Namazu-e, l’art du poisson-chat

Le Namazu (鯰) est une représentation divine prenant la forme d’un poisson-chat sur le dos duquel se trouve le Japon ; ses mouvements de poisson turbulent sont à l’origine des séismes que connaît le pays et c’est suite à certains d’entre eux que le Namazu est apparu au creux des croyances shintō.

Le dieu Takemikazuchi (武甕槌) ou dieu Kashima (鹿島神, Kashima no kami) est le seul à pouvoir le maintenir en place grâce à son pieu, et en immobilisant sa tête sous la pierre kaname-ishi (要石, littéralement « pierre-clef », « clef de voûte »). Mais parfois, le dieu relâche son attention et le namazu en profite pour s’enfuir et causer de nouveaux séismes. Source Wikipedia.

Cette galerie est un panorama de Namazu-e, d’estampes représentant ce poisson ainsi que la cohorte des dieux affiliés.

 

Cette galerie a été récupérée sur le site Pink Tentacles, dont on ne sent plus le pouls depuis quelques temps déjà et qui menace de disparaître du jour au lendemain. Ceci fait office de sauvegarde.

Faire sortir l’eau de la pierre, les Qanât de Douch

L’imagination des Hommes est sans limite. Même au plus profond du désert, là où l’eau n’est qu’une vague idée, une chimère, certains ont défié la nature pour y trouver un moyen de subsistance. C’est ce qu’on fait les habitants de Douch en Égypte, au l’endroit nommé Ayn-Manâwir, une nécropole située dans l’actuelle oasis d’al-Kharga, qui fut autrefois une ville prospère dont les ressources en eau étaient très pauvres. Afin de parer à ces manques, les habitants ont creusé la roche du sous-sol sur de grandes profondeurs, il y a environ 2400 ans, à une époque où les besoins en irrigation se font sentir pour les cultures. Ces constructions fort ingénieuses sont quasiment indétectables à la surface du sol ; le seul moyen de les repérer, ce sont des petites cheminées suffisamment larges pour laisser passer un homme, plantées dans le désert sur une ligne plus ou moins droite. Sous le sol, ce sont des entailles de 8 mètres de profondeur sur 1 de large seulement. Leur longueur peut atteindre plusieurs centaines de mètres de long. Ces installations, les qanât (on les appelle dans certaines régions du monde des foggara) avaient pour fonction de drainer l’eau contenue dans le sol, sous les collines du désert, mais aussi de faire suinter la rosée pour qu’elle se dépose dans ces vastes réservoirs artificiels grandement fonctionnels qui ont permis d’acheminer l’eau pendant environ 700 ans, jusqu’à ce qu’elle vienne à manquer.
Ce paysage de cheminées et de parapets a quelque chose d’un peu étrange puisque si aujourd’hui tout ce désert n’est que désert, il faut imaginer un paysage d’arbres et de maisons, de champs cultivés dans une oasis verdoyante. Un question demeure, malgré le fait que cette technique hydrologique ingénieuse a quasiment été oubliée pendant 20 siècles ; comment les anciens savaient qu’il y avait de l’eau à 8 mètres de profondeur ?…
Le plus ancien qanât du monde se situe en Iran, à Zarch, son existence remonte à plus de 3000 ans ; il mesure 71 km de long et comporte 2115 puits de visite. L’ingéniosité des anciens à échelle industrielle…

Localisation sur Google Maps de l’oasis d’al-Kharga.

Liens :

  1. Le site de la mission de l’IFAO à Douch
  2. Photos du site
  3. Les foggara
  4. Sur la rénovation des qanâts en Syrie (pdf)
  5. Schéma d’un qanât

L’ancien monde vu au travers de vieilles cartes

Quand le monde n’était pas encore ce qu’il est, vu au travers des yeux de ceux qui le découvraient, il était encore plus beau, plus vrai, plus poétique et plus sauvage avec ces vieilles cartes qui parlaient d’une terre balbutiante, aux contours flous et pourtant déjà si précis…

Vniversale descrittione di tvtta la terra conoscivta fin qvi - 1565

Vniversale descrittione di tvtta la terra conoscivta fin qvi – 1565

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En apnée

René Burri - Thaïlande - Bangkok - 1961

© Rene Burri/Magnum Photos

On fait le fier, forcément. Les voyages ne forment pas seulement l’entendement. Ils aiguisent, dit-on, le regard et vous raffermissent l’âme. Peut-être même qu’à la longue ils verrouillent en vous quelque chose. On ne peut arpenter tous les désastres sans protection intérieure ; on ne court pas les incendies du monde et les détresses sans se claquemurer, mine de rien, dans une dureté minimale. Sans elle, tiendrait-on longtemps debout sur le chemin ? Tous les vrais voyages — et certains plus que d’autres — se font en apnée.

