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La véran­da
de l’E&O

La véran­da de l’E&O

Cha­pitres 5 et 6

CHA­PITRE 5

Mer­cre­di 16 mars 1927

L’o­rage mena­çait depuis le matin.

Des nuages noirs s’é­taient amon­ce­lés au-des­sus de la mer, for­mant une muraille sombre qui avan­çait len­te­ment vers la côte. L’air était épais, char­gé d’élec­tri­ci­té, dif­fi­cile à res­pi­rer. Les boys de l’hô­tel avaient fer­mé les per­siennes du côté de la mer, plon­geant les cou­loirs dans une pénombre moite.

Mau­gham avait pas­sé la mati­née dans sa chambre, à relire ses notes, à ten­ter de mettre de l’ordre dans ce qu’il savait. L’his­toire se des­si­nait main­te­nant avec une clar­té presque dou­lou­reuse — un domes­tique qui tue son maître, prend sa place, vit trente ans sous une iden­ti­té volée. Et puis le fils de la vic­time qui sur­git du pas­sé, armé de preuves, récla­mant jus­tice ou vengeance.

Mais il man­quait encore des pièces. Le mobile de Verne — était-ce vrai­ment l’hé­ri­tage qu’il cher­chait, ou autre chose ? Le rôle de Mar­jo­rie — savait-elle, depuis le début ou depuis peu ? Et sur­tout, ce que Hals­worth allait faire main­te­nant qu’il était démasqué.

Vers midi, un boy vint frap­per à sa porte avec un mes­sage. Une carte de visite, sur laquelle quelques mots étaient grif­fon­nés à la hâte :

“Cher Mau­gham, puis-je vous deman­der de dîner avec moi ce soir ? Ma femme est souf­frante et je déteste man­ger seul. Sept heures, dans la grande salle. — G. Halsworth”

Mau­gham retour­na la carte entre ses doigts, pen­sif. L’in­vi­ta­tion était étrange — pour­quoi un homme accu­lé, ter­ro­ri­sé, cher­che­rait-il la com­pa­gnie d’un écri­vain connu pour son regard impi­toyable ? À moins que ce ne fût pré­ci­sé­ment pour cela. À moins que Hals­worth ne cher­chât quel­qu’un à qui par­ler, quel­qu’un qui comprendrait.

Ou quel­qu’un devant qui se confesser.

Il écri­vit sa réponse sur le dos de la carte — “Avec plai­sir” — et la remit au boy.

L’a­près-midi s’é­ti­ra, lourd et oppres­sant. L’o­rage ne se déci­dait pas à écla­ter. Mau­gham des­cen­dit sur la véran­da, ten­ta de lire, n’y par­vint pas. Son esprit reve­nait sans cesse à Hals­worth, à ce qui l’at­ten­dait le soir même.

Gerald appa­rut vers quatre heures, l’air soucieux.

— J’ai vu Verne ce matin, dit-il à voix basse en s’as­seyant près de Mau­gham. Il sor­tait de l’hô­tel avec une enve­loppe à la main. Une grande enve­loppe, comme celles qu’on uti­lise pour les docu­ments officiels.

— Où allait-il ?

— Je l’ai sui­vi. Il est allé au bureau du Résident britannique.

Mau­gham fron­ça les sour­cils. Le Résident était le repré­sen­tant de la Cou­ronne à Penang — l’au­to­ri­té suprême en matière admi­nis­tra­tive et judiciaire.

— Il dépose une plainte ?

— Ou il pré­sente des preuves. Gerald allu­ma une ciga­rette. Quoi qu’il ait dans cette enve­loppe, c’est suf­fi­sam­ment sérieux pour qu’il aille voir les autorités.

Le piège se refer­mait. Mau­gham voyait la méca­nique impla­cable à l’œuvre — Verne qui accu­mu­lait les preuves, qui infor­mait les auto­ri­tés, qui cou­pait toutes les issues à Hals­worth. Dans quelques jours, peut-être moins, la police vien­drait frap­per à la porte de la suite des Hals­worth. Et alors tout s’effondrerait.

— Autre chose, dit Gerald. J’ai croi­sé Mar­jo­rie dans le cou­loir ce matin. Elle n’a­vait pas l’air souf­frante. Elle avait l’air… je ne sais pas com­ment dire. Vidée. Comme quel­qu’un qui a pleu­ré toute la nuit.

— Elle sait.

— Tu crois ?

— J’en suis cer­tain. Mau­gham regar­da la mer noire sous les nuages. La ques­tion est : depuis quand ?

À sept heures, Mau­gham des­cen­dit dans la grande salle.

Les lampes étaient allu­mées, pro­je­tant des cercles de lumière jaune sur les nappes blanches. La plu­part des tables étaient occu­pées — les colo­niaux dînaient tôt, par habi­tude et par ennui. Le gra­mo­phone jouait quelque chose de doux, un air de jazz qui se per­dait dans le brou­ha­ha des conversations.

