’un doit le retrouver là-bas pour récupérer quelque chose.
— Une clé USB.
Helen le regarda.
— Comment tu sais ça ?
— Il y a un troisième joueur, Helen. Un homme du BIS — ou qui prétend l’être. Il m’a trouvé dans le Kaiserbad. Il savait tout. Ma mission, la tienne, Voronov. Il dit que quelqu’un nous manipule tous.
Le visage d’Helen ne changea pas. Mais Tomáš vit ses doigts se crisper sur la cigarette — un mouvement infime, involontaire, le genre de mouvement qu’on ne contrôle pas parce qu’il vient de plus profond que la volonté.
— À quoi il ressemble ?
— Grand, mince, quarante-cinq ans, lunettes sans monture, costume gris clair. Mercedes noire, plaques Prague.
— Marek, dit Helen.
— Tu le connais.
— Marek Šilhavý. Anciennement BIS, section contre-espionnage. Il a quitté le service en 2004. Officiellement, pour raisons personnelles. Officieusement — on ne sait pas. Il a disparu des radars pendant un an, puis il est réapparu comme consultant en sécurité pour des entreprises privées. Prague, Brno, Bratislava. Des entreprises avec des connexions russes.
— Tu es en train de me dire qu’il travaille pour Voronov.
— Je suis en train de te dire que c’est possible. Et que s’il t’a contacté, ce n’est pas pour t’aider. C’est pour te déstabiliser. Pour que tu doutes de moi. Pour que tu ne saches plus qui croire.
— C’est réussi.
Helen jeta sa cigarette. L’écrasa sous sa chaussure. Leva les yeux vers le ciel gris.
— Tomáš. Écoute-moi. Ce soir, au casino, Voronov va remettre quelque chose à quelqu’un. Des données. Des noms. Le réseau d’agents d’influence en Grande-Bretagne — les vrais noms, les montants, les dates. Tout ce qu’il faut pour que le réseau soit activé ou, au contraire, pour qu’il soit exposé. Selon qui met la main dessus.
— Et qui doit mettre la main dessus ?
— C’est ça, la question. Le transfert est prévu — mais pour qui ? Un officier du GRU qui ramène les données à Moscou ? Un intermédiaire qui les vend au plus offrant ? Ou quelqu’un d’autre — quelqu’un que ni le BIS, ni le MI6, ni Voronov lui-même n’ont vu venir ?
— Marek.
— Peut-être Marek. Peut-être quelqu’un derrière Marek. Le point, c’est qu’il faut qu’on soit au casino ce soir. Toi et moi. Et qu’on identifie le récipiendaire avant que le transfert ait lieu.
— Et ensuite ?
— Ensuite, mes gens interviennent. On intercepte. Proprement.
— Tes gens. L’équipe que tu ne m’as jamais montrée.
— Oui.
Tomáš la regarda. La cour intérieure du Pupp était silencieuse — les camions de la production étaient partis, les câbles enroulés, les rails de travelling remisés. L’hôtel redevenait un hôtel. Le décor redevenait la réalité. Et dans cette réalité, deux personnes se tenaient debout dans une cour, sous un ciel gris, et l’une demandait à l’autre de lui faire confiance, et l’autre ne savait pas si la confiance était un choix ou un piège.
— D’accord, dit Tomáš. Ce soir.
— Ce soir.
*
Il passa l’après-midi seul. Il marcha. Il remonta Goethova stezka à pied, sans prendre le funiculaire, grimpant à travers la forêt de pins jusqu’à la tour Diana. L’effort physique lui vidait la tête — les muscles qui travaillent, le souffle qui s’accélère, le corps qui reprend ses droits sur l’esprit. En haut, la vue était noyée dans la brume. Karlovy Vary, en contrebas, n’était plus qu’un amas de couleurs pastel à peine visibles, un mirage de ville, un décor qui se dissolvait dans la vapeur.
Il pensa à Estoril. À Fleming, en 1941, assis dans le casino du Palácio, regardant un banquier nazi jouer au baccara. Fleming ne savait pas qu’il vivait la scène fondatrice de toute son œuvre. Il ne savait pas que ce qu’il voyait — un homme élégant misant de grosses sommes dans un casino de ville d’eau pendant que le monde brûlait — deviendrait Casino Royale, deviendrait James Bond, deviendrait le mythe le plus durable du XXe siècle.
Et maintenant, soixante-cinq ans plus tard, le mythe était revenu. Il s’était matérialisé dans la même ville d’eau, dans le même genre d’hôtel, devant les mêmes mosaïques Art nouveau. Et Tomáš, comme Fleming avant lui, était l’homme qui regardait — l’homme dont le métier était de transformer ce qu’il voyait en quelque chose qui avait un sens.