Raymond Depardon et Jean-Claude Guillebaud, La colline des anges
Retour au Vietnam (1972-1992)
Editions Points 1993

 

Hanoï, 1992

Hanoi - Raymond Depardon -1992 (1)

Mme D. tombe de haut.
Nous aussi.
Éberlués, le mot est assez juste pour qualifier nos premiers pas dans ce nouvel Hanoï du printemps 1992. En moins d’un an, la capitale du Vietnam a entamé, elle aussi, une mue d’autant plus surprenante qu’elle rompt ici avec trente-huit années — et non dix-sept — de stalinisme. Je songe à la réflexion d’un diplomate de Huê : « Les différences entre les deux Vietnam s’estompent, vous verrez. Mais c’est le nord qui fait tout le chemin. » Austère, cette ville ? Ah non ! C’est une grâce alanguie qui nous accueille, une fraîcheur intacte qui s’essaie à la liberté. Et peut-être au plaisir. Faut-il, à nouveau, compter les Honda, les Simson ou les Babetta (motos est-allemandes) dans les rues ? Photographier les élégantes trop maquillées dans les allées du parc Hoàn Kiêm ? Énumérer ce fourmillement de boutiques privées, d’étalages de terrasses où l’on joue au mah jong et au tô tom ; fourmillement qui, chaque jour davantage, rivalise avec celui de Saigon ? Parler des couleurs qui chatoient désormais sur les avenues ? De l’effronterie des marchandes de litchis qui commentent à voix haute le look de l’étranger ? Raconter tout ce que l’on vous propose — mais à voix basse cette fois — sur ces trottoirs du centre qui prennent, vers le soir, des allures de frairies ?

Hanoi - Raymond Depardon - 1992 (2)

Raymond Depardon et Jean-Claude Guillebaud, La colline des anges
Retour au Vietnam (1972-1992)
Editions Points 1993

© Raymond Depardon/Magnum Photos

Une partie du monde en trois dimensions

La perspective de voir le monde depuis son salon et de visiter les plus beaux monuments du monde musulman sans être incommodé par les hordes de touristes et de plus, dans une ambiance propice au recueillement, 3Dmekanlar était désigné pour être un site qui me plairait. Essentiellement axé sur les plus grands sites religieux, on peut facilement naviguer d’un lieu à l’autre et parfois même entrer dans l’intimité des lieux sacrés à l’aide de panoramiques dynamiques absolument bluffants. Par exemple la tombe d’Abû Ayyûb Al-Ansârî dans la mosquée éponyme, normalement fermée au public et que je n’ai pas pu voir dans le quartier d’Eyüp à Istanbul, vous pouvez ici la visiter sans demander les clefs et c’est ainsi que je me suis rendu compte, à ma grande surprise que le sarcophage était accompagné, dans la même salle, d’une des innombrables traces de pas du Prophète visible dans le marbre blanc, exposée dans sa niche et cerclée d’argent. Je comprends un peu mieux à présent la ferveur religieuse de tous ces gens en extase devant la tombe de ce qui n’était pour moi qu’un compagnon du Prophète, mort à la guerre aux portes d’Istanbul.

3dmekanlar - Vitual Mosques

La plupart des panoramiques sont concentrées autour du monde musulman ; Egypte, Turquie, Macédoine, Arabie Saoudite, Syrie, Yémen, etc. et le site vous permet de naviguer dans des sites qui, pour certains, sont interdits soit au public, soit aux non-musulmans. L’occasion rêvée de pousser la porte de ces lieux magiques. Qui a déjà songé à arpenter les innombrables arcades de la Mosquée du Prophète (Masjid al-Nabawi) à Al-Madīna ? C’est un lieu unique que les non-musulmans ne peuvent approcher sous peine de mort (la présentation du certificat de conversion est obligatoire). Un site riche qui vous permettra de voyager en quelques clics.