Hals­worth l’at­ten­dait à leur table habi­tuelle, près de la fenêtre. Il se leva quand Mau­gham appro­cha, lui ser­ra la main avec une vigueur excessive.

— Mau­gham ! Mer­ci d’être venu. Je sais que c’é­tait une invi­ta­tion de der­nière minute.

— Tout le plai­sir est pour moi.

Ils s’as­sirent. Hals­worth avait déjà un verre devant lui — du whis­ky, presque vide. Il fit signe au boy d’en appor­ter un autre, plus un gin pahit pour Maugham.

— Ma femme vous prie de l’ex­cu­ser. Une migraine. La cha­leur, sans doute.

— J’es­père qu’elle se remet­tra vite.

— Oh, Mar­jo­rie est solide. Elle se remet toujours.

Il avait dit cela avec une iro­nie amère qui rap­pe­la à Mau­gham les mots de Mar­jo­rie elle-même, quelques jours plus tôt. “Geof­frey se remet tou­jours.” Comme si cha­cun d’eux atten­dait que l’autre craque le premier.

Le boy appor­ta les bois­sons et les menus. Hals­worth com­man­da sans regar­der — le cur­ry de mou­ton, son plat habi­tuel. Mau­gham choi­sit du pois­son. Ils res­tèrent un moment silen­cieux, buvant, écou­tant le mur­mure des autres convives.

L’o­rage gron­dait au loin, au-des­sus de la mer.

— Vous écri­vez en ce moment ? deman­da Halsworth.

— Tou­jours. C’est une maladie.

— Sur quoi ?

— Des nou­velles. Des his­toires de colo­niaux, pour la plu­part. Les tro­piques offrent un maté­riau inépuisable.

Hals­worth eut un rire bref.

— J’i­ma­gine. Tous ces Anglais per­dus à l’autre bout du monde, avec leurs petits secrets et leurs grandes soli­tudes. Il vida son verre, en com­man­da un autre. Vous devez nous trou­ver pathétiques.

— Pas pathé­tiques. Intéressants.

— C’est la même chose, non ? On n’est inté­res­sant que lors­qu’on souffre. Le bon­heur est ennuyeux. C’est le mal­heur qui fait les bonnes histoires.

Mau­gham ne répon­dit pas. Hals­worth par­lait trop, buvait trop vite. Il y avait une fébri­li­té dans ses gestes, une urgence dans sa voix, qui ne lui res­sem­blaient pas. L’homme qu’il avait ren­con­tré sur le bateau — ce plan­teur jovial et ner­veux — avait dis­pa­ru. À sa place, il y avait quel­qu’un d’autre. Quel­qu’un de brisé.

Les plats arri­vèrent. Hals­worth tou­cha à peine au sien, pous­sant les mor­ceaux de viande dans son assiette comme un enfant qui n’a pas faim. Mau­gham man­geait len­te­ment, attendant.

— Vous savez, dit sou­dain Hals­worth, je vous ai lu. Vos livres.

— Vrai­ment ?

— “The Moon and Six­pence”. L’his­toire de ce peintre qui aban­donne tout — sa femme, sa car­rière, sa vie — pour deve­nir quel­qu’un d’autre. Il haus­sa les yeux vers Mau­gham. Vous croyez que c’est pos­sible ? De deve­nir quel­qu’un d’autre ?

Mau­gham sen­tit son cœur s’ac­cé­lé­rer. Ils y étaient. Le moment qu’il attendait.

— Je crois que les gens essaient, dit-il pru­dem­ment. Qu’ils fuient leur pas­sé, changent de pays, prennent un nou­veau départ. Mais je ne suis pas sûr qu’on puisse vrai­ment échap­per à ce qu’on est.

— Et si on n’é­tait rien, au départ ? Hals­worth fixait son verre vide. Si on n’é­tait per­sonne — juste une ombre, un ser­vi­teur, quel­qu’un qu’on ne regarde jamais ? Est-ce qu’on pour­rait alors deve­nir quelqu’un ?

— Un serviteur ?

Hals­worth réa­li­sa ce qu’il avait dit. Une lueur de panique tra­ver­sa ses yeux, aus­si­tôt réprimée.

— C’est une hypo­thèse. Une ques­tion phi­lo­so­phique. Il fit signe au boy. Encore un whisky.

— Vous buvez beau­coup ce soir, Geoffrey.

— Oui. Il eut un sou­rire sans joie. C’est une soi­rée qui le mérite.

Le whis­ky arri­va. Hals­worth le vida d’un trait, gri­ma­ça, s’es­suya la bouche du dos de la main. Ses joues s’é­taient empour­prées, ses yeux brillaient d’un éclat fiévreux.

— Mau­gham, je vais vous dire quelque chose. Quelque chose que je n’ai jamais dit à personne.

Mau­gham atten­dit, immo­bile. Dehors, l’o­rage se rap­pro­chait — on enten­dait le rou­le­ment du ton­nerre, de plus en plus proche.

