La route se fit dépouillée. Plus rien ne venait l’adoucir ou la balafrer. Quand on parvenait au sommet d’une côte, on découvrait l’immobilité lunaire de collines arrondies que frôlait un maigre soleil, et des vallées érodées jusqu’au gris aluminium ou tapissées du feutre gris-vert d’une herbe mourante. Et de ces espaces déserts où rien ne peut vivre, c’est certain, surgirent les Kuchis, tel un mirage : des nomades perchés sur leurs chameaux à l’air délicat, parmi les troupeaux de chèvres et des chiens au poil blond et à la queue coupée. Des hommes émaciés au visage noirci, avec de grandes cataractes de barbe au menton. Ils passèrent sans un regard, comme en rêve — le leur ou le nôtre.

Colin Thubron

L’ombre de la route de la soie - Traduit de l’anglais par Katia Holmes , Gallimard, 2006

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