Dictionnaire des antiquités romaines et grecques

Je me suis offert le dictionnaire des antiquités romaines et grecques d’Anthony Rich pour seulement 15€. Un gros livre de 760 pages plein d’illustrations, une mine iconographique pour retrouver facilement tous les termes compliqués liés à ces deux segments de l’histoire de l’art.
C’est un fac-similé d’une édition datant de 1883. Comme on dit, c’est dans les vieux pots…

Aquilegia

Albrecht Dürer – Ancolie – 1526

J’ai laissé sur le seuil de la porte un pied d’ancolie,
un bouquet de fleurs en trompes,
belles comme une matinée d’été,
dont le bleu est une invitation au voyage.

Je reviens le 19 août…

L’art et le voyage

Mercredi soir s’est achevée mon année de cours d’histoire de l’art à l’Ecole du Louvre. J’ai failli me réinscrire dès lors que les inscriptions ont été rouvertes, mais ça n’aurait pas été raisonnable, la plupart des cours de l’année prochaine étant assurés par les mêmes intervenants. Beaucoup de redites en vue, beaucoup de temps à mettre à disposition pour autre chose. C’est un peu douloureux, une époque qui se termine. Mais j’y reviendrai certainement, dans quelques années. Et même si aller à Paris tous les mercredi soirs en scooter était parfois un peu dangereux, même si j’ai eu parfois très froid, à tenter de mettre mes vêtements contre le vent alors même que le vent me cassait les doigts, je me suis incroyablement amusé à voir la Concorde de nuit, la rue du Faubourg Saint-Honoré et son spectacle permanent, la rue de Rivoli qui est décidément, selon moi, la plus belle rue du monde avec la régularité sans faille de ses arcades, ses lampadaires, ses trottoirs hauts et son incroyable rectitude, pour ne pas dire rigidité. Pendant toute année, j’ai vu ce quartier de Paris que j’adore, non parce qu’on y trouve — tout n’y est qu’artifices — mais pour son harmonie, l’impression de calme qui s’en dégage malgré la circulation très intense, il y est facile de s’en abstraire, de nuit ou de jour, et je me suis imprégné de ces lieux au point que désormais, je risque d’avoir du mal à m’en défaire.
J’ai adoré la plupart de ces cours, la qualité de l’intervention était presque à chaque fois exceptionnelle. Je me souviens avoir particulièrement aimé celles de Marc Étienne sur l’Égypte, Béatrice Quette sur la Chine, Thierry Zéphir sur l’Inde et le Cambodge et surtout ! surtout Arnauld Bréjon de Lavergnée sur la peinture en France et en Italie. Le seul cours fait avec de vraies diapositives, à l’ancienne, parce que dit-il, rien ne vaut la définition d’une bonne vieille diapo. Cet homme parle sans note, déroule son cours comme une belle histoire, vous parle de Caravage, de Poussin ou de Vouet comme s’il les avait connus et ne s’embarrasse pas sur les formes en engueulant les retardataires qui font du bruit…

J’ai profité de ces soirées sur place pour sillonner les rayons de la librairie du Louvre. J’ai dépensé beaucoup d’argent et j’en ai ramené quelques dizaines de bouquins, et pas que des petits. Je me suis constitué un bibliothèque impressionnante de livres fascinants sur l’art et sur l’histoire. Plus que jamais je me rends compte à quel point on ne peut étudier l’art sans l’histoire pour comprendre le contexte dans lequel les œuvres ont été produites, de la même manière qu’on ne peut étudier l’art sans connaître ses opérateurs, les artistes, et ses commanditaires. Difficilement également de tenter de comprendre l’art sans avoir quelques notions de mythologie et de théologie, vu que ce sont les principaux thèmes de la peinture comme de la sculpture… Idem pour l’épigraphie. Cette spécialité de l’art est incroyablement utile pour la compréhension de l’histoire de l’art. Tout ceci, je l’ai compris au fur et à mesure de mes achats, alors j’ai continué d’acheter, une bonne centaine de livres, de quoi tenir un siège.
Et je ne me suis pas contenté de ça. J’ai également acheté quelques livres sur le voyage et des guides. De quoi occuper quelques centimètres sur mon rayonnages. C’est à peu près tout ce qui m’intéresse aujourd’hui. L’art et le voyage. Rien d’autre. Si je n’étais pas autant retenu par les contingences et le séculier, je me retirerais au prieuré de Ganagobie pour me consacrer aux choses de l’esprit pendant quelques temps. Lire, dormir, réfléchir, écrire, écouter l’orage gronder dans la vallée, scruter la pierre… pendant que les autres s’amusent et vivent. Cette perspective m’excite presque. Je dois être un peu barré, mais je crois que personne n’en doute plus. Finalement, j’ai trouvé la porte de sortie. J’ai du mal à tenir en place, j’ai du mal à rester là à ne rien faire si ce n’est pas pour me consacrer intégralement à ce que j’aime, alors pour contourner le problème, j’ai décidé de m’envoler…

