Empereurs infortunés de Byzance (1) : La couronne maudite du Khazar

07/05/2012

Monnaie byzantine représentant l’Empereur Léon IV le Khazar
et son père Constantin V Copronyme

Parmi les personnages hautement sympathiques qui régnèrent sur Constantinople, on en trouve quelques uns d’une même lignée qui furent directement impliqués dans la querelle iconoclaste. Petit fils de Léon III l’Isaurien, fils de Constantin V Copronyme, Léon IV le Khazar fut investi co-empereur par son père à l’âge de 1 an, et gouverna réellement en 775 à la mort de son père alors qu’il venait d’atteindre l’âge de 25 ans. Corrompu, sans réel charisme, Léon IV a une telle bonne image et une telle présence qu’on le surnomme le Khazar en raison des origines… de sa mère. Personnage sans grand intérêt, il tenta de continuer mollement la politique de persécution des adorateurs de saintes images qu’avait initié son grand-père, sans grande conviction. En revanche, il apparaît comme particulièrement amateur de richesse et de grandeur, au point d’en devenir complètement malade. Il meurt à l’âge de 30 ans d’avoir trop aimé l’or. En témoigne cet extrait de L’iconoclaste d’Alain Nadaud :

Ainsi avide de parures et de bijoux, il avait déjà mis à profit la mort du patriarche Nicétas, au début de l’année, pour faire main basse sur un certain nombre d’objets précieux et pièces d’orfèvrerie, appartenant au trésor de Sainte-Sophie, mais qu’il avait prétendu vouloir mettre à l’abri. Il s’en revêtait lors de cérémonies privées, chamarré de breloques et de pendentifs, qui cliquetaient sur lui à chaque geste. A l’approche de la mort, il s’infatuait de la sorte, comme pour contrer le destin, se faire un rempart de ce qui passait pour n’avoir pas de prix. Ainsi d’une couronne dont il s’était entiché, assez laide en apparence, mais d’or massif, sertie d’émeraudes, de perles et de rubis, que même à table ou au lit il se gardait de quitter. Le bandeau en argent qui servait de parement intérieur, mal adapté à la forme de son crâne, usé sur son rebord inférieur et même cabossé en d’autres endroits, aurait dû être refait et matelassé de soie pourpre. Il s’y était opposé, prétextant que cette réparation durerait trop longtemps. Et, de fait, cette couronne lui serrait par trop les tempes. Les enchâssements de pierres rares, proéminents sur le pourtour, par le poids déjà considérable du métal, finirent par lui entamer le cuir chevelu. La monture des escarboucles lui griffaient la chair au point de le faire saigner et lui laissa ensuite des blessures qui se mirent à suppurer. Le poison, a-t-on dit, dont on aurait enduit le bandeau d’argent en son point de frottement avec la peau, mais plus sûrement le charbon, qui avait déjà emporté son père, les transforma en tumeurs. Il eut bientôt la tête ceinte d’un affreux cercle de plaies noircies et enflées qui formait comme l’envers de cette couronne infernale, qu’il avait renoncé à porter mais qu’il continuait de tenir pressée contre lui. Il en mourut le 7 septembre 780.

Alain Nadaud, L’Iconoclaste
Editions Quai Voltaire, 1989

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