Flâneries iliennes

Au hasard des saisons, je prends avec moi le temps de répondre aux questions qu’il me pose du haut de ses sept ans. La faim nous mène dans le quartier Saint-Séverin qui, décidément, ne livre guère le meilleur en matière de gastronomie. Il fut un temps où je sortais souvent le soir dans ce coin, un quartier qui ne sentait pas encore la mauvaise graisse et dans lequel on pouvait se promener sans se faire rabattre comme si on était un touriste américain. Le quartier pue la sale affaire et l’attrape-nigaud…

Il reste encore quelques anciennes maisons qu’on reconnaît à leurs murs penchés, aux toits à présent recouverts de zinc et à leurs hautes cheminées massives. L’âme du vieux Paris médiéval se trouve dans les hauteurs de ces immeubles sans âge.

Au 17 rue de la Harpe, au carrefour de la rue Saint-Séverin, se trouve un endroit qu’il faudrait s’interdire de fréquenter, mais les couleurs et les odeurs qui se dégagent de cette petite échoppe sont comme un piège qui se referme sur le passant. Finalement, le loukoum au citron aura raison de ma bonne volonté.

Autrefois, au pied des futs des colonnes de la Conciergerie, on voyait des pigeons chier sur la pierre. Aujourd’hui ce sont les caméras de vidéo surveillance qui rongent le calcaire. Au fond, la Tour de l’Horloge, délabrée à un point inimaginable. Elle fut la première horloge publique du Royaume de France, installée en 1371.

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Codex Argenteus ou la Bible d’Argent

codex argenteus A partir de quel moment peut-on dire qu’un livre est une œuvre d’art ? Peut-on considérer un livre comme un oeuvre lorsque son contenu est digne d’une création artistique ou lorsque l’objet lui-même est une création ? Le Codex Argenteus est un livre, et en plus d’être une oeuvre d’art pour l’objet qu’il représente, c’est le premier témoignage écrit d’une langue aujourd’hui disparue, le Goth. A mes yeux son principal intérêt réside dans la couleur de ses feuilles.

Le Codex Argenteus, c’est ça:

Le Codex Argenteus, qui contient les Évangiles de Matthieu, Jean, Luc et Marc, dans cet ordre, a été préservé sans altérations. On pense que ce codex remarquable a été rédigé dans le scriptorium de Ravenne, au début du VIème siècle de notre ère. Son nom Codex Argenteus signifie “Livre d’argent”, car l’encre utilisée était d’argent. Les feuilles de parchemin étaient teintes de pourpre, ce qui semble indiquer que le manuscrit était destiné à une personnalité de la maison royale. Des lettres d’or agrémentent les trois premières lignes de chaque Évangile, ainsi que le début des différentes sections. Les noms des rédacteurs des Évangiles apparaissent aussi en lettres dorées en haut des quatre “arches” parallèles dessinées à la base de chaque colonne de texte. On y trouve des références à des versets analogues des Évangiles.

Le précieux Codex Argenteus a disparu après l’effondrement de la nation gothique. On l’a perdu de vue jusqu’au milieu du XVIème siècle, où il est retrouvé dans le monastère de Werden, près de Cologne, en Allemagne. Ce manuscrit a ensuite quitté Werden pour figurer dans la collection d’objets d’art de l’empereur, à Prague.

Cependant, à la fin de la guerre de Trente ans, en 1648, les Suédois victorieux l’ont emporté avec d’autres trésors. Depuis 1669, ce codex est conservé à la bibliothèque de l’université d’Uppsala, en Suède. Le Codex Argenteus était à l’origine composé de 336 feuilles, dont 187 se trouvent à Uppsala. Une autre feuille, la dernière de l’Évangile de Marc, a été découverte en 1970 à Spire, en Allemagne. Depuis le jour où le codex a été retrouvé, des philologues se sont mis à étudier les textes pour comprendre le gothique. À partir des autres manuscrits disponibles et grâce aux efforts qui avaient été faits précédemment pour restaurer le texte, le bibliste allemand Wilhelm Streitberg a compilé et publié en 1908 le livre “Die gotische Bibel” (La Bible en gothique), qui présente le texte grec en regard du gothique.

{Texte provenant de ce site}

Le texte date du VIè siècle et contient la traduction de l’abbé Wulfila (petit loup) des Évangiles, rédigée au IVè siècle, en langue gothique. La longue histoire de son voyage est un périple qu’aucun humain n’aurait aimé vivre. Le texte entier a été scanné et vous pourrez retrouver l’intégralité des feuillets sur ce site.

Codex Argenteus

Billet publié initialement le 8 juillet 2005 sur brindilles.net

Sarlat-la-Canéda, ville d’ocre

Engoncée au cœur d’une vallée, Sarlat (Sarlat e La Canedat en occitan — nous sommes ici évidemment en pays d’Oc), capitale du Périgord Noir, est une petite ville médiévale qui a su conserver en son cœur l’esprit de ces places fortes, fortement religieuses et foncièrement riches. J’avais des souvenirs très précis de cette ville, la maison natale d’Etienne de la Boétie qui en fut maire, la lanterne des morts, l’Eglise Saint-Sacerdos, L”Eglise Sainte-Marie qui n’a plus rien d’un église mais fait désormais office de marché couvert grâce à la reconversion opérée par Jean Nouvel, un autre enfant du pays, mais je ne me souvenais plus à quel point c’est un dédale de rues sombres et étroites dont on imagine aisément que la plupart devaient être de véritables coupe-gorge la nuit venue.

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Le jour où j’étais à Sarlat, c’était une belle journée comme on en fait dans le Sud-Ouest, chaude, très chaude ; la température était de 38 ou 39°C, je ne sais plus bien, et en déambulant au hasard dans le ville, nous cherchions avant tout l’ombre et l’air qui avait définitivement quitté les lieux. Ce qui m’a frappé avant tout, c’est la couleur de cette ville, d’un ocre jaune inscrit sur tous les murs et la présence ponctuelle et bienvenue d’espaces verts au beau milieu de ce milieu fortement minéral et sec, ici une glycine formant une tonnelle immense, là des catalpas ombrageant une place en espaliers… Derrière les échoppes à touristes se déroule une vie calme dans les arrière-cours et les jardinets, les ruelles qui semblent parfois désertées par tout forme de vie, comme on peut le voir à Bruges ; l’impression d’une façade, d’un décor de carton pâte inhabité.

Mes photos sur Obsidienne et les mêmes, un peu plus grandes, sur Flickr.
Localisation sur Google Maps.