Istanbul - avril 2012 - jour 1 - 023- en vol

Flamenca

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En train d’attendre mon fils qui tente avec difficulté de trainer l’archet de crin sur les cordes de son violoncelle, un vieux monsieur assis à côté de moi me demande avec un léger accent du sud-ouest si j’ai suffisamment de lumière pour lire. Il a la peau tannée, ridée, le nez rose de soleil et de beaux cheveux blancs bien propres, de grandes jambes fines que son short découvre. Son fils le rejoint. Tout aussi grand, élégant. L’un attend son fils, l’autre son petit fils. Le grand-père a une gâterie dans sa poche pour le petit mais le père ne le sait pas, il me montre le sachet de bonbons en me faisant un clin d’œil complice. Je lui souris tendrement. C’est toujours gentil les pépés. Sinon ils n’auraient pas de petits enfants. A l’étage du dessous joue Isabelle. Elle me confie qu’aujourd’hui elle n’a personne, ses élèves ne sont pas venus, mais les musiciens ça ne perd pas son temps le nez en l’air à regarder les mouches, alors elle joue du vieux flamenco espagnol, si vieux qu’on le croirait arabo-andalou, une main leste et précise qui frappe le corps de la guitare et caresse les cordes à toute vitesse. C’est une dame d’un certain âge que j’ai souvent vue trainer au bistrot, des manières de bonhomme et quelques kilos en trop. Elle a le cou raide, des cheveux roux frisés et un regard vif qui voit par en-dessous. Elle me parle de son grand-père qui était médecin et musicien, du flamenco qu’elle jouait près de la frontière au nez et à la barbe de son professeur, de formation plus classique qui lui disait qu’elle lui faisait des infidélités avec sa guitare espagnole, mais elle me dit que la musique est un plaisir alors vaya con dios… Elle parle du luth comme personne et me dit qu’elle se fout de tout, elle a de l’argent, un appartement, une résidence secondaire et qu’elle fait ce qu’elle veut sans rendre de comptes à personne. Tout ce qu’elle aime c’est partager son goût de la guitare, alors elle ne fait que ça, donner des cours. Alors moi, moi qui ai fait de la guitare, je me dis ben tiens, quoi de mieux que de reprendre. Autant partir avec quelqu’un de passionné dans cette nouvelle aventure. Les cours du Louvre s’arrêtent, je m’en vais de ce pas m’acheter une flamenca, et c’est reparti…

Là haut, John McLaughlin, Paco de Lucia, Al di Meola, Mediterranean Sundance / Rio Ancho sur l’album Friday night in San Francisco, 1980
Et puis bon, quand on voit les trois loulous jouer ensemble

Moka au bar, comme un soir d’été

Plateau de La Godivelle - 05-05-2007 - 13h22

Photo © Etienne Cazin

Je comprends ce que j’ai. Mes journées passent lentement, je n’étais plus habitué.

Regarder passer une péniche festonnée de loupiotes de toutes les couleurs sous les frondaisons des saules, dont les innombrables doigts viennent frôler l’onde, assis au bord de la route, le front plongé dans mes pensées.
Au loin un oiseau lance ses trilles par-dessus les chapeaux d’un couple qui fait du vélo sur les bords de la Seine, et je me reprends doucement. Je retombe sur les lignes de Germain-Thomas, avec les oiseaux qui piaillent dans un arbre au loin :

Je comprends ce que j’ai. Mes journées passent lentement, je n’étais plus habitué.
Je suis seul. Je n’étais plus habitué.
Je suis solitaire, comme toujours.
Et ce qui me ronge est que j’ai déjà commencé mon voyage tandis que je reste ici, incapable de rompre les amarres, enfermé autant dans l’espace que dans mon esprit.
Je souffre sans vraiment m’en rendre compte, une violence sourde et handicapante.
Je vais mourir d’être ici.
Le contraire de ce que dit Depardon : « Bien seul, mais bien libre »

Ah oui, pas d’autres bruits que celui des jours qui ne se plaignent pas, la nature beuglant son silence aux oreilles écarlates. Les natures les plus éloquentes sont celles qui ne font pas de bruit superflus et les villes les plus belles sont celles qui n’ont aucunes prétentions. Il faudra se rappeler l’heure tout de même, on n’est pas éternel, il faudra se rappeler l’heure et prendre à bras le corps nos frustrations et les déposer au loin. J’avais l’idée de m’endormir un peu au chaud sous les arbres, mais le temps m’a rattrapé, c’était bon comme un soir d’été, avant qu’il ne pleuve.