Barnaba da Modena – La vierge et l’enfant

C’est un magnifique tableau de 109 cm de haut sur 72 peint vers 1370, dans cette période qu’on appelle le Trecento italien, ou pré-Renaissance, par un homme dont il ne reste que peu d’œuvres à travers le monde, Barnaba Agocchiari, plus connu sous le nom de Barnaba da Modena. Cette vierge allaitant tout à fait audacieuse marque le tournant entre les restes d’une forte technique byzantine et la Renaissance. On y voit un drapé marial bleu souligné dans ses plis par des fils d’or (technique de la chrysographie) et toutes les règles de la composition de l’art byzantin ; cadre en ogive, auréole et fond dorés, parapet rouge pour souligner la charge, lignes en triangle d’un classicisme formel. En outre, le cadre montre les traces de colonnes autrefois présentes et qui laissent penser que le tableau est en réalité l’élément central d’un triptyque.

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Mots d’un vocabulaire oublié X

Avertissement: billet à haute teneur en mots rares et précieux, sauvés de l’oubli.

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PLEctre

Un plectre est un dispositif permettant de pincer ou gratter les cordes d’un instrument. Il est généralement appelé médiator (« onglet » en Belgique, « pic » ou « pick » au Québec, « pick » en anglais) dans le domaine de la guitare, de la mandoline et des instruments semblables : il s’agit alors d’un petit accessoire que l’on tient entre le pouce et l’index. On appelle onglet le type de plectre utilisé aussi pour les instruments ou les styles requérant l’utilisation individuelle de plusieurs doigts pour gratter les cordes (ex : « fingerpicking country », cithare, kânun, etc.). Celui-ci s’enfile sur le bout du doigt.

Peinture murale de la nécropole thébaine, vers 1420 – 1411

Putto

Putto (putti au pluriel) est un terme architectural italien désignant sur une façade la statue d’un nourrisson joufflu et moqueur. Il s’agit presque toujours d’un garçon et parfois d’un ange. Les putti peuvent se trouver essentiellement sur les monuments de la Renaissance italienne, en particulier sur tous les bâtiments relevant du baroque sicilien, dont ils constituent l’une des caractéristiques principales. Le personnage du putto est inspiré de l’art de la Grèce antique, mais fut redécouvert et réutilisé au début du Quattrocento. Ce sont des anges symbolisant l’amour.

Putti peints par Raphaël dans la Chapelle Sixtine (1513)

Rudenture

Ornement en forme de câble ou de bâton uni ou sculpté dont on garnit les cannelures d’une colonne ou d’un pilastre dans leur partie inférieure.

Sardoine

La sardoine (du grec ancien σάρδιον / sárdion, probablement « de la ville de Sardes ») est une pierre de couleur rouge-brun, plus ou moins translucide. Il s’agit en fait d’une variété de calcédoine.
On en trouve un usage dans l’art islamique et dans l’art byzantin. En outre, les artistes du Moyen Âge ont beaucoup apprécié la reprise d’objets orientaux en sardoine, et leur ont ajouté une monture d’orfèvrerie : le vase d’Aliénor du trésor de la basilique de Saint-Denis, actuellement conservé au musée du Louvre, en est un exemple.

Coupe des Ptolémées, 1er siècle avant ou après J.C.
Cabinet des Médailles

Etonnant vase-camée. Cette somptueuse pièce du trésor de Saint-Denis aurait été offerte également à l’abbaye par le roi Charles le Chauve. Elle est taillée dans un seul bloc de sardoine et frappe par sa virtuosité technique, l’équilibre de la forme dans l’espace, le jeu sur les différentes couleurs de la pierre. Sait-on encore de nos jours façonner la sardoine ? La tradition rapporte qu’elle servait lors du sacre des reines de France. Elle faisait donc partie de ce qu’on appelle les regalia. Le décor en haut-relief évoque les préparatifs d’une cérémonie dionysiaque. Sur chacune des faces, une table chargée de vases et les branches d’un arbre auxquelles sont étrangement suspendus des masques bachiques. Datant du 1er siècle avant ou après J.C., ce canthare antique pourrait être l’œuvre d’un atelier d’Alexandrie. Il fut transformé en calice par une riche monture d’orfèvrerie, à l’époque de Charles le Chauve, fondue lors d’un vol en 1804.
Cercle Hernani

