Je me suis lan­cé dans la lec­ture de Paul Morand avec le majes­tueux ouvrage nom­mé tout sim­ple­ment « Voyages », édi­té dans la col­lec­tion Bou­quins de Robert Laf­font. Morand, que je ne connais­sais pas, a une écri­ture très lyrique, enve­lop­pée et un peu pom­peuse, une belle écri­ture d’une autre époque et c’est ce Morand qui part sur les routes de l’A­frique en 1928, in Paris-Tom­bouc­tou qui prend ce ton un peu léger et amu­sé pour par­ler de son voyage, décou­pé en petit mor­ceaux, divi­sé en laco­niques petites tranches de pen­sées. Dès les pre­mières pages, je m’a­muse de cette luci­di­té et cet humour qui parle si bien des réa­li­tés de son temps, où le voyage tenaient encore de l’ex­pé­di­tion, une écri­ture tein­tée de l’am­biance presque art déco qui sévit dans ces années-là…

Avant de quit­ter Paris, j’ai fait mon tes­ta­ment. Autre­fois, il n’y avait que les très vieilles gens qui tes­taient. Désor­mais, avec les voyages en avion, les acquit­te­ments de femmes jalouses, les révo­lu­tions, les bacilles dans le potage, et le cent à l’heure, per­sonne n’est sûr du len­de­main. Une des dif­fé­rences essen­tielles entre hier et aujourd’­hui, c’est cette façon de vivre fami­liè­re­ment avec la mort. Chaque fois que nous par­tons en auto, nous tenons notre vie entre nos mains ; un coup de volant à droite et nous ne sommes plus. Nos pères se confiaient à de pai­sibles cochers, ou aux méca­ni­ciens de loco­mo­tives, une fois par an, au plus, de Paris à Dieppe, mais le reste de leur vie ne com­por­tait d’autre risque que les pelures d’o­range, l’ex­cès de Bour­gogne et les che­mi­nées, les jours de grand vent.

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