“Sefer nameh” – Nāsir al Dīn ibn Khosrow, Abū Mu īn

Nasir Khosrau (Nasiri Khusru, Nāsir al Dīn ibn Khosrow, Nassiri Khosrau) est un poète persan, originaire du Khorassan, dont le nom de plume est Hujjat. On sait peu de choses de lui, si ce n’est qu’il était certainement un peu porté sur la bouteille et qu’il était un grand érudit, connaissant plusieurs langues et très versé dans l’astronomie et les sciences naturelles. Il est de ces personnages qui ont fait la jonction entre le Moyen-Orient, l’Occident et l’Inde. On sait également de lui qu’il abandonna finalement les plaisirs de la vie et qu’il se rendit à La Mecque et à Médina pour y trouver réponse à toutes les questions qu’il se posait sur la religion. Le récit de ce voyage, le Sefer nameh, est un témoignage unique du monde musulman au XIème siècle.

“Sefer nameh”, relation du voyage de Nassiri Khosrau en Syrie, en Palestine, en Égypte, en Arabie et en Perse, pendant les années de l’hégire 437-444 (1035 1042) / Publié, traduit et annoté par Charles Schefer. Paris – 1881

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Dans la fougue d’un autre monde

Je caresse la mappemonde
Jusqu’à ce que sous mes longs doigts
Naissent des montagnes, des bois
Et je me mouille en l’eau profonde
Des fleuves, et je fonce avec eux
Vers l’océan vertigineux
Débordant de partout mes yeux
Dans la fougue d’un autre monde

Jules Supervielle

Deux poèmes de Labîd ibn Rabî’a

Labid ben Rabi’a (لَبيد بن ربيعة بن مالك أبو عقيل العامِري) est un poète pré-islamique qui a chanté au travers de ses poèmes la beauté de sa terre natale, l’Arabie, et la courage et la valeur de sa tribu, les Beni’Amir ben Sa’sa’a. Né en 560 et mort en 561, il est un des sept poètes classiques dont les mots ont servi à orner les mu’allaqât (la traduction littérale est : “suspendues” car elles étaient suspendues à la Ka’ba de La Mecque).

Photo © Lintmachine

Sèche, ensoleillée, aride, féroce,
sublime et belle dans les roches noires,
blonde de sables doux et de terre,
telle est l’île immense
que les dieux nous ont donnée : un grand trésor.

Carte du monde connu par Muhammad Al-Idrīsī,
extraite du Livre de Roger, orientée avec le sud en haut et la péninsule arabique centrée.

Lions, hyènes et loups,
et léopards et panthères
nous donnent leur peau :
le dattier, l’encens, le tamaris,
soutiennent la vie, et le grenadier
colore nos rêves, et la rosée
arrête la lumière de la lune. A vous
j’offre la vie et, avec amour, ce chant
parce que ma tribu
est la plus glorieuse et la plus grande.

Al Idrissi ou Al-Idrīsī ou encore Charif Al Idrissi, de son nom complet Abu Abdallah Muhammad Ibn Muhammad Ibn Abdallah Ibn Idriss al-Qurtubi al-Hassani (arabe : أبو عبد الله محمد ابن محمد ابن عبد الله ابن ادريس القرطبي الحسني), connu aussi sous le nom latin de Dreses, est un géographe et botaniste andalous, né à Ceuta vers 1100. Il a grandi à Cordoue, et serait mort vers 1165. Il doit sa renommée à la rédaction d’un ouvrage de géographie descriptive intitulé Kitâb Nuzhat al Mushtâq ou Kitâb Rudjâr ou Le Livre de Roger. Ce livre fut rédigé à la demande de Roger II, roi normand de Sicile, pour illustrer et commenter un grand planisphère en argent construit par Al-Idrīsī, qui est probablement mort en Sicile, à cause d’une probable interdiction de revenir dans sa ville natale où il était considéré comme un renégat au service d’un roi chrétien comme Roger II. (article Wikipedia)

Article de Saadane BENBABAALI : Les Mu‘allaqât et autres poèmes arabes préislamiques : autour des traductions de Pierre Larcher sur le site Littérature et culture arabes

Mots d’un vocabulaire oublié VIII

Avertissement: billet à haute teneur en mots rares et précieux, sauvés de l’oubli.

  1. 1er volet
  2. 2nd volet
  3. 3ème volet
  4. 4ème volet
  5. 5ème volet
  6. 6ème volet
  7. 7ème volet
  8. 8ème volet
  9. 9ème volet
  10. 10ème volet

Bucrane

Un bucrane (sans accent circonflexe) désigne un motif gravé représentant le crâne d’un bœuf dont les cornes sont enguirlandées de feuillages et que l’on trouve comme ornements de frises dans les ordres grecs. Les bucranes, ornements canoniques de l’ordre dorique depuis la Renaissance, sont placés ordinairement dans les métopes, ou intervalles qui séparent deux triglyphes. Leur signification est supposée rappeler les victimes offertes en sacrifice aux dieux. Il était encore beaucoup utilisé à la Renaissance.

Les bucranes se retrouvent très fréquemment dans les sépultures préhistoriques.

  • Paléolithique supérieur.- Le site de Saint-Germain-la-Rivière en France où le défunt, recroquevillé sous un caisson de dalles en pierre, est accompagné d’un bucrane et de ramures (Otte 2003)
  • Néolithique. – Manifestations religieuses ou l’on retrouve encore des modelages de bucranes et des chevilles osseuses de bovidés associés aux sépultures (Otte 1993)

À Rome, le bucrane se retrouve déjà sur les mausolées patriciens de l’époque républicaine (tombeau de Cecilia Metella) et reste en usage jusqu’à l’époque d’Hadrien. Selon F. Lemerle, il rapelle le sacrifice traditionnel (suovetaurile) qui accompagne les obsèques.