Scaphé

Le scaphé (ou skaphe, scaphium ou scaphion) est un objet de type cadran solaire dont on dit qu’il a été inventé par Aristarque de Samos (IIIè siècle avant J.-C.). Il consiste en une boule hémisphérique portant une gnomon à l’intérieur, dont le sommet ne dépasse pas la forme de l’hémisphère. Douze inscriptions gravées à la perpendiculaire de l’hémisphère indiquent les heures du jour. C’est à l’aide de cet instrument qu’Eratosthène de Cyrène mesura la longueur de l’arc méridien compris entre les deux tropiques.

Scaphé réalisé par Georg Hartmann en 1539 à Nuremberg, laiton doré
Musée d’histoire des sciences, Oxford

Stylobate

Stylobate en architecture désigne :

  • Un piédestal supportant une colonnade, comportant moulure, base et corniche régnant sur le pourtour d’un édifice.
  • Le degré supérieur constituant l’emmarchement dans certains cas d’architecture grecque avec péristyle ou faux-péristyle de pilastres.
  • Un soubassement décoré de moulure et formant un avant-corps suivant les ressauts d’une façade. Certains soubassements réunis et continus sont dénommés stéréobate.

stylobate incurvé du Parthénon d’Athènes

Transi

Contrairement au gisant représentant un personnage couché et endormi, dans une attitude béate ou souriante, le transi est une sculpture funéraire qui figure un personnage également couché, mais ici dans le réalisme de la putréfaction. De façon exceptionnelle, ce transi, comme celui du duc René dans l’église Saint-Étienne à Bar-le-Duc, sculpté par Ligier Richier, est debout, son écu lissé, et tendant son cœur à pleine main vers le ciel.

Apparu dans ce XIVe siècle où guerre (celle de Cent Ans), peste et famine ont emporté la moitié de la population, le transi marque une cassure dans l’art funéraire du Moyen Âge. L’horreur et les vers, la putréfaction et les crapauds remplacent — brutalement — sourires, heaume ou hennin. Guillaume de Harcigny ne joint pas les mains dévotement, mais tente, de ses phalanges sèches, de cacher un sexe pourri depuis longtemps. Le cardinal Lagrange exhorte le passant non à prier pour lui, mais à faire preuve d’humilité, car tu seras bientôt comme moi, un cadavre hideux, pâture des vers.
Le terme transi apparaît au XIIe siècle dans l’acception de « transi de vie », c’est-à-dire « trépassé ». La religion populaire, empreinte de magie, en fait un saint à invoquer dans les cas désespérés. On trouve un bon exemple de ce culte à Ganagobie dans les Alpes-de-Haute-Provence.
Seules certaines régions sont touchées par le remplacement des gisants par des transis. Ainsi en est-il de l’Est de la France et de l’Allemagne occidentale. En revanche, le transi demeure exceptionnel en Italie ou en Espagne.

Transis de Louis XII et d’Anne de Bretagne,
à Saint-Denis, par Giovanni di Giusto Betti

Orthostate

Un orthostate ou orthostat (nom masculin) désigne, dans l’architecture gréco-romaine, chacun des blocs de pierre dressés de chant, en une ou plusieurs rangées, à la base des murs.
Dans le cadre de l’architecture antique, les orthostates sont des blocs de pierre parallélépipédiques beaucoup plus hauts que profonds, habituellement établis au-dessous de l’élévation d’assise de parpaings.
L’usage du terme a été généralisé dans la description architecturale de beaucoup de cultures. Parfois entouré d’un simple filet, l’orthostat est généralement dépourvu de décor sculpté, à part dans quelques palais assyriens, comme à Khorsabad.
Le terme est également employé pour désigner des pierres dressées, plantées verticalement, comme les menhirs mégalithiques, ou plus généralement, les pierres individuelles qui font partie d’une structure mégalithique plus grande, comme les murs des allées couvertes ou les composants verticaux des trilithes, comme à Stonehenge.

