J’aimais bien Marceline Loridan-Ivens jusqu’à ce que…

19/06/2014

Jean-Pierre Sergent et Marceline Loridan-Ivens dans le film documentaire français de Jean Rouch et Edgar Morin, "Chronique d'un été" (1961)

Jean-Pierre Sergent et Marceline Loridan-Ivens dans le film documentaire français de Jean Rouch et Edgar Morin, “Chronique d’un été” (1961)

J’aimais bien Marceline Loridan-Ivens, jusqu’à ce que je l’entende hier soir sur France-Inter, dans l’émission d’Arthur Dreyfus, Encore heureux. L’entretien était plutôt intéressant, parce qu’il était léger, parlait de cinéma, de la vie en général, jusqu’à ce qu’on tombe dans un ramassis de clichés — pour ne pas dire de conneries — du genre qu’on entend à longueur de journée et qui ne servent qu’à alimenter une haine engendrée par la peur. La vieille dame de confession juive n’hésite pas à mettre tout le monde dans le même panier, ce qui met visiblement mal à l’aise le présentateur. Celle qui a côtoyé nombre d’intellectuels de sa génération, dont Jean Rouch et Edgar Morin avec qui elle a fait un très beau film, celle qui fut l’épouse de Joris Ivens, a tout à coup fait une chute dans l’escalier de mon estime et de celle, certainement, des auditeurs de la radio, pour ne plus devenir qu’une vieille dame un peu fantasque aux cheveux oranges.
Transcription de l’entretien (en éludant les fautes de français orales) de cette émission du 18 juin 2014, sur France Inter, disponible en réécoute sur ce lien.

AD - Vous dites, ce qui m’inquiète, c’est l’antisémitisme.
MLI - Oui bien sûr, je trouve qu’il est en train de se développer dans des proportions inimaginables, on sait bien pourquoi, on sait d’où ça vient aussi […] Je me dis “ça va recommencer”, ce que j’ai vécu quand j’avais 15 ans est en train de se remettre en place dans un futur proche ou plus ou moins lointain et ça commence toujours par les Juifs, vous savez, et ça continue par les autres. Le Juif est un bouc émissaire dont on se sert aisément depuis l’histoire de la Chrétienté et puis c’est passé ensuite chez les Musulmans et ça nous revient par les Musulmans en France et aussi par l’extrême-droite française. […] L’antisémitisme se nourrit de lui-même et tous les prétextes sont bons pour le nourrir. Voilà. […]
AD - Vous dites “pour moi le futur c’est le jihadisme”
MLI - Oui bien sûr, ce n’est pas mon futur souhaité, mais je suis obligé de constater que l’Europe se laisse envahir par cette notion, croit à une pensée de cette modération islamique qui date du Moyen-Âge…
AD - Islamiste vous voulez dire, mais euh, on parlait tout à l’heure de l’antisémitisme, mais que dire de la peur de certains Français envers les Musulmans quels qu’ils soient, comment font, comment pourraient faire les millions de Musulmans qui n’ont rien à voir avec tout ce qui se passe, eux aussi sont dans une situation difficile ?
MLI - C’est eux qui subissent leur propre oppression, ils l’acceptent, c’est à eux de se révolter, comme d’autres sociétés se sont révoltées…
AD - Mais ils ne sont pas responsables de ce qu’ils n’ont pas fait ?
MLI - Ils ne sont pas responsables de ce qu’ils n’ont pas fait, mais ils acceptent très très bien l’oppression des femmes qui sont les leurs…
AD - Pas tous ?
MLI - Pas tous oui, mais jamais tous ! Mais justement il faut combattre…
AD - C’est dur d’échapper aux étiquettes…
MLI - Ben oui, mais il faut se battre, il ne faut pas accepter comme ça. Le vingtième siècle est une succession de combats des Hommes pour gagner en liberté et d’autres sociétés doivent faire la même chose.

A ce moment-là, Arthur Dreyfus décide de mettre un terme à l’entretien en passant à la promo et l’émission se termine sur ces bonnes paroles.
Je l’aimais bien car étant donné ce qu’elle a vécu, je la pensais suffisamment intelligente pour ne pas avoir ce genre de discours discriminant et au contraire être porteuse d’une parole éclairée. Quel justification trouver à ces mots ? J’en reste sans voix.
Déplorable…

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