Exposition au Louvre: Chypre, entre Byzance et l’Occident

Saint Mammès chevauchant le lion. Icône, Paphos, Musée byzantin © Paphos, Musée byzantin Une autre exposition pour laquelle il ne reste plus beaucoup de temps et qui exhibe quelques objets significatifs d’une longue période allant du IVème au XVIème siècle, d’une histoire religieuse de l’île qui a longtemps vécu sous influence, notamment sous le règne des Lusignan.
Construite chronologiquement à partir des premiers temps de la chrétienté, lorsque l’Empire Romain d’Orient est encore aux rênes de ce qu’on appelle l’Empire Byzantin jusqu’à la conquête de l’île par la marine ottomane, on perçoit au travers de cette exposition les différents mouvements d’une histoire politique tourmentée, successivement colonisée par toutes les puissances en présence sur le pourtour méditerranéen (Arabes, Croisés, Vénitiens, Turcs…), mais surtout que Chypre a été le foyer, et cela aussi en raison de son statut insulaire, d’une grande spiritualité, tiraillée entre ses origines orthodoxes et catholiques tout au long des trois siècles pendant lesquels les Lusignan feront de Chypre leur jardin privé. Cette spiritualité s’accompagne d’une longue tradition architecturale et de création artistique influencée par les habitants successifs de l’île.
De très belles icônes rescapées de l’époque iconoclaste conservent encore des couleurs d’une puissance sans égale. On pourra ainsi s’extasier devant une icône haute de plus d’un mètre relatant les épisodes de la vie de Saint-Nicolas (provenant de Saint-Nicolas-du-Toit, exposée d’ordinaire au musée byzantin de Nicosie)

 

Ce sera également l’occasion de voir un très beau livre qui ne sort que rarement de la BNF, le Theatrum orbis terrarum d’Abraham Ortelius, ainsi que le très énigmatique Codex Magius. Continue reading

Cartes de Constantinople depuis 1493 jusqu’à 1922

Voici de nouvelles cartes trouvées sur un site rassemblant un projet commun aux trois institutions suivantes : Le Historic Cities Center of the Department of Geography, la Hebrew University of Jerusalem et la Jewish National and University Library. J’y ai donc trouvé ces petits trésors (sauf la dernière qui est beaucoup plus récentes mais que je trouve très intéressantes à plusieurs titres).