Sauf que Fleming était devenu un écrivain. Et Tomáš ne savait pas encore ce qu’il allait devenir.
Il redescendit vers le Pupp. La brume s’épaississait. La ville disparaissait par morceaux — d’abord les collines, puis les toits, puis les colonnades, puis les façades, jusqu’à ce qu’il ne reste que le bruit de ses pas sur le sentier et l’odeur de résine et de soufre, et la sensation d’avancer vers quelque chose d’invisible, de nécessaire, d’inévitable.
Chapitre 12
Le casino de Karlovy Vary occupait le rez-de-chaussée du Pupp — le Pupp Casino Club, une salle tapissée de vert sombre, avec des tables de blackjack, de roulette et de poker, des lustres moins grandioses que ceux du Grand Restaurant mais suffisamment brillants pour donner à chaque joueur l’illusion d’être un personnage, et des croupiers en gilet noir qui manipulaient les cartes avec l’indifférence professionnelle de gens qui voient passer l’argent des autres huit heures par jour.
Ce n’était pas le casino du film. Le vrai Casino Royale était le Kaiserbad, de l’autre côté du parc — le bâtiment abandonné aux mosaïques mortes, où un homme à lunettes lisait des documents dans la salle Zander. Mais le casino du Pupp avait son propre pouvoir : il était réel. Les mises étaient réelles. L’argent était réel. Et les gens qui jouaient n’étaient pas des acteurs.
Tomáš entra à vingt heures trente. Il portait une veste sombre et une chemise blanche — pas de cravate, le casino du Pupp n’était pas le Splendide, on n’exigeait pas le smoking. Il s’installa au bar — un petit comptoir dans un renfoncement, d’où l’on voyait l’ensemble de la salle sans en faire partie. Il commanda un tonic sans gin. Il avait besoin d’avoir la tête claire.
Helen arriva à vingt heures quarante-cinq. Robe noire, la même que la première fois au Becher’s Bar. Cheveux relevés. Elle ne regarda pas Tomáš. Elle alla directement à la table de blackjack, acheta des jetons — pas beaucoup, deux mille couronnes, l’équivalent de quatre-vingts euros —, et commença à jouer. Elle jouait mal, volontairement, avec la maladresse studieuse d’une touriste qui s’amuse. Personne ne la regardait deux fois.
Voronov entra à vingt et une heures précises.
Il traversa la salle avec la démarche assurée d’un habitué. Costume sombre, chemise blanche, boutons de manchettes en argent. Il serra la main du chef croupier — un homme grand et chauve appelé Jiří que tout le monde connaissait — et s’installa à la table de poker, celle du fond, la table des joueurs sérieux. Trois autres hommes étaient déjà assis. Deux Allemands que Tomáš avait vus dans le lobby — des hommes d’affaires bavarois, clients réguliers du Pupp. Et un troisième homme.
Tomáš le reconnut. L’homme corpulent du Becher’s Bar. Celui qui avait parlé vingt minutes avec Voronov, six jours plus tôt, en russe, avec des mains nerveuses et un front en sueur. Il était là, assis à la table de poker, avec une pile de jetons devant lui et un verre de bière à portée de main. Il portait le même costume froissé. Il avait le même visage rouge.
La partie commença.
Tomáš observait depuis le bar. Dans le reflet de la vitre du fond — pas un miroir, mais un substitut acceptable —, il voyait la table, les joueurs, les cartes. Voronov jouait avec méthode, sans émotion, des mises régulières, ni trop grosses ni trop petites. L’homme corpulent jouait mal — des mises erratiques, des relances inappropriées, des bluffs transparents. Il perdait. Mais il ne semblait pas s’en soucier. Il restait à la table. Il attendait quelque chose.
À vingt-deux heures, Helen se leva de la table de blackjack. Elle avait perdu ses deux mille couronnes. Elle traversa la salle, s’arrêta près de Tomáš, commanda un gin tonic au bar.
— L’homme corpulent, murmura-t-elle sans le regarder. Tu le vois ?
— Oui.
— C’est le récipiendaire. On pense qu’il s’appelle Gusev. GRU, poste de Vienne. Il est entré en République tchèque il y a trois jours, par la route, avec un passeport autrichien au nom de Weber.
— Il perd au poker.
— Il ne joue pas au poker. Il attend que la salle se vide. Le transfert se fait à la fermeture. Voronov lui remet la clé USB dans la poignée de main de fin de partie. Le geste le plus naturel du monde — deux joueurs qui se serrent la main en quittant la table.
— Comment vous savez tout ça ?
— On a une source. À Vienne.