Scène de chasse au lion, orthostate du palais de Ninive représentant Assurbanipal,
conservée au British Museum

La douceur de vivre de Carl Larsson

Peintre connu pour ses aquarelles, le Suédois Carl Larsson s’est également illustré dans la décoration d’intérieur, passion qu’il fit partager en peignant des scènes de sa propre maison, la célèbre maison rouge de Sundborn. Sensuel et chaleureux, d’origine modeste, il fait partie de ces artistes professionnels dont les revenus de l’activité arrivaient à subvenir aux besoins de sa famille, ce qui fit de lui quelqu’un de profondément indépendant. Monument national en Suède, il incarne la douceur de vivre des jours de l’enfance, mais également le quotidien sous toutes ses formes et surtout les traditions populaires suédoises comme la fête de Sainte Lucie et Jul, le Noël suédois.
J’ai déposé en ligne une galerie de ses œuvres les plus représentatives sur ce site.

Portrait de sa fille Britta en costume d’Iðunn

  1. De très nombreuses œuvres de Larsson classées par thèmes
  2. Lisbeth et la neige (billet sur ce site)
  3. Madame Larsson (billet sur ce site)
  4. Localisation de la maison de Sundborn sur Google Maps

 

Mots d’un vocabulaire oublié IX

Avertissement: billet à haute teneur en mots rares et précieux, sauvés de l’oubli.

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Grecquage

Le grecquage est une des étapes du processus de la reliure. Elle consiste à entailler sur le dos du volume à l’aide d’une scie à main. Ces entailles recevront les nerfs qui ne seront dès lors plus saillants par rapport au dos des cahiers.
Après avoir ballotté le volume par le dos et par la tête, afin de bien égaliser les cahiers, le relieur le place entre deux membrures, qui sont des ais plus épais d’un côté que de l’autre, d’une façon telle que le volume sorte de 6 à 8 millimètres ; il le place dans la presse et le serre très légèrement. Comme les membrures sont plus épaisses du côté du dos que du côté de la tranche, elles serrent davantage le dos et tiennent le volume mieux assujetti. Ensuite il fait avec la scie les entailles nécessaires d’une profondeur égale au diamètre des nerfs. Au-dessus de la première grecque, et au-dessous de la dernière, il donne un léger coup de scie pour loger la chaînette.

Grènetis

Ornement constitué d’un rang ou d’un semis de petits grains en relief sur un fond. Dans l’art des médailles, le grènetis désigne plus particulièrement le rang de petits grains en relief situé au bord des monnaies, des médailles et des jetons ; le grènetis limite ainsi l’usure du métal sur les bords. Le grènetis (ou greneté), composé de grains hémisphériques en demi-relief ou en haut relief (à peu près trois quarts de sphère), est obtenu de plusieurs manières : soit en repoussant une feuille de métal avec un outil dont l’extrémité a la forme du grain que l’on veut obtenir, le métal ressortant ainsi de l’autre côté (dans ce cas le grain est creux) ; soit en fondant le fond et son décor de grains (préparé en creux dans le moule) ; soit encore en matriçant une plaque de métal épaisse avec une empreinte (ou matrice) où la forme du grain est en creux (dans les deux derniers cas le grènetis est plein). De tout temps, le grènetis a servi à orner non seulement des médailles, mais des pièces d’orfèvrerie ou de bijouterie.

Ignudo

Vient de l’italien, adjectif nudo, signifaint “nu”, pluriel ignudi. Ignudo est le mot inventé par Michelange pour décrire les vingt figures mâles assises qu’il a incorporées dans les fresques de la voûte de la chapelle Sixtine. Chacun d’entre eux représente la figure de l’homme de manière idéalisée, dans un mélange de classicisme antique et d’une représentation moderne du héros nu. Inutile de dire qu’aucune de ces représentations a quoi que ce soit à voir avec la Bible.

