Le mythe de Persée revisité

Cette pièce tout à fait étonnante conservée au Louvre (numéro d’inventaire E4850) représente le dieu Horus à cheval tuant de sa lance un crocodile nilotique, qui est en réalité le dieu Seth symbolisé. Élément de fenêtre taillé dans le grès, cet objet date du IVè siècle après J.-C., soit en pleine période de l’Égypte chrétienne, qu’on connait sous le nom de copte. Il est très intéressant car il fait la liaison entre trois civilisations au travers d’un seul et même mythe traduit différemment, en impliquant une thématique récurrente dans les religions, la lutte du bien contre le mal :

  • Le passé avec la Grèce ancienne, avec le mythe de Persée tuant la bête marine pour délivrer Andromède grâce à son épée magique.
  • L’époque contemporaine avec les dieux de la civilisation égyptienne, Horus et Seth. L’utilisation du cheval n’est pas franchement égyptienne et provient plutôt de la Perse voisine, qui à cette époque a déjà soumis l’Égypte par deux fois.
  • L’époque chrétienne en pleine expansion s’appropriera cette thématique par un curieux détour, passant par l’Empire Romain. Par le biais de ses esclaves africains qu’on retrouvera sur le continent américain, elle générera la figure du dieu guerrier du vaudou haïtien Ogun, assimilé à Saint-Georges, terrassant à son tour le dragon.

Denkmäler aus Ägypten und Äthiopien (Karl Richard Lepsius)

Entre 1842 et 1845, l’archéologue Karl Richard Lepsius sera chargé directement par l’empereur Frédéric-Guillaume IV de conduire une expédition en Égypte et au Soudan destinée à produire des relevés précis des plus grands sites, ainsi qu’à ramener le plus d’objets possibles, comme c’est souvent le cas. Du plateau de Gizah au complexe funéraire de Saqqarah, du Fayoum à Thèbes en passant par Der el-Bahari jusqu’à Philæ, l’expédition s’est rendue jusqu’au sud de la Nubie égyptienne, en Éthiopie et jusqu’aux confins de Méroé, la cité aux pyramides pointues. La somme de connaissances rapportée sera considérable au travers d’une œuvre majestueuse en 13 volumes : Monuments d’Égypte et d’Éthiopie d’après les dessins rapportés de l’expédition scientifique organisée dans les années 1842-1845 dans ces deux pays sur ordre de sa majesté, le roi de Prusse, Frédéric Guillaume IV [« Denkmäler aus Ägypten und Äthiopien nach den Zeichnungen der von Seiner Majestät dem Könige von Preußen, Friedrich Wilhelm IV., nach diesen Ländern gesendeten, und in den Jahren 1842–1845 ausgeführten wissenschaftlichen Expedition auf Befehl Seiner Majestät, 13 vol. »], Berlin, Nicolaische Buchhandlung, 1849 (réimpr. Réédition Genève : Éditions de Belles-Lettres, 1972).

Illustrations, copies topographiques, cartes, reproductions, relevés de terrain et surtout, un extraordinaire compte-rendu entièrement manuscrit ; tout est disponible sur le site de la Martin-Luther-Universität de Halle-Wittenberg sous le nom de Lepsius-Projekt. Une œuvre fascinante, qui même si elle est intégralement écrite en allemand, produit une somme documentaire inestimable.

Émile Prisse d’Avesnes – L’art arabe d’après les monuments du Kaire, depuis le VIIe siècle jusqu’à la fin du XVIIe siècle, Paris, 1869-1877

Émile Prisse d’Avesnes (ou Avennes) a passé sa vie à faire connaître en France et plus largement dans l’Europe du XIXè siècle l’art arabe et son principe d’ornementation à la fois complexe et d’une simplicité révoltante. Immergé dans une Égypte millénaire durant deux longs séjours, il ramènera en France pour conservation la fameuse « chambre des ancêtres » trouvée sur les parois du temple de Thoutmôsis III dédié à Amon-Rê à Karnak, aujourd’hui exposée dans une petite salle du département des antiquités égyptiennes du Louvre, et il s’appliquera à ordonner des relevés d’ornementation de toute beauté, compilée dans la somme de L’art arabe, écrit et mis en page entre 1869 et 1877.

Liens :

  1. Listes royales égyptiennes
  2. L’Art arabe d’après les monuments du Kaire depuis le VIIe siècle jusqu’à la fin du XVIIIe par Prisse d’Avenne, intégralement disponible sur le site de la NYPL digital gallery.
  3. L’émission d’Abdelwahab Meddeb (Cultures d’islam) sur Prisse d’Avennes sur le site de France Culture, dont l’invitée est Mercedes Volait, directrice de recherche au CNRS.

 

Tombes secrètes (Cléopâtre, Marc-Antoine, Alexandre III de Macédoine et Saint-Philippe)

Des fouilles menées entre 2008 et 2009 sur le site d’Abousir, autrefois Taposiris Magna, non loin d’Alexandrie, ont révélé la présence d’une statue de granit noir représentant certainement le roi grec d’Égypte Ptolémée IV. Si le temple était considérée comme de peu d’importance, les fouilles récentes ont démontré l’existence d’un cimetière dans lequel une douzaine de momies ont été mises au jour, ainsi qu’une vingtaine de tombes et près de deux cents squelettes. Le caractère sacré du lieu ainsi que l’époque d’ensevelissement laissent présager que ces tombes pourraient avoir accueilli les corps de la très célèbre reine Cléopâtre VII Thea Philopatôr ainsi que celle de son amant, le général romain Marc-Antoine. Ils auraient été enterrés dans cet endroit pour éviter le vandalisme et conserver le lieu sacré dans une période de troubles politiques importants. La découverte dans ces tombes taillées dans le calcaire d’un petit buste en albâtre de toute beauté ainsi que d’un masque funéraire d’homme et de vingt-deux pièces à l’effigie de la reine laissent penser qu’il s’agirait bien de ces deux tombes. Voir l’article du National Geographic.

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La seule statue de Cheops

C’est un triste coup du coup du sort que de penser que celui qui fut le plus grand bâtisseur, c’est-à-dire celui qui fit bâtir la plus grande et la plus haute des pyramides du monde égyptien, connu sous le nom de Chéops (Khufu), dont on pense, sans certitude, que le sphinx allongé au pied de sa pyramide a été exécutée avec son visage pour médèle, c’est un triste coup du sort que de penser que sa pyramide a été pillée dès la période de l’Ancien Empire et qu’il ne reste plus de lui que cette statue, son seul portrait connu, exposé au British Museum, et aussi l’une des représentations les plus petites de pharaon de cette période, puisqu’elle mesure exactement… 7,5cm.