— Le plus dif­fi­cile… Hals­worth par­lait len­te­ment, cher­chant ses mots. Le plus dif­fi­cile, ce n’est pas de deve­nir quel­qu’un d’autre. Ça, c’est presque facile. On apprend les gestes, les mots, les habi­tudes. On regarde, on imite. Au bout d’un moment, ça devient naturel.

— Et qu’est-ce qui est difficile ?

— C’est d’ou­blier qui l’on était.

Un silence. Le ton­nerre gron­da, plus proche. Les lumières vacillèrent un instant.

— On ne peut pas oublier, conti­nua Hals­worth. Pas vrai­ment. On peut enfouir, cacher, faire sem­blant. Mais ça reste là. La nuit, quand on ne dort pas. Dans les miroirs, quand on se regarde. On voit l’autre — celui qu’on était avant. Et il vous regarde avec des yeux… des yeux qui vous accusent.

Sa voix s’é­tait bri­sée. Mau­gham vit ses mains trem­bler sur la nappe blanche.

— Geof­frey…

— Trente ans. Hals­worth ne l’é­cou­tait plus. Trente ans que je joue ce rôle. Trente ans que je me réveille chaque matin en me deman­dant si c’est le jour où tout s’ef­fondre. Et maintenant…

Il s’in­ter­rom­pit. Son regard venait de se fixer sur quelque chose — quel­qu’un — der­rière Mau­gham. Son visage se vida de toute couleur.

Mau­gham se retourna.

Ste­phen Verne était debout à l’en­trée de la salle à man­ger. Il por­tait son cos­tume cor­rect mais modeste, ses che­veux soi­gneu­se­ment pei­gnés. Il regar­dait dans leur direc­tion avec une expres­sion indéchiffrable.

Leurs regards se croi­sèrent — celui de Hals­worth et celui de Verne. Une seconde, deux secondes. Puis Verne sou­rit — un sou­rire mince, sans cha­leur — et se détour­na vers le bar.

Quand Mau­gham se retour­na vers Hals­worth, l’homme s’é­tait repris. Le masque était reve­nu en place — un peu trem­blant, un peu fis­su­ré, mais en place.

— Par­don­nez-moi. Il s’es­suya le front avec sa ser­viette. Je ne sais pas ce qui m’a pris. La cha­leur. L’alcool.

— Geof­frey, de qui par­liez-vous ? Qui était celui que vous étiez avant ?

Hals­worth secoua la tête.

— Per­sonne. Des diva­ga­tions d’i­vrogne. Il se leva, un peu chan­ce­lant. Je crois que je vais mon­ter. Je ne me sens pas très bien.

— Atten­dez.

Mais Hals­worth était déjà par­ti, tra­ver­sant la salle d’un pas mal assu­ré, évi­tant soi­gneu­se­ment de regar­der du côté du bar où Verne siro­tait tran­quille­ment un whisky.

Mau­gham res­ta seul à table, le cœur bat­tant. Il avait été si près — si près d’en­tendre la confes­sion com­plète. Et puis Verne était appa­ru, et Hals­worth s’é­tait refer­mé comme un coquillage.

Mais il en avait assez enten­du. “Le plus dif­fi­cile, ce n’est pas de deve­nir quel­qu’un d’autre. C’est d’ou­blier qui l’on était.” Hals­worth venait pra­ti­que­ment d’a­vouer. Pas avec des mots pré­cis, pas avec des preuves — mais avec cette véri­té qui suin­tait de chaque phrase, de chaque regard, de chaque trem­ble­ment de ses mains.

L’homme qui vivait sous le nom de Geof­frey Hals­worth n’é­tait pas Geof­frey Halsworth.

Et il le savait depuis le début.

Mau­gham ne mon­ta pas tout de suite. Il res­ta dans la salle à man­ger, com­man­da un café, obser­va Verne au bar.

Le jeune homme buvait seul, sans cher­cher la conver­sa­tion. De temps en temps, il levait les yeux vers l’es­ca­lier par où Hals­worth avait dis­pa­ru, avec une expres­sion qui tenait du chas­seur guet­tant sa proie. Il n’a­vait pas l’air pres­sé. Il avait l’air de quel­qu’un qui sait que le temps joue pour lui.

Vers neuf heures, Gerald appa­rut. Il s’as­sit en face de Mau­gham, com­man­da un whis­ky, écou­ta le récit du dîner.

— Il a presque avoué, dit-il quand Mau­gham eut terminé.

— Presque. Et puis Verne est entré, et il s’est tu.

— Tu crois qu’il sait ? Que Verne est là pour lui ?

— Il sait. Mau­gham regar­da vers le bar, où Verne finis­sait son verre. Ils se sont regar­dés. Hals­worth a eu l’air d’un homme qui voit la mort en face.

Gerald sif­fla doucement.

— Et maintenant ?