Kylix

Dans la Grèce antique, un kylix (en grec ancien κύλιξ / kúlix) est un vase peu profond et évasé utilisé pour déguster du vin lors des symposia.

Manufacture typique des ustensiles de banquet, coupe de libations et objet de jeux de cottabe, il connaît une diffusion maximale à partir du VIe et jusqu’à la fin du IVe siècle avant notre ère, quand le canthare, l’élégant calice à volutes des rituels de Dionysos, reprit sa place comme coupe à vin la plus répandue.

Note: La racine indo-européenne du mot Calice est *K°lik- = coupe, vase. On la retrouve dans le sanskrit Kalásas (coupe, pot) et Kalika (bouton de fleur), en grec ancien Kúliks (coupe), en latin calix (coupe, vase à boire).

Œnochoé

Œnochoé attique à figures rouges : scène de sacrifice
Vers 430 – 425 avant J.-C. Athènes
Argile, H. : 21,5 cm. ; D. : 17 cm.
Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines. Musée du Louvre

Dans la Grèce antique, une œnochoé (prononciation correcte : /enɔkɔe/ ; courante et peu recommandée : /ø-/ ; du grec ancien οἰνοχόη / oinokhóê, d’οἶνος / oĩnos, le « vin », et χέω / khéô, « verser ») est un pichet à vin qui sert à puiser le vin dans le cratère — où il a été coupé à l’eau — avant de le servir.

Ce type de vase se caractérise par une anse unique et une taille allant de 20 à 40 cm. On distingue classiquement plusieurs types suivant la forme de l’embouchure et de la panse. Le plus courant (type 1) possède un bec tréflé. Le type 8 ressemble aux chopes modernes, avec un corps cylindrique et une embouchure à lèvre. L’apogée de l’œnochoé se situe à la période géométrique. Elle se fait plus rare pendant la figure noire. C’est cependant sur l’œnochoé à figures rouges archaïque que se fonde cette classification, élaborée par John Beazley.

L’autre type de vase à verser est l’olpè.

Patène

Asie Mineure, Xe – XIe siècle
Patène : Crucifixion, Bronze gravé, traces d’étamage
D. : 24 cm. ; H. : 35 cm.
Département des Objets d’art, Musée de Louvre.

La patène, du latin patena, plat, dérivant lui-même du grec patani, écuelle, est un objet liturgique de la religion chrétienne. Dans les Églises d’Orient, on l’appelle “discos” (disque).
Il s’agit d’une petite assiette en métal doré, sur laquelle le prêtre, lors de l’offertoire pendant la célébration eucharistique, pose l’hostie, c’est-à-dire le pain qu’il va consacrer et qui va devenir le Corps du Christ.
Avant et après la messe, la patène est posée sur le calice, si bien que patène et calice, désignés aussi vases sacrés, sont généralement fabriqués par un même artisan. Avant leur première utilisation, les vases sacrés sont consacrés avec le Saint chrême.
Autrefois très richement décorées, les patènes tendent, dans le catholicisme et depuis la réforme liturgique des années 1960-1971 à devenir beaucoup plus épurées. Ne pas confondre avec patère.
On peut voir une patène et un calice représentés sur deux mosaïques monumentales de la basilique Saint-Vital de Ravenne (VIe siècle). L’une est offerte à l’église par l’empereur Justinien et l’autre par l’impératrice Théodora. Ces offrandes solennelles célèbrent le retour à la communion orthodoxe et la libération de la ville après un épisode de domination arienne.

Phorminx

La phorminx (en grec ancien φόρμιγξ / phórminx) est un instrument de musique à cordes, ancêtre de la lyre, qui servait en Grèce antique à accompagner les chants des aèdes. Elle était réputée avoir été inventée par Hermès avec une carapace de tortue et des boyaux de bœuf.