  1. La première date de 1493 et est due au médecin allemand Hartmann Schedel qui dans ses chroniques de Nuremberg fait la description de la ville. Il n’en est toutefois pas le créateur, mais est à l’origine de la somme qui porte le nom de Liber chronicarum. Schedel mérite à lui seul un vrai article. On y voit Constantinople telle qu’elle était encore lorsque les Turcs prirent la cité, avec la muraille de Théodose ceignant encore totalement la ville, Sainte-Sophie, quelques églises qui comptent parmi les plus importantes, le quartier des Blanchernes en haut à droite, des bâtiments dont la forme générale fait penser aux anciennes basiliques chrétiennes, des moulins (?) et aucune maison. Stylisée à l’extrême, on y perçoit toutefois une certaine perspective qui montre la ville surélevée. On trouve également l’enceinte de la ville de Péra ainsi que les deux chaînes qui ferment l’entrée de la Corne d’or.
  2. Le seconde est due à Sebastian Münster, cartographe allemand auteur d’une Cosmographia Universalis datant de 1550. La ville y est beaucoup plus détaillée sur une carte en couleur. On y voit déjà le palais de Topkapi grossièrement représenté et désigné par le terme générique de Gynœsium (γυναικεῖον, gynaeceum qui donne le mot gynécée) condensant l’image du harem avec celle du palais entier. On y voit bien l’hippodrome déjà démembré et les restes du sphendonè (courbure du cirque). On trouve également l’ancien port (Boucoléon), la forteresse des Sept-Tours (Yedi kule) en haut à gauche, le palais de Constantin des Blachernes en haut à droite ainsi que ce qui est peut-être la mosquée de Mehmet le Conquérant (Sultan Fatih Mehmet Külliyesi) puisqu’à l’époque de la conception de la carte, celle de Süleyman commençait sa construction. On trouve des lettres pour légender les quartiers, mais la légende ne s’y trouve malheureusement pas. A cette époque, on peut encore voir les restes du Palais de Constantin près de Sainte-Sophie.
  3. La troisième est due aux célèbres Georg Braun et Frans Hogenberg, auteurs d’un atlas des villes du monde, Civitates Orbis Terrarum. Beaucoup plus documentée que les précédentes, elle comporte toutefois des imprécisions assez nombreuses concernant les noms. On voit pour la première fois apparaître la patriarcat grec qui existe toujours.
  4. La quatrième, due à Giovanni Francesco Camocio date de 1572 et est aussi imprécise que fausse : le cartographe a situé la Corne d’Or et donc Péra au sud de la ville alors que c’est au nord. Cela en fait une carte absolument unique. En regardant bien, on voit que la carte a été dessinée comme en miroir. Par contre, on y trouve, ainsi que sur la carte précédente l’inscription Almaratro au dessus de la mosquée de Mehmet mais qui ne correspond à rien de ce que je connais (almarai en arabe signifie prairie). Il est probable que cela soit une forme latinisée de İmaret Mahallesi (quartier d’İmaret).
  5. La cinquième date de 1573 et a été dessinée par Simon Pinargenti, un cartographe vénitien. Si la carte n’est pas très précise en terme de représentation, elle a l’avantage d’être légendée au-dessous. On peut voir ici tous les noms des douze portes de la ville.
  6. La sixième est due à Henry de Beauvau, homme politique du XVIIè siècle et date de 1615. Pour la première fois on voit Sainte-Sophie ornée de minarets ; les temps changent. La carte est légendée mais pas dessus.
  7. La sixième date de 1638, c’est une gravure exécutée par le poète et graveur bohémien Daniel Meisner, auteur d’un superbe Thésaurus philopoliticus, un recueil de gravures sur la vie politique et urbanistique de l’époque. La vue est rasante, joliment ombrée et donne une idée de ce que pouvait être la ville au mille mosquée à l’époque, avec sa forêt de minarets.
  8. La huitième date de 1654 et a été exécutée par Jaspar Isac, plus graveur que cartographe. La carte présente une vue par le nord, avec Péra au premier plan et pour la première fois la tour génoise de Galata. Le Palais de Topkapi est représenté avec plus de réalisme que précédemment. On peut voir les restes de l’aqueduc derrière la mosquée de Beyazit et la mosquée de Süleyman est présentée comme étant la Roffe Mofquée de la femme de Solyman. Pour la première fois, on peut reconnaître à peu près toutes les mosquées les plus importantes. L’enceinte de Péra est confondue avec la forteresse des Sept-Tours.
  9. La neuvième date de 1686 et a été exécutée par Johann David Zunner. Ici Constantinople se résout à quatre monuments, dont toutefois le vieux sérail qui se trouve être le Caravansérail de la Sultane Valide (Valide Han).
  10. La dixième date de 1696 et est due à Nicolas de Fer, graveur et géographe du Roi qui pour la première fois donne à voir une carte en surélévation, très belle avec également des nouveaux quartiers, le port de Calcédoine (Chalcédoine, aujourd’hui Kadıköy) et le sérail de Scutari (anciennement Chrysopolis, actuellement Üsküdar).
  11. La onzième date de 1698 et est due à Cornelis de Bruyn, dessinateur, peintre, voyageur et écrivain néerlandais qui pour la première fois dessine le sérail de Topkapi de manière très réaliste, certainement depuis la rive de Galata, peut-être même depuis la tour.
  12. La douzième date de 1730, exécutée par le peintre baroque allemand Christoph Thomas Scheffler. La vue est très idéalisée, lointaine et prend Galata au premier plan, reconnaissable à sa tour. Remarquez les minarets qui ont l’air tout droit sortis de châteaux bavarois…
  13. La treizième a été réalisée par les ateliers Artaria et compagnie situés à Vienne et a été exécutée entre 1793 et 1802. Les relevés sont très précis notamment en ce qui concerne le sérail mais aussi toutes les rives du Bosphore.
  14. La quatorzième date de 1807 et a été réalisée par F. Kauffer et I.B. Lechevalier et représente parfaitement le détail des quartiers par dessus les tracés du reliefs des collines de la ville, une carte d’une grande précision.
  15. La quinzième date de 1922 et a été tracée par la Société Anonyme Ottomane d’Etudes et d’Entreprises Urbaines qui la présente comme Plan d’Ensemble des quartiers, bâtiments et chemins principaux de communications de la ville de Constantinople avec les mentions Liste des bâtiments [sic] et monuments principaux (I. Stamboul II. Pera Galata III. Skutari) — Liste des Quartiers (I. Stamboul II. Pera Galata III. Skutari) — Lignes de Tramway — Legende. Cette carte fait état à l’époque de l’imprégnation de la ville de la culture française.

D’autres cartes sont disponibles sur le site Geoweb (The cartographical and grahical website of the national Library Marciana of Venice).