— Main­te­nant, on attend. Demain, peut-être, il se pas­se­ra quelque chose. Verne a por­té des docu­ments au bureau du Résident. Les auto­ri­tés vont agir — tôt ou tard.

— À moins que Hals­worth n’a­gisse d’abord.

Mau­gham fron­ça les sourcils.

— Que veux-tu dire ?

— Il est accu­lé, non ? Sans issue. Si les auto­ri­tés l’ar­rêtent, il sera jugé, condam­né. Usur­pa­tion d’i­den­ti­té, peut-être meurtre — la peine de mort, pro­ba­ble­ment. Gerald allu­ma une ciga­rette. À sa place, je préférerais…

Il ne ter­mi­na pas sa phrase. Il n’en avait pas besoin.

Mau­gham pen­sa à Hals­worth, là-haut dans sa chambre, seul avec son secret et sa ter­reur. À Mar­jo­rie, dans la chambre voi­sine — si elle y était — avec ce qu’elle savait ou soup­çon­nait. À tout ce qui s’é­tait pas­sé entre eux pen­dant trente ans, les men­songes et les silences, les regards et les non-dits.

— Non, dit-il. Je ne crois pas qu’il le fera.

— Pour­quoi ?

— Parce qu’il s’est bat­tu trop long­temps. Parce qu’il a réus­si l’im­pos­sible — deve­nir quel­qu’un d’autre, vivre une vie entière sous un nom volé. Ce genre d’homme ne renonce pas facilement.

Mais même en disant cela, il n’é­tait pas sûr d’y croire. Il avait vu le visage de Hals­worth quand il avait aper­çu Verne. Il avait vu la ter­reur, le déses­poir. Un homme peut se battre long­temps — mais un jour, il n’a plus la force.

L’o­rage écla­ta vers minuit.

Mau­gham était dans sa chambre, inca­pable de dor­mir, quand les pre­mières gouttes frap­pèrent les per­siennes. Puis ce fut le déluge — des trombes d’eau qui s’a­bat­taient sur la ville, le fra­cas du ton­nerre, les éclairs qui illu­mi­naient la chambre par intermittence.

Il se leva, s’ap­pro­cha de la fenêtre, entrou­vrit les per­siennes. La mer était déchaî­née, noire striée d’é­cume blanche. Les pal­miers du jar­din pliaient sous le vent. Quelque part, un volet battait.

Il pen­sa à Hals­worth, quelque part dans cet hôtel, écou­tant le même orage. Pen­sait-il à ce qu’il avait fait, trente ans plus tôt ? À la nuit où tout avait bas­cu­lé, sur ce bateau quelque part dans l’o­céan Indien ? Le ton­nerre devait res­sem­bler au bruit des vagues contre la coque. La pluie devait res­sem­bler à l’eau noire qui s’é­tait refer­mée sur un corps.

Mau­gham retour­na se cou­cher, mais le som­meil ne vint pas. Il res­ta éten­du dans l’obs­cu­ri­té, écou­tant l’o­rage, atten­dant l’aube.

Il ne savait pas encore que cette aube serait dif­fé­rente de toutes les autres.

Gerald frap­pa à sa porte vers deux heures du matin.

— Willie. Réveille-toi.

Mau­gham ouvrit, vit le visage blême de Gerald dans la lumière du couloir.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Je n’ar­rive pas à dor­mir. Je suis des­cen­du au bar — il est encore ouvert, il y avait des types qui jouaient aux cartes. Et j’ai enten­du quelque chose.

— Quoi ?

— Un bruit. Au-des­sus. Comme un cri étouf­fé. Et puis plus rien.

Mau­gham sen­tit un fris­son lui par­cou­rir l’échine.

— Tu sais de quelle chambre ça venait ?

— Non. Mais le bar est juste en des­sous de l’aile où logent les Halsworth.

Ils se regar­dèrent. L’o­rage conti­nuait de faire rage dehors, cou­vrant tous les bruits.

— C’est peut-être rien, dit Gerald. Le vent. Une porte qui claque.

— Peut-être.

Mais ni l’un ni l’autre n’y croyait.

Mau­gham refer­ma sa porte, retour­na à la fenêtre. L’o­rage com­men­çait à fai­blir — les éclairs s’es­pa­çaient, le ton­nerre s’é­loi­gnait. Dans quelques heures, le soleil se lève­rait sur Penang. Et alors on saurait.

Il res­ta là jus­qu’à l’aube, à regar­der la pluie tom­ber, à attendre.

À attendre que le jour révèle ce que la nuit avait caché.

CHA­PITRE 6

Jeu­di 17 mars 1927

Le cri vint à l’aube.

Mau­gham s’é­tait assou­pi sans s’en rendre compte, effon­dré dans le fau­teuil près de la fenêtre. Ce fut le cri qui le réveilla — un cri de femme, aigu, ter­rible, qui tra­ver­sa les cou­loirs de l’hô­tel et le tira du som­meil comme une main brutale.