La partie continuait. Les Allemands se couchaient tour à tour — le poker n’était pas leur jeu, ils étaient venus pour l’ambiance, pour le whisky, pour le frisson modeste de perdre mille euros dans un cadre historique. Bientôt, il ne resta que Voronov et Gusev à la table. Le croupier proposa de continuer en tête-à-tête. Voronov accepta. Gusev aussi.
Le casino se vidait. Les tables de blackjack et de roulette fermaient une par une. Les croupiers rangeaient les jetons. L’éclairage baissait imperceptiblement — les lustres passaient de l’éclat à la lueur, comme si le bâtiment lui-même fermait les yeux. Bientôt, il ne resta plus que la table du fond, éclairée par un cercle de lumière qui semblait exister indépendamment du reste de la salle, comme une scène de théâtre après que le public est parti.
Tomáš les regardait. Voronov et Gusev, face à face, séparés par un tapis vert et des jetons en plastique. Deux hommes qui jouaient aux cartes. La scène la plus banale du monde. Et en dessous — comme les sources sous la ville, comme le serveur sous le Kriváň, comme la vérité sous chaque couche de mensonge — quelque chose d’autre. Un transfert de données. Des noms. Des vies. Le pouvoir de détruire un réseau ou de le faire durer vingt ans de plus.
Helen avait quitté le bar. Tomáš ne savait pas où elle était. Quelque part dans l’hôtel, probablement, en contact avec son équipe. Les gens de Londres qui attendaient dans une voiture, dans un appartement loué, dans une chambre du Pupp sous un faux nom. Prêts à intervenir.
À vingt-trois heures trente, Gusev perdit sa dernière mise. Il rit — un rire bref, gras, le rire d’un mauvais joueur qui ne se soucie pas de perdre. Voronov rangea ses jetons. Ils se levèrent. Le croupier nota les résultats. Les chaises furent repoussées.
Voronov tendit la main.
Et c’est à ce moment que Tomáš vit Marek Šilhavý.
Il était dans la salle — depuis quand ? Tomáš ne l’avait pas vu entrer. Il se tenait dans l’ombre, près de la porte qui menait au lobby, en costume sombre, sans lunettes cette fois, le visage nu, et il regardait la scène avec une attention qui n’était ni celle d’un spectateur ni celle d’un agent — c’était l’attention d’un homme qui attend son tour.
Gusev prit la main de Voronov. La poignée de main dura une seconde, peut-être deux. Puis ils se séparèrent. Gusev mit la main dans sa poche — la droite, celle qui avait serré la main de Voronov — et marcha vers la sortie.
Marek bougea.
Il intercepta Gusev à la porte. Un mouvement fluide, naturel — il lui toucha le bras, se pencha vers lui, murmura quelque chose. Gusev s’arrêta. Son visage changea — la rougeur vira au blanc. Marek parla encore. Gusev hocha la tête. Puis Marek prit quelque chose dans la main de Gusev — un mouvement si rapide que Tomáš ne le vit pas, ou plutôt qu’il le vit sans le voir, comme on voit un prestidigitateur escamoter une carte —, et les deux hommes sortirent ensemble.
Voronov, resté seul près de la table de poker, regarda la porte se fermer. Puis il tourna la tête et regarda Tomáš.
Leurs yeux se croisèrent à travers la salle vide.
Voronov ne souriait pas. Il ne montrait aucune émotion. Ses yeux clairs étaient fixes, immobiles, comme les yeux d’un joueur qui vient de perdre la dernière main et qui le sait, et qui sait que l’autre le sait, et qui n’a rien à dire parce qu’il n’y a rien à dire.
Puis il boutonna sa veste, hocha la tête — cette inclinaison brève, courtoise, la reconnaissance mutuelle de deux hommes qui se comprennent —, et sortit par la porte de service.
Tomáš resta seul dans le casino vide.
*
Il ne trouva pas Helen.
Elle n’était pas au Becher’s Bar — fermé. Pas dans le lobby — vide, sauf le réceptionniste de nuit qui lisait un journal derrière le comptoir. Pas dans le parc — le banc était vide, le Kaiserbad Spa se dressait dans le brouillard, ses colonnes luisant faiblement sous les réverbères. Pas dans sa chambre — il frappa, personne ne répondit.
Il monta dans sa propre chambre, au troisième étage de l’aile Riverside. Il ouvrit la porte. Alluma la lumière.
Sur le lit, il y avait une enveloppe. Blanche, format A5, non cachetée. Exactement comme celle de Bureš.