Piriforme


Aiguière à tête de taureau
XIe – XIIe siècle, Iran, Khurasan
Alliage de cuivre martelé, décor gravé
Département des Arts de l’Islam, Musée du Louvre

Du latin pirus, poire et du suffixe -forme. Qui est en forme de poire.

spondée

En poésie, le spondée (du latin spondeus) est un pied, c’est-à-dire un élément métrique composé de deux syllabes longues.
En poésie latine, le spondée est d’usage fréquent.
Il peut facilement remplacer un dactyle ou un anapeste. En effet, la syllabe longue valant deux brèves, ces trois mètres comptent chacun quatre temps. Il n’y a donc pas de changement de longueur au final.
Il apparaît donc régulièrement à l’intérieur du très commun hexamètre dactylique où il remplace l’un ou l’autre dactyle, voire le trochée final.

Suovetaurile

Dans la Rome antique, le suovetaurile désignait un sacrifice de purification, où l’on immolait trois victimes mâles, un porc (sus), un mouton (ovis) et un taureau (taurus) à Mars afin de bénir et de purifier la terre.

C’était un des rites traditionnels les plus sacrés de la religion romaine : on conduisait en procession solennelle ces trois animaux autour de l’endroit ou de l’assemblée qu’il fallait purifier, puis on les égorgeait.

Le détail du rituel nous est parvenu grâce à Caton l’Ancien : la première étape consistait à mener les trois animaux autour des limites de la terre à bénir, en prononçant les paroles suivantes :

Cum divis volentibus quodque bene eveniat, mando tibi, Mani, uti illace suovitaurilia fundum agrum terramque meam quota ex parte sive circumagi sive circumferenda censeas, uti cures lustrare.
(« Je t’ordonne, Manius, de promener cette triste victime autour de mon domaine et de ma terre, soit en totalité, soit seulement sur la partie que tu jugeras à propos de purifier, afin qu’avec l’aide des dieux le succès couronne mes entreprises »)

Le sacrifice est alors affectué, et la prière à Mars doit être faite :

Mars pater, te precor quaesoque uti sies volens propitius mihi domo familiaeque nostrae, quoius re ergo agrum terram fundumque meum suovitaurilia circumagi iussi, uti tu morbos visos invisosque, viduertatem vastitudinemque, calamitates intemperiasque prohibessis defendas averruncesque; utique tu fruges, frumenta, vineta virgultaque grandire beneque evenire siris, pastores pecuaque salva servassis duisque bonam salutem valetudinemque mihi domo familiaeque nostrae; harumce rerum ergo, fundi terrae agrique mei lustrandi lustrique faciendi ergo, sicuti dixi, macte hisce suovitaurilibus lactentibus inmolandis esto; Mars pater, eiusdem rei ergo macte hisce suovitaurilibus lactentibus esto
« Mars notre père, je te conjure d’être propice à moi, à ma maison et à mes gens; c’est dans cette intention que j’ai fait promener une triple victime autour de mes champs, de mes terres et de mes biens, afin que tu en écartes, éloignes et détournes les maladies visibles et invisibles, la stérilité, la dévastation, les calamités et les intempéries : afin que tu fasses grandir et prospérer mes fruits, mes grains, mes vignes et mes arbres : afin que tu conserves la vigueur à mes bergers et à mes troupeaux, et que tu accordes santé et prospérité à moi, à ma maison et à mes gens. Aussi, pour purifier mes champs, mes terres et mes biens, et pour faire un sacrifice expiatoire, daigne agréer ces trois victimes à la mamelle que je vais immoler. Mars notre père, agréez dans ce but ces trois jeunes victimes. »

Du pain doit ensuite être offert, et les paroles dites simultanément :

Eiusque rei ergo macte suovitaurilibus inmolandis esto.
(« Sois glorifié par cette victime suovitaurilienne. »)

