Jul 27, 2010 | Arts, Photo |
Steve Duncan est un doux dingue qui adorent trainer ses guêtres dans les souterrains les plus sordides à la recherche de la lumière des profondeurs. Collecteurs d’égouts, rivières souterraines, pipelines et autres tuyaux et couloirs désaffectés n’ont pas de secret pour ce photographe des longues expositions. Un univers suintant et magique au creux de nos villes, un rien angoissant…
L’article de Paul Hond sur Columbia Magazine.


A l’autre extrémité des labyrinthes de pierre creusés dans le sol meuble de nos villes, on voit se dessiner dans la nature les circonvolutions des grands fleuves. En l’occurrence ici sur Pruned le fleuve Yukon et la Porcupine River. J’ai suivi ainsi sur Google maps plusieurs des plus grands fleuves de la Terre. Tous suivent un parcours qui n’est en rien du au hasard et en ceci la construction des canaux souterrains s’en rapproche énormément. Si les seconds sont artificiels et généralement rectilignes ils imitent les rivières et souvent les canalisent, tentent de les diriger et d’en infléchir le cours, souvent pour des besoins liés au réseau de distribution ou d’évacuation des eaux usées, et son parcours a des raisons bien particulières, tout comme le fleuve qui suit les accidents de son parcours en partant du point le plus haut et se soumettant par la force des choses à la gravité, tombant vers le point le plus bas, la mer.
L’Homme, en maitrisant le flux des cours d’eau, en le retenant pour ses barrages, en le déviant pour ses besoins d’irrigation ou de consommation, imite la nature et s’y conforme.
Les caprices de la nature et le catastrophisme qu’elle inspire ont donné lieu à une nouvelle forme de tourisme : la chasse aux inondations, une pratique éprouvante pour les nerfs qui consiste à visiter les sites les plus touchés par le débordements des lits de rivières. Tourisme, sport ou voyeurisme ?
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Oct 25, 2009 | Sur les portulans |
Arriver à Padirac a quelque chose de folklorique. C’est un tout petit village du département du Lot de 168 âmes au cœur de la Causse de Gramat, dans le Quercy. Des rochers affleurent partout dans ce paysage sec, parcouru par les moutons.
La route est une succession de petits villages après Souillac, où le ciel se déchire tout à coup en une immense zébrure blanche, dans un fracas assourdissant qui roule parmi les montagnes environnantes. Lorsque nous dépassons Padirac en suivant les panneaux d’indications, nous finissons par arriver dans une sorte de cul de sac entouré de parkings immenses, me donnant tout à coup l’impression de me retrouver à proximité d’un centre commercial. Il fait une chaleur lourde, vraiment assommante et se dire qu’on a fait tant de kilomètres pour arriver dans un parc d’attraction rajoute à une sorte de déception que la fatigue de la route entretient, mais il est tard, 17h30 et ce qui avait dû être une queue digne d’un supermarché soviétique laisse présumer que je n’attendrai pas plus d’un quart d’heure. J’y vais quand même, je n’ai pas fait toute cette route pour abandonner si près du but ; je veux que mon fils puisse voir ça.

Un type me donne un tape sur l’épaule et me tend deux billets qu’il a trouvé par terre et qui n’ont pas été validés. Je souffle un peu en me disant que je vais tout de même économiser 18 euros. Je m’avance vers le gouffre avant d’y entrer et ce que je vois me donne des sueurs froids. On dit que lorsqu’il fait chaud, on est plus sensible au vertige. Je suis venu ici quand j’étais adolescent avec mes grands-parents, mais étonnamment, j’ai des souvenirs plus présent des Eyzies ou de Sarlat ou même Collonges-la-Rouge que de ce lieu pourtant unique en son genre.

Nous prenons les escaliers pour descendre et tandis que nous progressons, je suis tout à coup pris d’une atroce crise d’angoisse, m’imaginant que la tour d’aluminium est en train de se dévisser à cause des vibrations. Enfin arrivés en bas, je découvre un monde végétal vivant à 70 mètres sous terre, dans l’ombre et l’humidité poisseuse, et deux grandes ouvertures béantes plongeants de chaque côté de cette immense anfractuosité de la terre. La galerie principale commence ici et l’on se dirige pendant une bonne centaine de mètres dans une galerie à sec où le plafond s’éloigne de plus en plus de la surface du sol jusqu’à un quai dans lequel on embarque pour parcourir le reste par la voie des eaux. La profondeur varie entre 1 et 5 mètres et la température de l’eau, même par cette chaleur de surface, ne dépasse pas les 10°C. Nous rejoignons le quai d’arrivée et nous sommes désormais à 105 mètres de profondeur.
La visite se poursuit avec un spectacle de toute beauté. Un colonne stalactitique de 75 mètres de haut ayant terminé sa croissance, des gours (sortes de barrages calcifiés retenant un eau d’une pureté quasiment absolue), un couronne de stalactites écrasés comme des crêpes située sous un dôme de 94 mètres de haut (la vitesse de chute des gouttes d’eau explique cette forme étonnante), et cette sensation de grandeur souterraine comme on peut en ressentir dans les cathédrales les plus grandes (au sommet du dôme, il ne reste plus que 9 mètres jusqu’à la surface du sol).
Cette salle du grand dôme est littéralement splendide, d’une beauté à couper le souffle. J’apprends également que dans cette cavité naturelle, dans sa partie immergée, vit une espèce endémique de crevette, ridiculement petite et au comportement approchant celui des êtres abyssaux.
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