Il l’ouvrit. Une seule feuille. Pas de signature. Trois lignes tapées à la machine :
Marek Šilhavý travaille pour nous. Le transfert a été intercepté. Voronov sera exfiltré cette nuit par ses propres gens. Ne cherche pas Helen. Elle est en route pour Londres.
Tu as bien joué, Tomáš. Tu ne le savais pas, mais c’est toi qui l’as fait sortir du bois.
Merci pour les gaufrettes.
Les gaufrettes. Mme Horáková. Les oplatky Kolonáda fourrées au chocolat qu’elle avait distribuées à l’équipe. Quelqu’un avait vu ça. Quelqu’un qui était sur le plateau, parmi l’équipe, parmi les figurants, et qui avait tout vu, tout le temps, sans que Tomáš le remarque.
Un figurant.
Le figurant ultime — celui qu’on ne voit pas parce qu’il fait partie du décor.
Tomáš s’assit sur le lit. Il tint la feuille dans ses mains. Dehors, par la fenêtre, le parking était vide. Plus de camions, plus de remorques, plus de HAIR & MAKE-UP. Plus d’Aston Martin fictive. Plus de Casino Royale. Plus de Monténégro. Juste le parking du Grand Hotel Pupp, éclairé par les réverbères, avec la pluie qui commençait à tomber — fine, régulière, la pluie de Bohême qui lavait les trottoirs et faisait monter des grilles une vapeur nouvelle.
Il pensa à Helen. À sa main sur la sienne, au Promenáda. À sa phrase, dans le parc : « Ce n’était pas le Service. » Il ne saurait jamais si c’était vrai. C’était le prix. Le prix de ce métier, de cette vie, de cette façon d’exister dans les interstices entre la réalité et la fiction — on ne sait jamais ce qui est vrai, et au bout d’un moment, la question elle-même perd son sens, comme un mot qu’on répète trop longtemps et qui se vide de sa substance.
Il pensa à Voronov, exfiltré dans la nuit, avalé par la brume, rentrant à Moscou ou disparaissant dans un autre pays sous un autre nom, avec d’autres livres à lire et d’autres whiskys à boire, et la même chevalière en or à l’annulaire droit. Un homme qui avait joué pendant douze ans et qui avait perdu — pas à cause d’une erreur, pas à cause d’une trahison, mais à cause d’un interprète qui ne savait pas qu’il était un pion.
Il pensa à son père. Au Grand Restaurant. À l’inclinaison de la tête.
Il posa la feuille sur la table de nuit, à côté du guide touristique de Karlovy Vary qu’il n’avait jamais ouvert. Il se déshabilla. Se coucha. Éteignit la lumière.
Par la fenêtre ouverte, il entendait la pluie, la Teplá, les canalisations. Le Grand Hotel Pupp vibrait dans la nuit — ce tremblement infime, permanent, le souffle de la terre sous le marbre, l’eau bouillante sous les fondations, le feu sous la glace. L’hôtel avait survécu à six générations de Pupp, à deux guerres mondiales, à l’annexion nazie, à quarante ans de communisme, à un renommage en Moskva, à un tournage de James Bond, et à une opération d’espionnage qui s’était jouée dans ses murs sans qu’il le sache — ou peut-être qu’il le savait, à sa manière, comme les vieux bâtiments savent les choses, dans leurs murs, dans leurs planchers, dans le grincement de leurs escaliers et la patine de leurs miroirs.
L’hôtel savait. L’hôtel avait toujours su. C’était, depuis 1701, sa fonction — accueillir les histoires des autres, les contenir, les garder. Les sources chauffaient le sol. Les lustres éclairaient les visages. Les murs absorbaient les secrets. Et le matin, quand les curistes descendaient boire leur première eau, l’hôtel faisait comme si rien ne s’était passé.
Tomáš ferma les yeux.
Quelque part entre la veille et le sommeil, il entendit — ou crut entendre — le bruit d’un moteur dans le parking. Une voiture qui partait. Ou qui arrivait. Ou qui n’existait pas.
Dehors, la pluie tombait sur Karlovy Vary, sur les colonnades, sur la Teplá, sur le Kaiserbad Spa et ses mosaïques mortes, sur la tour Diana dans les nuages, sur les forêts de pins et les collines de Bohême, sur les sources qui ne s’arrêteraient jamais, sur la ville qui ne savait plus très bien si elle était un décor ou un lieu, une fiction ou une réalité, un film ou un souvenir.
Sur la table de nuit, à côté du guide touristique fermé, l’enveloppe blanche luisait faiblement dans l’obscurité. Le mot gaufrettes brillait comme un code que personne ne déchiffrerait jamais.
Le Grand Hotel Pupp respira. La terre tourna. L’eau coula.
Les sources ne s’arrêtent jamais.