À la Renaissance, ce motif ne commence à être utilisé que par Michele Sanmicheli (Porta Nuova de Vérone, 1535). C’est Fra Giovanni Giocondo (1511), et après lui Serlio et Vignole qui, dans leurs commentaires-traduction du De architectura de Vitruve, associent le bucrane à l’ordre dorique.

Motif d’ornement sculpté : bucrane et deux études de statues (?) de femmes drapées. Oppenord Gilles-Marie (1672-1742)
© RMN / Madeleine Coursaget. Encre brune, lavis gris, pierre noire. Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques

Chrestomathie

Du grec ancien χρηστομάθεια, khrêstomátheia (« savoir utile »).
Anthologie de textes d’auteurs réputés classiques, notamment assemblée pour l’apprentissage d’une langue.

Chrysographie

Du grec ancien chrysos, or et graphein, écriture.
Art d’écrire en lettres d’or.

Burney MS 13, f. 1Burney MS 13, f. 1, British Library

Dactyle

Le dactyle (du grec ancien δάκτυλος dáktulos, « doigt ») est un pied, c’est-à-dire un élément métrique (un module rythmique) de la poésie grecque et latine au départ puis, par extension, de toutes les poésies dont le mètre est rythmique ou accentuel et non syllabique.

Il est composé d’une syllabe longue (ou accentuée pour les métriques accentuelles) suivie de deux syllabes brèves (ou atones). On symbolise le tout ainsi : _UU. Le dactyle est donc de rythme descendant, puisqu’il attaque par un temps fort. Par exemple, fōns ĕrăt (suivi d’une voyelle), en latin, forme un dactyle, de même que sándige en allemand. Dans le second cas, ce n’est pas la quantité syllabique qui compte mais l’opposition entre la voyelle tonique et les voyelles atones. La dénomination grecque de « doigt » résulte probablement1 d’une analogie avec les phalanges d’un doigt. La première phalange, plus longue, est suivie par deux phalanges plus courtes.

Note : en scansion, la marque de quantité vocalique (macron pour la longue et brève) compte pour la syllabe entière et non la seule voyelle qui la porte.

« Pseudo-Sénèque » : longtemps considéré comme un buste du philosophe stoïcien, ce portrait pourrait représenter un poète archaïque, peut-être Hésiode.
Copie romaine d’un original hellénistique, British Museum

Ecoinçon

Un écoinçon est un ouvrage de menuiserie ou de maçonnerie formant l’encoignure de l’embrasure d’une baie.
Dans le style gothique, on trouve cet élément aux angles des roses ou des rosaces formant des ouvertures de verrières décorées avec des écoinçons ajourés.
Un écoinçon est aussi une partie d’un tapis qui est située aux coins du champ.

Figure de Renommée nue pour écoinçon. Primatice (dit), Primaticcio Francesco (1504-1570)
© RMN / René-Gabriel Ojéda. Lavis bistre, plume (dessin)
Bayonne, musée Bonnat

Gnomon

Le mot gnomon est un mot latin qui veut dire aiguille de cadran solaire, venant du grec gnômôn qui désignait une règle ou ce qui sert de règle. Par dérivation un gnomon est le nom du plus simple cadran solaire : un bâton planté verticalement dans le sol, ou même encore plus simple : l’homme lui-même.

Le gnomon a donné son nom à la science des cadrans solaires : la gnomonique, ainsi qu’à la personne qui conçoit et réalise des cadrans : le gnomoniste.

Cadran solaire multiple en diptyque. Reinmann Paul (1557?-1609)
Paris, musée du Louvre

Quinze mille sept cent fois

Enlèvement de Briséis. Achille, sous sa tente, ayant à ses côtés Ulysse et Diomède,
assiste plein de courroux à l’enlèvement de Briséis par Hermès. Chant I. 320-350. Peinture d’une kylix (British Museum)

Quinze mille sept cent fois dans l’Iliade, Homère, laissant l’expiration emporter sa voix sous la dictée de la Muse, énonce son vers ailé soutenu par les six temps forts et soulevé par la mélodie propre des mots. Quinze mille sept cent fois, Homère, dans le même système, change lorsqu’il chante. Chaque mot possède sa propre manière d’entrer dans la ronde des dactyles. Chaque syllabe se place sur le temps, en opposition, à l’attaque, à la fin, dans le phrasé ascendant de la mélodie, ou sur la contrepente, et s’étire sur sa voyelle longue, se resserre sur la brève ; parfois encore, se resserre sur la brève en donnant l’illusion de la longue, ou en marchant à rebours de toutes les règles, parce qu’aucune langue ne se laisse réduire à un schéma, et la langue d’Homère encore moins que celle de ses imitateurs.
Dire le grec ancien avec la quantité des voyelles, le jeu rythmique des syllabes, la mélodie de l’intonation, une échelle harmonique, les silences, où la parole retentit et se recharge, procure les plus grandes joies, parce qu’on y suit le déroutant Homère, qui s’emploie à surprendre son monde. Homère assemble — ce serait même l’étymologie de son nom —, et ce fils du fleuve — Mélésigénès, « fils du fleuve Mélès », d’après les vies anciennes — se contredit dans son perpétuel devenir !

Philippe Brunet
traducteur de l’Iliade – 2010 Seuil