Si la divinité n’est pas apaisée, le propriétaire doit refaire le sacrifice en disant :

Mars pater, siquid tibi in illisce suovitaurilibus lactentibus neque satisfactum est, te hisce suovitaurilibus piaculo.
(« Mars notre père, si quelque chose t’a déplu dans ce sacrifice des trois jeunes victimes, accepte en expiation ces trois autres. »)

Les suovetaurilias peuvent avoir un caractère public ou privé : ainsi les fermes étaient bénites par des suovetauriles ruraux et privés lors de la fêtes des Ambarvales en mai. En revanche, des suovetauriles publics solennels étaient faits tous les cinq ans lors des cérémonies de lustration.

De même, lorsqu’un temple était détruit, le site devait en être purifié par un suovetaurile afin qu’il puisse être reconstruit.

Un suovetaurile était également offert pour bénir l’armée partant en campagne .

Collection de peintres

Il suffit parfois de regarder autour de soi et on se trouve satisfait, au moins pour un temps. Je viens de découvrir une brochure du Conseil Général mettant en avant le patrimoine de la région et notamment quelques peintres méconnus du grand public. Parmi ceux-ci, Norbert Gœneutte (1854-1894), peintre qui s’est illustré à Auvers-sur-Oise, patrie d’adoption de Van Gogh, auprès de qui il est enterré. Il fait partie de ces artistes peu connus qui ont pourtant donné leur vie à leur art, morts trop jeunes, trop tôt…
Ci-dessus, une vue de l’avenue de Clichy à Paris, une vue incroyablement belle donnant corps au Paris de la fin du XIXè siècle.
C’est le temps des vacances, il est temps de laisser place vacante et de faire le plein de culture pour revenir en septembre avec le plein de collections…

Vassili Verechtchaguine

Vassili Verechtchaguine est un peintre russe qui a souvent peint les aspects les plus rebutants de la guerre. Étonnamment, il n’était pas spécialement pacifiste, mais condamnait les horreurs et l’injustice de la guerre au travers de ses toiles qu’il peignait sur le terrain tandis qu’il suivait les troupes colonialistes de la grande Russie sur toute la longueur de son territoire. Ainsi, il aura fait découvrir à Moscou et à l’Europe ces peuples barbares et primitifs qu’étaient les Ouzbeks, les Tadjiks, les Turkmènes et les Kazakhs. En effet les scènes peintes sur ces pays de la route de la soie représentent souvent ces contrées islamisées comme arriérées et sauvages. Ces peintures figurent souvent des scènes de répression ou de vengeance et laissent une impression de malaise colonialiste…

Un panorama assez large de ses œuvres.

 

Mots d’un vocabulaire oublié V

Avertissement: billet à haute teneur en mots rares et précieux, sauvés de l’oubli.

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Douelle

C’est le parement intérieur d’un arc, qu’on désigne aussi sous le nom d’intrados. Dans une voûte, chaque claveau possède sa douelle. A est la douelle du claveau représenté fig. 1.

Douelle.png

Empyrée

Vient du grec empyros, έμπυριος (embyrios) signifiant qui est enflammé, dérivé de πυρ (feu)
Partie du ciel la plus élevée, que les anciens regardaient comme le séjour des divinités célestes.

Bosch Hieronymus, vers 1450-1516. “LES VISIONS DE L’AU-DELÀ: L’ASCENSION VERS L’EMPYRÉE”,
détail. 1500-1504. Dernier des 4 panneaux, 87×40 cm. Huile sur bois. Venise, Palazzo Ducale.

Enfeu

Déverbal de enfouir. Un enfeu est une tombe encastrée dans l’épaisseur du mur d’un édifice religieux (église, cimetière). Il était généralement réservé aux nobles.

Il peut être superposé. Des gisants peuvent figurer en dessous ou au-dessus. Plusieurs niches peuvent montrer le défunt à différents moments de sa vie. Des saints peuvent aussi y figurer.

