Pour en finir avec 2012

2012 reste derrière moi, sans regrets, sans amertume, mais je ne me retourne pas pour la regarder. Ce fut une bonne année, pour ses voyages, pour sa richesse, pour ses surprises, mais ce qui m’attend en 2013 risque d’être mieux encore. Je suis passé du côté de l’optimisme radical. Il y aura d’autres voyages, c’est certain, c’est même en cours de préparation, il y aura aussi des images, des peintures, des croquis et des aquarelles, des photos, des visages, des silhouettes, des objets, de très beaux objets, des lieux fantastiques parce que la terre en regorge. Il y aura des surprises et des choses heureuses, mais demeure la question…
Est-ce que je retournerai en Turquie pour revoir Sadık et Adbullah, Sarpi et Dormuş ? L’année prochaine, vous ferez la connaissance de ces personnages.

D'Antalya à Nevşehir, sur la route vers la Cappadoce

D’Antalya à Nevşehir,
sur la route vers la Cappadoce,
13 août 2012 au petit matin.

Moka au bar, petits gâteaux au gingembre et glögg au safran au chant du bruant des neiges

Moka au bar, petits gâteaux au gingembre et glögg au safran au chant du bruant des neiges

Je pensais avoir le temps de faire plein de choses d’ici à la fin de l’année, m’épancher sur ces lignes, devenir autre chose, devenir iconographe et puis le temps m’a rattrapé. La fatigue aussi. Je finis l’année affaibli, la santé et le sommeil en vrac, le corps qui ne suit plus et l’impression d’être sur la corde, à deux doigts d’exploser. Une semaine avant les vacances, j’ai la possibilité de souffler un peu en coupant avec l’université, mais je sens au creux de ma chair que ça ne va plus. J’ai perdu du poids et je me sens mal. Alors je dépose les armes, je préfère m’arrêter là pour l’instant et ne pas trop me mettre la pression.

Iceland 2009 - Breiðamerkurjökull

Photo © Breiðamerkurjökull par Tomas Buchtele

Je vais continuer mes petites révolutions, les volontaires et les involontaires, me laisser bercer par le ressac insondable des jours qui se succèdent, attendre non pas la fin du monde, mais le début de la vie. Je me rends compte que j’aurai passé mon année à m’ouvrir aux autres, je me suis transfiguré, je me suis attendri, je me suis ouvert, j’ai compris ce qu’était l’échange, je me suis nourri de ces autres en même temps que j’ai pu venir en aide, du moins l’espéré-je modestement, et j’ai de la peine en moi quand je regarde le monde se fermer, se racornir, devenir triste et égoïste, se détourner et se replier sur lui-même, se terrer dans l’ombre. Cette année aura été riche, même si elle s’est dépeuplée, très certainement parce que les promesses ne sont pas faites pour être tenues. Mais tout ceci fait désormais partie des ombres et restera dans l’ombre. La lumière se trouve de l’autre côté.

J’ai déposé aussi les livres, plus vraiment la tête à se remplir de logement social, d’histoire des institutions, de sociologie et de territoire, d’urbanisme et de vie collective, plus vraiment la tête non plus à se faire du mal avec le génocide cambodgien et autres choses tristes. Je pose tout, je fais un break et je lis Jørn Riel que j’aime lire pendant ces jours sombres où la lumière s’absente tôt le soir pour ne revenir que tard le matin, et je ne pense plus à rien. J’ai tout déposé quelque part pour ne pas m’en saisir par hasard, les hasards font parfois mal les choses. Et puis je vais dormir aussi, dormir pour rêver et pour me reposer. L’hiver des jours lumineux et des soirs ténébreux passera et le printemps reviendra.

Le printemps arctique. Anton, déconcerté, ébouriffa d’une main ses cheveux. Son regard tomba sur les traces de pas du bruant. De petits traits noirs, en filigrane, un dessin dépourvu de sens. Il fixa les traces et y lut sa propre vie. Il se souvint de ses rêves. Le rêve du héros polaire, le rêve de fuite. Le rêve du rêve. Dans les traces, il trouva une sorte de lien. Ces petits traits misérables sans autre importance que d’avoir été laissées par le bruant. Ce bruant, qui avait fait des centaines, peut-être des milliers de kilomètres, pour pouvoir poser ses empreintes exactement ici, dans la neige devant les pieds d’Anton.

Jørn Riel, Un safari arctique
Editions 10/18, 1976, 1994 pour la traduction française.

Moka au bar à l’aube de l’hiver flamboyant

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Photo © Konstantinos Kazantzoglou

Les portes de l’été se sont refermées depuis longtemps déjà. Bouclées, triple-bouclées à triple-tour et rien ne pourra plus les ouvrir jusqu’au prochain cycle. Le soir on peut sentir l’odeur des premiers feux de bois dans les chaumières, l’ombre de l’hiver s’asseoir sur le paysage, naïvement, comme un majestueux génie sans mauvaises intensions.
La lumière fuit, relayée aux mystères.
J’empêche le vent de rentrer, je mets de l’étoupe dans les interstices et tant pis si les mauvaises herbes poussent dessus, on les retirera le printemps venu. Je jette des pages et des pages sur la couverture de mon lit pour me sentir bien, pour sentir la chaleur m’envahir, l’odeur du bois et de la peinture fraîche apportant un renouveau dans mon environnement.
On pourrait vivre loin de tout, finalement, que personne ne viendrait vous y chercher. A se demander si on a remarqué votre présence… Je tiens à nouveau mon journal, des fois que quelque chose survienne, mais sachez-le, plus grand-chose ne pourra m’atteindre…

Se remettre à écrire

Pour ne pas se laisser gagner par l’ombre, pour ne pas sombrer dans la froidure de l’hiver, pour ne pas finir sec à l’intérieur, pour ne pas subir la mort de l’émotion, pour ne pas céder à la facilité, pour ne pas continuer à souffrir de la solitude, pour enterrer ceux qui nous ont blessé, pour ne plus rester au vent froid qui glace les os, pour continuer à écouter les petites voix qui nous parlent dans l’obscurité, pour continuer à s’émerveiller chaque matin au lever du soleil, pour continuer à tenter d’attraper au vol le bruissement d’aile d’un papillon et s’oublier dans les couleurs de son parement, j’ai décidé de me remettre à écrire…

Biographie d’Aristote, in extenso

Martin Heidegger, en quelques mots règle son compte à Aristote

Il est né, il a vécu, il est mort.
Entre temps, il a philosophé.
Intéressons-nous donc à sa philosophie.

En même temps, Heidegger n’est pas réputé pour être un grand bavard…