Parfois, au détour d’un jardin, cachée parmi les feuilles et les herbes, il y a une femme… ou deux. Pour l’instant, il pleut.
L’été et derrière, Flore (1910). Aristide Maillol
Modèle : Dina Vierny
Paris, jardin des Tuileries, 6 juin 2010
L’année dernière, avec mon fils et ma grand-mère, nous sommes allés visiter le musée Albert Kahn, ou plutôt les superbes jardins du musée, car si l’intérêt de cette résidence située en bord de seine à Boulogne-Billancourt réside principalement dans les jardins agencés par le banquier alsacien, c’est aussi une des plus grandes collections d’autochromes avec plus de 72 000 pièces conservées dans cette institution. La librairie du musée permet d’acheter des tirages d’art de ces petits bijoux qui font des photographes de l’époque de véritables artistes qui ont su donner ses lettres de noblesse à cet art jeune qu’est la photographie, des tirages en couleurs, absolument émouvants de par leur âge et leur précision.
Vieille maison,
Le Caire, 1914,
Auguste Léon, inv. A 3 067
Porte de la tour du Jasmin au fort Rouge,
Agra, Inde, 1913,
Stéphane Passet, inv. A 4 235
Fayz Bey el-Azm, un compagnon de l’émir Fayçal,
Quweira, mars 1918,
Paul Castelnau, inv. A 15 506
Prêtre en tenue d’officiant dans le temple jaïn de Hathi Singh,
Ahmedabad, Inde, 20 décembre 1913,
Stéphane Passet, inv. A 4 177
Un jardin n’est pas qu’un simple carré de verdure coincé entre les murs d’une ville. Cloisonné à la campagne, il perd de son charme et mériterait de vivre à l’extérieur de ses barrières, de prolonger les lignes des vallonnements alentour, de se fondre dans la même matière que celle dont il vient, la terre. Dans la ville, il a du mal à vivre, se trouve forcément confiné dans des espaces restreints, borné par des clôtures, murs de parpaings ou treillages serrés. J’ai passé beaucoup de temps dans le jardin de mes grands-parents, entre les arbres fruitiers pas toujours très prolifiques et tous les petits arbustes que mon grand-père prenait un malin plaisir à nommer par leur nom latin ; Cotoneaster, Viburnum ou Kerria japonica dont j’ai fait de multiples boutures, et le très majestueux Jasminum nudiflorum qu’il avait planté pour moi et qui courait sur la treille du grand mur blanc.
La jardin est l’âme d’une maison, il lui donne sa vie et son caractère, sa substance et la beauté de son port. Mais c’est aussi une lieu de flânerie dans lequel on peut se plaire à se perdre lorsqu’il est suffisamment grand pour cela. Les jardins du musée Albert Kahn, perdus près des grands axes de circulation à Boulogne-Billancourt, présentent plusieurs jardins façonnés avec goût, un jardin et un village japonais, un jardin anglais, un français et plusieurs autres parties très arborées comme la forêt des Vosges, dont l’ancien propriétaire des lieux était originaire.
Un lieu de paix et d’harmonie, où il fait bon se poser quelques instants pour écouter le vent dans les saules, se poser sur un banc, vaciller quelques instants ou s’endormir au chant des merles… Où j’ai emmené mon fils et ma grand-mère, pour une balade comme au bon vieux temps.
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