Il se leva d’un bond, le cœur bat­tant. La lumière grise du matin fil­trait à tra­vers les per­siennes. L’o­rage était pas­sé — on n’en­ten­dait plus que le ruis­sel­le­ment de l’eau qui s’é­gout­tait des toits.

Des bruits dans le cou­loir. Des pas pré­ci­pi­tés, des voix. Mau­gham ouvrit sa porte, vit des boys cou­rir vers l’aile est de l’hô­tel. Gerald sor­tait de sa chambre au même moment, les che­veux en bataille, le visage blême.

— C’est là-bas, dit-il. Chez les Halsworth.

Ils sui­virent le mou­ve­ment, remon­tant le cou­loir jus­qu’à l’at­trou­pe­ment qui se for­mait devant une porte ouverte. Des clients de l’hô­tel en robe de chambre, des boys affo­lés, le direc­teur armé­nien qui ten­tait de main­te­nir l’ordre. Et au milieu de tout cela, une voix de femme qui répé­tait les mêmes mots, encore et encore :

— Non. Non. Non.

Mau­gham se fraya un pas­sage jus­qu’à la porte. Ce qu’il vit le figea sur place.

Geof­frey Hals­worth était éten­du sur le lit, par­fai­te­ment immo­bile. Il por­tait encore son cos­tume de la veille — frois­sé, taché de sueur. Ses yeux étaient ouverts, fixés au pla­fond, vides. Sur la table de nuit, un fla­con de verre brun — du véro­nol, lut Mau­gham sur l’é­ti­quette — et un verre d’eau ren­ver­sé dont le conte­nu avait for­mé une flaque sur le parquet.

Mar­jo­rie était assise sur une chaise près de la fenêtre, les mains croi­sées sur les genoux, le visage d’une pâleur de cire. C’é­tait elle qui avait crié. Main­te­nant elle se tai­sait, regar­dant le corps de son mari avec une expres­sion indéchiffrable.

Le direc­teur s’ap­pro­cha de Maugham.

— Mon­sieur Mau­gham, s’il vous plaît… ce n’est pas un spectacle…

— J’ai vu des morts. Mau­gham ne bou­gea pas. Que s’est-il passé ?

— Nous ne savons pas encore. Le boy est venu appor­ter le thé du matin. La porte n’é­tait pas fer­mée à clé. Il a trou­vé… Il déglu­tit. J’ai envoyé cher­cher le médecin.

Comme en réponse, une nou­velle agi­ta­tion se fit dans le cou­loir. Le Dr. Aldridge appa­rut, sa sacoche noire à la main, le visage grave. Il avait l’air d’un homme tiré du lit en urgence — che­veux mal pei­gnés, cra­vate de tra­vers — mais ses gestes étaient sûrs, professionnels.

— Lais­sez-moi pas­ser, s’il vous plaît. Écartez-vous.

La foule s’ou­vrit. Aldridge entra dans la chambre, s’ap­pro­cha du lit, posa deux doigts sur le cou de Hals­worth. Res­ta un moment immo­bile. Puis il se redres­sa, secoua la tête.

— Il est mort. Depuis plu­sieurs heures, à en juger par la rigidité.

— Plu­sieurs heures ? deman­da le directeur.

— Quatre, cinq peut-être. Le milieu de la nuit.

Mau­gham pen­sa au cri que Gerald avait enten­du vers deux heures du matin. Un cri étouf­fé, avait-il dit. Et puis plus rien.

Aldridge exa­mi­na le fla­con sur la table de nuit, le verre ren­ver­sé. Son visage ne tra­his­sait rien.

— Véro­nol. Une dose mas­sive, appa­rem­ment. Il se tour­na vers Mar­jo­rie. Madame Hals­worth, votre mari avait-il des troubles du sommeil ?

Mar­jo­rie leva les yeux. Son regard était vide, lointain.

— Oui. Depuis quelque temps. Il dor­mait mal.

— Lui arri­vait-il de prendre du véronol ?

— Par­fois. Quand c’é­tait trop difficile.

— En quelle quantité ?

— Je ne sais pas. Elle secoua la tête. Je ne sais pas.

Aldridge hocha la tête, comme si cette réponse confir­mait ce qu’il pen­sait déjà. Il se tour­na vers le directeur.

— Je vais rédi­ger un cer­ti­fi­cat de décès. Over­dose de véro­nol. Sui­cide probable.

Mau­gham intervint.

— Sui­cide ?

Aldridge lui lan­ça un regard froid.

— Vous êtes méde­cin, mon­sieur Maugham ?

— Non. Mais je connais les hommes. Et celui-ci ne m’a pas sem­blé sui­ci­daire quand je l’ai quit­té hier soir.

— Les appa­rences sont trom­peuses. Aldridge refer­ma sa sacoche. Le véro­nol est là, le verre est là. Il n’y a pas de signe de lutte, pas de bles­sure. L’ex­pli­ca­tion la plus simple est géné­ra­le­ment la bonne.