Enfeu dans un prieuré dominicain, Athenry, County Galway, Edwin Rae

Escoperche (ou écoperche)

Vieux français : escot : « rameau » et de perche.

  1. (Arts) Perche qui, dans un échafaudage, soutient des perches ou planches horizontales.
  2. (Bâtiment) Grande perche verticale d’échafaudage en bois ou en acier munie d’une poulie, servant à élever des matériaux de construction.

Perche ou baliveau posé verticalement pour soutenir les boulins d’un échafaud de maçon (voy. Échafaud). L’escoperche est aussi une pièce de bois munie d’une poulie à son extrémité supérieure, et qu’on attache au sommet d’une chèvre pour en augmenter la hauteur ou lui donner plus de nez.

Imposte

Dans l’architecture classique maçonnée :

  • Une imposte est une pierre saillante (généralement dure) qui forme le couronnement du piédroit d’un arc (l’imposte est au piédroit ce que le chapiteau est à la colonne). Cette pierre est généralement moulurée selon les ordres architecturaux.
  • Le corps de moulure de l’arc (le châssis de tympan) se nomme également imposte .

Orant

Un orant (ou priant, du latin orare, prier) désigne, dans l’art religieux, un personnage représenté dans une attitude de prière, souvent agenouillé. La réalisation est fréquemment une statue en ronde-bosse ou une sculpture en haut-relief.

Associé au gisant, c’est l’un des éléments de décoration d’un tombeau ou d’un enfeu.

Tombeau d’Henri II et de Catherine de Médicis dans la Rotonde des Valois,
Basilique de Saint-Denis – Gravure d’Alexandre Lenoir (19e siècle)

Remploi

Les spolia (terme latin neutre pluriel, donc masculin pluriel en français) ou remplois ou réemplois, désignent la réutilisation, notamment sous l’empire romain tardif, de pièces et œuvres d’art de monuments romains antérieurs comme matériaux de construction dans un nouveau monument (comme par exemple l’arc de Janus, l’arc de Constantin).
Il n’est pas établi si cet usage est d’abord idéologique (retour à une gloire passée), esthétique (remploi d’œuvres d’art appréciées et ainsi sauvegardées) ou pratique (récupération d’un monument en ruine, et coût de matière première réduite).
L’hypothèse du recyclage pour des raisons économiques et pratiques est la plus probable, dans l’édification des remparts des cités romaines à partir de la fin du IIIe siècle, par la réutilisation de pierres de monuments, en particulier funéraires, bâtis à l’entrée des villes et souvent à l’abandon.

Reused inscribed blocks

Arch of Constantine

Pollice verso

Étrangement, certaines œuvres d’artistes mal renseignés véhiculent parfois des images qui ont la peau dure et traversent les siècles, comme si de rien n’était, jusqu’à pénétrer profondément les croyances. Ainsi, le tableau du peintre académique Jean-Léon Gérome Pollice verso a-t-il propagé l’idée fausse que la fin du combat entre le gladiateur et le rétiaire se terminait par le « pouce levé » ou le « pouce baissé » qui décidait la vie de l’un ou l’autre. Ce tableau, au demeurant quelque peu médiocre, aura finalement eu une grande histoire, puisqu’il a également donné son nom à ce style de l’école académique qu’on appelait pompier.

L’application du mot « pompier » à l’art académique, apparue au XIXe siècle (1888 d’après le Robert) pour le tourner en dérision, est sans doute une allusion aux casques brillants de certains personnages des grandes compositions de l’époque, qui rappelaient ceux des sapeurs-pompiers. (Wikipedia)

Même si, on le sait, Gérome était un fin documentaliste et peignait avec un réel souci de réalisme historique puisqu’on le voit sur le tableau, il a reproduit avec exactitude la place du velarium (toile tendue pour protéger du soleil et de la pluie) ainsi que la fonction des vestales à la gauche du César, malgré ces exactitudes, son interprétation de la fonction du pouce dans le message à faire passer est fausse.

