Stupeur - Djalâl ad-Dîn Rûmî

28/07/2013

Pendant les heures perdues, je lis quelques poèmes de Djalâl ad-Dîn Rûmî, plus connu sous le simple nom de Rûmî. Ce sont des poèmes joyeux, célébrant l’amour le plus haut qui soit, même si l’auteur ne cesse de pleurer la perte de son ami et maître Shams ed Dîn Tabrîzî. Dans ce très beau poème nommé Stupeur, on voit à quel point l’amour le porte à voir des images surréelles, que les mots expriment dans une sorte d’éther halluciné, un monde idéal intense. Je reproduis ici la mise en page respectée par la traductrice, ce qui en conserve le mystère et les images très subtiles.

Jalal al-Din Rumi, Maulana

Mon idole à la main me donna un balai.

Et dit :
« De la surface de la mer, soulève de la poussière. »

Puis il brûla ce balai par le feu

Et dit :
« De ce feu, fais apparaître un balai. »

De stupeur, je me suis prosterné

Il dit :
« Fais une belle prosternation sans te prosterner. »

« Oh ! Comment se prosterner sans se prosterner ? »

Il dit :
« Sois sans comment et sans épines, malheureux ! »

J’ai tendu mon petit cou

Et dis :
« Avec Zolfaghâr(1), tranche ma tête prosternée »

Plus il donnait de coups d’épée, plus il y avait de têtes

Du coup
de mon cou cent mille têtes ont poussé

Moi telle une lampe et chaque tête telle une mèche

De toutes parts
les flammes étincelaient

Les bougies successives par mes têtes enivrées

Partout
De l’Orient à l’Occident s’étaient allumées

Dans le non-espace l’Orient et l’Occident

Que sont-ils ?
Une chaufferie sombre, un bain en activité

Ton humeur est trop froide, n’as-tu point la nausée ?

Dis
Dans ce bain chaud public vas-tu longtemps rester ?

Quittez le bain mais non pour la chaufferie

Va
Dans le vestiaire admirer les peintures, images de l’Aimé

Tu verras alors des visages adorables

Oui
Tu verras des tulipes les couleurs chamarrées

Puis, après cela, regarde vers la lucarne

Et vois
Car du reflet de la lucarne ces peintures sont l’effet

Les six directions sont le bain et la lucarne le non-espace

Regarde
Au-dessus de la lucarne, du Roi, la face de beauté

La terre et l’eau tiennent leurs couleurs de son reflet

Eau-lumière
Sur le blanc et le noir, l’âme vive en pluie est tombée

Le jour s’est écoulé et mon histoire n’est pas écourtée

Ô Lui
Que le jour et la nuit auraient honte d’évoquer

Shams de Tabriz, soleil de la foi

Le Roi
Il me maintient ivre, assoiffé de vin, assoiffé.

(1) Épée à double lame de Ali.

LAR, n°1095 in Rûmi, la religion de l’amour
Textes choisis par Leili Anvar
Editions Points, 2011

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