— Et la plus commode.

Un silence gla­cial. Aldridge se raidit.

— Que vou­lez-vous dire par là ?

— Rien. Mau­gham sou­tint son regard. Sim­ple­ment que les sui­cides sont pra­tiques. Ils évitent les ques­tions, les enquêtes, les scan­dales. Ils per­mettent à tout le monde de conti­nuer comme si de rien n’était.

— Mon­sieur Mau­gham, je vous conseille de mesu­rer vos paroles. Il se tour­na vers le direc­teur. Je revien­drai dans l’a­près-midi pour les for­ma­li­tés. D’i­ci là, je sug­gère de ne pas dépla­cer le corps et de limi­ter l’ac­cès à cette chambre.

Il sor­tit sans un regard en arrière. La foule com­men­çait à se dis­per­ser — les clients de l’hô­tel retour­naient à leurs chambres, com­men­tant à voix basse ce qu’ils avaient vu. Le direc­teur don­nait des ordres aux boys, ten­tant de réta­blir un sem­blant de normalité.

Mau­gham res­ta. Il regar­dait Mar­jo­rie, tou­jours assise sur sa chaise, les mains tou­jours croi­sées sur les genoux. Elle n’a­vait pas bou­gé depuis qu’il était entré. Elle n’a­vait pas pleuré.

— Madame Halsworth.

Elle leva les yeux.

— Je suis déso­lé, dit-il. Pour votre mari.

— Mer­ci.

Sa voix était plate, sans émo­tion. Comme si elle réci­tait une réplique apprise par cœur.

— Si je peux faire quoi que ce soit…

— Non. Elle secoua la tête. Il n’y a rien à faire. Plus maintenant.

Mau­gham hési­ta. Il y avait des ques­tions qu’il brû­lait de poser — sur la lettre, sur ce que Hals­worth lui avait dit la veille, sur ce qu’elle savait. Mais ce n’é­tait ni le lieu ni le moment.

— Je vous laisse, dit-il. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, je suis à l’hô­tel pour quelques jours encore.

Il sor­tit. Dans le cou­loir, Gerald l’at­ten­dait, ados­sé au mur.

— Alors ?

— Sui­cide, offi­ciel­le­ment. Véronol.

— Tu y crois ?

Mau­gham ne répon­dit pas. Ils mar­chèrent en silence jus­qu’à la chambre de Mau­gham, entrèrent, refer­mèrent la porte.

— Le cri que tu as enten­du cette nuit, dit Mau­gham. À quelle heure, exactement ?

— Vers deux heures. Peut-être un peu avant.

— Aldridge dit que la mort remonte à quatre ou cinq heures. Ce qui correspond.

— Donc Hals­worth a crié avant de mourir ?

— Ou pendant.

Gerald fron­ça les sourcils.

— On ne crie pas quand on prend du véro­nol. On s’en­dort, c’est tout.

— Non. On ne crie pas. Mau­gham s’as­sit sur le bord du lit. Sauf si quel­qu’un vous force à l’avaler.

Un silence. Dehors, le soleil com­men­çait à per­cer les nuages. La jour­née s’an­non­çait belle, lumi­neuse — indif­fé­rente au drame qui venait de se jouer.

— Tu penses à Verne ? deman­da Gerald.

— Je pense à tout le monde. Verne, Mar­jo­rie, Aldridge lui-même. Ils avaient tous des rai­sons de vou­loir Hals­worth mort.

— Aldridge ?

— Tu as vu comme il a conclu vite au sui­cide ? Sans vrai­ment exa­mi­ner le corps, sans poser de ques­tions ? Il y avait une hâte sus­pecte dans son diagnostic.

— Peut-être qu’il veut juste évi­ter le scan­dale. Les méde­cins colo­niaux sont comme ça — ils pro­tègent leur communauté.

— Peut-être. Ou peut-être qu’il pro­tège autre chose.

Mau­gham se leva, s’ap­pro­cha de la fenêtre. La mer scin­tillait sous le soleil du matin, d’un bleu inno­cent. Des pêcheurs ren­traient au port avec leurs prises de la nuit. La vie conti­nuait, comme tou­jours, indif­fé­rente aux tra­gé­dies individuelles.

— Il faut que je parle à Verne, dit-il.

Il trou­va Verne au bar, vers midi.

Le jeune homme buvait un café, seul, le regard per­du dans le vague. Il n’a­vait pas l’air sur­pris de voir Mau­gham s’as­seoir en face de lui.

— Vous avez enten­du, je sup­pose, dit Maugham.

— Tout l’hô­tel a enten­du. Verne but une gor­gée de café. Le plan­teur s’est sui­ci­dé. Quelle tragédie.

Il avait dit cela sans émo­tion, presque avec iro­nie. Mau­gham l’ob­ser­va attentivement.