Premièrement, il parait absolument faux que l’un ou l’autre des combattants mourait forcément à l’issue du combat. La formation des gladiateurs et des rétiaires était longue et pénible et il semble également que le nombre de candidats n’était pas si élevé que ça. Il fallait donc préserver les effectifs.
Écoutons Eric Teyssier de l’Université de Nîmes sur le blog Tintin au pays des Soviets.

Se basant sur une réelle connaissance des sources mais en leur donnant une mauvaise interprétation, Gérôme crée aussi ce geste célèbre du pouce retourné, geste rapidement jugé suffisamment spectaculaire pour qu’il soit repris dans le péplum italien « Quo vadis » en 1912. [...] Mais que disent les sources antiques de ce fameux geste ? En fait, deux textes seulement l’évoquent. [...] ces deux témoignages ne traitent pas directement des gladiateurs mais veulent dénoncer, à travers l’instant crucial de la mort du vaincu, certains contemporains qui la réclament. [...] La nature exacte du fameux geste fatal est bien fondée sur une seule et unique référence littéraire qui, comme le montre brillamment Michel Dubuisson, a sans doute été mal comprise. « Le vertere de Juvenal, que Prudence jugeait déjà utile de préciser en convertere, est loin d’avoir toujours été interprété de cette façon-là. Pour les commentateurs du début de l’avant dernier siècle, il allait de soi, au contraire, que pollice verso signifiait ici « pouce tendu vers » un objet (en l’occurrence la propre poitrine de celui qui fait le geste) [...] il n’y a donc aucune raison de supposer que ce même verbe, employé absolument, se mette soudain à désigner une direction de haut en bas. Pollice verso ne pourrait dès lors signifier que « pouce tourné vers, tendu ». » Ainsi, le geste de la mort, si important dans l’imagerie d’Epinal de la gladiature, repose sur de bien faibles indices. Si le signe fatal ordinairement admis peut légitimement être mis en doute, il en va de même du signe opposé. En effet, le geste du pouce levé vers le haut, censé accorder la grâce au vaincu, est une spéculation purement moderne. Ce geste n’est attesté par aucune source ancienne, ni littéraire ni iconographique.

Pollice verso signifierait donc pouce tendu vers et non pouce à l’envers. Il est au contraire aujourd’hui reconnu par les spécialistes que le pouce tendu vers la poitrine et non vers le haut, signifie que le vainqueur doit frapper son adversaire au cœur, tandis que le pouce vers le bas signifie que le vainqueur doit baisser les armes, au vu du mérite de son adversaire vaincu.

Une question sur Adolphe Williams Bouguereau

Adolphe Williams Bouguereau, plus connu sous le nom de William Bouguereau est un peintre de style académique. L’académisme, comme son nom l’indique, est souvent considéré comme bourgeois et n’autorise que de très loin l’originalité et la fantaisie, car le nom lui-même signifie que l’on doit suivre les préceptes des académies, et en particulier de l’Académie de Beaux-Arts de Paris. Pourtant, on dit de Bouguereau qu’il fut un peintre de la femme, loin des sujets de son école. Contrairement à ses petits collègues académiques qui se complaisaient dans des scènes mythologiques ou historiques, lui peignait des corps troublants au regard langoureux, de femmes ou de jeunes filles, et même de jeunes angelots comme ci-dessous. Il n’échappa pas à la vague orientaliste de cette époque faste et peignit de jeunes bohémiennes… Encore une fois, je me livre à une interprétation hasardeuse, mais je crois voir dans les modèles de Bouguereau un point commun. Regardez bien tous ces modèles ; tous ont les sourcils sombres et le regard est comme transposé d’une toile à l’autre, un peu comme si ce n’était à chaque qu’un seul et même personnage. A l’image de certains écrivains qui n’ont jamais écrit qu’un seul et même roman au travers de leur œuvre ou de certains acteurs de théâtre qui n’ont jamais joué qu’un seul rôle, Bouguereau n’aurait-il jamais peint qu’une seule et même personne ?