— Vous n’a­vez pas l’air très affecté.

— Je ne le connais­sais pas.

— Vrai­ment ? Mau­gham se pen­cha en avant. Vous êtes arri­vé à Penang il y a trois jours. Depuis, vous posez des ques­tions sur lui par­tout — à Camp­bell Street, chez Madame Khoo, au bureau du Résident. Et main­te­nant il est mort. Coïncidence ?

Verne posa sa tasse, croi­sa le regard de Maugham.

— Vous êtes bien informé.

— C’est mon métier. J’ob­serve, j’é­coute, je note. C’est ce que font les écrivains.

— Et qu’est-ce que vous avez noté sur moi ?

— Que vous n’êtes pas qui vous pré­ten­dez être. Que vous êtes venu à Penang avec un but pré­cis — qui concer­nait Hals­worth. Et que main­te­nant que Hals­worth est mort, ce but est peut-être atteint.

Un silence. Verne ne cil­la pas.

— Vous m’ac­cu­sez de quelque chose, mon­sieur Maugham ?

— Je pose des ques­tions. C’est différent.

Verne sou­rit — ce sou­rire mince, sans cha­leur, que Mau­gham avait déjà remarqué.

— Très bien. Je vais vous répondre — en par­tie. Vous avez rai­son, je suis venu pour Hals­worth. Ou plu­tôt, pour l’homme qui se fai­sait appe­ler Halsworth.

— Qui se fai­sait appeler ?

— Le vrai Geof­frey Hals­worth est mort il y a trente ans. Sur un bateau, quelque part dans l’o­céan Indien. Il a été assas­si­né par son domes­tique, un cer­tain Hen­ry Marsh, qui a pris sa place et vécu sous son nom pen­dant trois décennies.

Mau­gham ne mon­tra pas sa sur­prise. Il savait déjà tout cela — mais pas de la bouche de Verne.

— Com­ment le savez-vous ?

— Parce que Geof­frey Hals­worth était mon père.

Le mot tom­ba comme une pierre dans l’eau. Mau­gham sen­tit les pièces du puzzle s’as­sem­bler définitivement.

— Votre père.

— Mon père. Il m’a eu avec une femme de chambre, à Londres, quand il avait vingt ans. Il ne l’a jamais épou­sée — il était fian­cé à une héri­tière, il ne pou­vait pas se per­mettre le scan­dale. Mais il a recon­nu l’en­fant. Moi. Il m’en­voyait de l’argent, par l’in­ter­mé­diaire d’un notaire. Jus­qu’à ce qu’il parte pour les colo­nies, en 1897. Après ça, plus rien.

— Vous avez cru qu’il vous avait abandonné.

— Pen­dant long­temps, oui. Verne but une gor­gée de café. Et puis j’ai fait des recherches. J’ai décou­vert qu’un homme du même nom vivait à Penang, qu’il avait héri­té d’une plan­ta­tion. J’ai écrit — pas de réponse. J’ai insis­té — tou­jours rien. Fina­le­ment, j’ai trou­vé une pho­to­gra­phie de lui. Une pho­to­gra­phie récente, prise à Sin­ga­pour il y a quelques années.

— Et ce n’é­tait pas votre père.

— Ce n’é­tait pas mon père. Verne secoua la tête. J’ai com­pa­ré avec les por­traits que j’a­vais — des pho­to­gra­phies de lui jeune homme, avant son départ. Ce n’é­tait pas le même visage. Les yeux, sur­tout. Mon père avait des yeux clairs, presque gris. L’homme de Penang avait des yeux sombres.

Mau­gham hocha la tête. Les yeux de quel­qu’un qui a connu la faim, la peur, la ser­vi­tude, avait dit Madame Khoo. Les yeux d’un domes­tique, pas d’un gentleman.

— Alors vous êtes venu. Pour le démasquer.

— Pour savoir la véri­té. Pour com­prendre ce qui était arri­vé à mon père. Et oui — pour récu­pé­rer ce qui me reve­nait. L’hé­ri­tage de mon père a été volé par un impos­teur. J’a­vais le droit de le reprendre.

— Et main­te­nant que l’im­pos­teur est mort ?

Verne eut un geste las.

— Main­te­nant, je ne sais plus. Il est mort avant que je puisse le confron­ter. Avant qu’il puisse avouer ce qu’il avait fait. Il a empor­té la véri­té avec lui.

— Vous pen­sez vrai­ment que c’est un suicide ?

Verne haus­sa les épaules.

— Qu’est-ce que ça peut être d’autre ? Il savait que j’é­tais là, que j’a­vais des preuves. J’ai dépo­sé un dos­sier au bureau du Résident hier matin. Il savait que tout allait s’ef­fon­drer. Il a pré­fé­ré mou­rir que de faire face.

C’é­tait plau­sible. C’é­tait même logique. Mais quelque chose gênait Mau­gham — une intui­tion, un détail qui ne col­lait pas.

— La lettre que vous lui avez envoyée, dit-il. Qu’est-ce qu’elle contenait ?

Verne fron­ça les sourcils.

— Quelle lettre ?

— Mar­di matin. Hals­worth a reçu une lettre qui l’a bou­le­ver­sé. J’ai pen­sé qu’elle venait de vous.

— Non. Je ne lui ai rien envoyé. Je pré­fé­rais agir par les voies offi­cielles — c’est plus dif­fi­cile à ignorer.

Mau­gham réflé­chit. Si la lettre ne venait pas de Verne, alors de qui ? Qui d’autre savait ce que Hals­worth avait fait, et avait choi­si ce moment pour le lui rappeler ?

— Une der­nière ques­tion, dit-il. Où étiez-vous cette nuit, entre minuit et l’aube ?

Verne sou­tint son regard.

— Dans ma chambre. Je dor­mais. Seul.

— Per­sonne ne peut le confirmer ?

— Non. Mais per­sonne ne peut le démen­tir non plus. Il se leva. Bonne jour­née, mon­sieur Mau­gham. Et bonne chance pour votre enquête — puisque c’est visi­ble­ment ce que vous menez.

Il sor­tit. Mau­gham res­ta seul au bar, pensif.

Verne avait un mobile — la ven­geance, l’hé­ri­tage. Il n’a­vait pas d’a­li­bi. Et il était arri­vé à Penang trois jours avant la mort de Halsworth.

Mais quelque chose ne col­lait pas. Verne avait l’air sin­cère quand il par­lait de son père, de sa quête de véri­té. Et sur­tout, il avait dépo­sé un dos­sier au bureau du Résident — ce qui signi­fiait qu’il comp­tait sur la jus­tice offi­cielle, pas sur un meurtre discret.

Alors qui ?

Mau­gham pen­sa à Mar­jo­rie, assise dans sa chambre avec le corps de son mari. À son visage de cire, à ses yeux vides, à cette phrase qu’elle avait dite : “Il n’y a rien à faire. Plus maintenant.”

Plus main­te­nant.

Comme si elle avait déjà fait ce qu’il y avait à faire.

L’a­près-midi, le Résident adjoint vint à l’hôtel.

C’é­tait un homme mince et ner­veux, du genre de ceux qui prennent leur fonc­tion trop au sérieux. Il s’en­tre­tint lon­gue­ment avec le direc­teur, exa­mi­na la chambre des Hals­worth, inter­ro­gea quelques témoins. Mau­gham ne fut pas convo­qué — il n’é­tait, après tout, qu’un client de l’hô­tel par­mi d’autres.

Mais Gerald, lui, fut interrogé.

— Ils vou­laient savoir si j’a­vais enten­du quelque chose cette nuit, racon­ta-t-il à Mau­gham. J’ai par­lé du cri.

— Qu’est-ce qu’ils ont dit ?

— Rien. Le Résident adjoint a pris des notes, c’est tout. Il avait l’air pres­sé d’en finir.

— Ils vont conclure au suicide.

— Évi­dem­ment. C’est la seule conclu­sion qui arrange tout le monde.

Mau­gham hocha la tête. Il com­pre­nait la logique — un sui­cide était propre, dis­cret, sans consé­quences. Un meurtre aurait signi­fié une enquête, un pro­cès, un scan­dale qui aurait écla­bous­sé toute la com­mu­nau­té colo­niale. Per­sonne ne vou­lait de cela. Ni le Résident, ni Aldridge, ni les plan­teurs qui se pres­saient au bar en com­men­tant l’af­faire à voix basse.

La mort de Hals­worth serait enter­rée avec lui. Offi­ciel­le­ment, du moins.

Le soir, Mau­gham reçut un message.

Un boy le lui appor­ta vers sept heures — une enve­loppe cache­tée, sans nom d’ex­pé­di­teur. À l’in­té­rieur, un simple feuillet, cou­vert d’une écri­ture féminine :

“Mon­sieur Maugham,

Je sais que vous posez des ques­tions. Je sais ce que vous cher­chez. Si vous vou­lez des réponses, venez me voir demain à Beach Street.

Il n’é­tait pas celui que vous croyez. Mais il n’é­tait pas non plus celui qu’il croyait être devenu.

K.”

  1. Madame Khoo.

Mau­gham relut le mes­sage, le glis­sa dans sa poche. “Il n’é­tait pas non plus celui qu’il croyait être deve­nu.” Que vou­lait-elle dire par là ?

Il s’ap­pro­cha de la fenêtre, regar­da la nuit tom­ber sur George Town. Quelque part dans cette ville, des gens savaient la véri­té sur la mort de Hals­worth. Mar­jo­rie, peut-être. Madame Khoo, cer­tai­ne­ment. Et d’autres encore, qu’il n’a­vait pas identifiés.

Demain, il irait à Beach Street. Demain, il aurait des réponses.

Ou de nou­velles questions.

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