Interdits et toujours vivants…

J’ai entendu des gens en parler sans les avoir vu. J’ai entendu des gens qui les ont regardé, mais qui n’en pensent rien parce qu’ils n’ont pas regardé jusqu’à la fin. Et j’ai entendu des gens s’indigner de la mauvaise qualité de ces petits films qui n’ont d’autre vocation que de montrer un instant de vie dans lequel, à un moment donné, tout bascule dans l’étrange, mais toujours sous contrôle car on entend manifestement qu’ils ont été censurés à un moment donné.

Ces documents interdits rassemblés par Jean Teddy Filippe restent mythiques. Dans leur version originale, ils sont commentés par Jean-Claude Carrière qui nous interroge sur le pouvoir des images. La première fois qu’ils ont été diffusés, c’était en 1993 et ils ne sont sortis en DVD qu’en 2006 et ils sont à présent disponibles sur le site d’Arte.
A voir ou à revoir.

Choses érudites

Revue Littoral

Revue créée dans les ornières laissées par le lacanisme, l’intégralité de la collection est disponible sur le site des éditions EPEL. On y retrouve énormément de noms connus (émanant de Saint-Denis notamment comme Foucault, Soulez, Krejbich) qui ont tous utilisé le terreau de Lacan pour y explorer des chemins passant par tous les champs de la connaissance entre 1981 et 1996. Comme le dit le site lui-même, la revue s’est arrêtée à temps.

La criée

Rien à voir avec l’exercice de la pêche en haute mer ni même avec le restaurant du même nom, la criée est un espace de collecte de la diffusion des périodiques. On y recense des tas de références vers des revues, pour la plupart en ligne. Énormément de revues, dans toutes les langues. Attention toutefois, forte teneur en gauchisme (droituriers s’abstenir).

Ethnographiques

Vingt numéros disponibles en ligne de cette très pertinentes revue de sciences humaines et sociales; Quelques articles notamment sur le chamanisme (je dis ça au cas où…).

Erudit

Érudit est un consortium interuniversitaire composé de l’Université de Montréal, de l’Université Laval et de l’Université du Québec à Montréal. On y trouve toutes sortes de supports, livres, thèses, documents de recherche et de revues.

Devenir du matin

Je crois qu’au travers des années, on peut changer, faire mouvoir ses habitudes et ses comportements, on peut s’habituer et même étrangement, renoncer, passer à autre chose. On peut très bien faire en sorte de cultiver d’autres jardins en voilant son esprit. On peut se mentir, et se déshabituer. On peut vieillir en toute tranquillité en attendant que ça se termine. On peut prendre plus le temps et vouloir s’inscrire dans autre chose.

Aube

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D.R. Hooker – Weather Girl
(The Truth, 1972)

On peut, après avoir été pendant des années “du soir”, devenir “du matin”, se lever à six heures du matin pour écrire et se coucher lorsqu’on n’a plus envie de s’attarder à ne rien faire. On peut enfin parfaitement faire la différence entre l’aube et le crépuscule…

Archéologie du renoncement

La jalousie est un sentiment atroce. Atroce parce que dévastateur et surtout parce qu’il est incontrôlable et qu’il mène à la vacuité la plus profonde. Je parle de la vraie jalousie, pas ce truc maladif d’adolescent qu’éprouvent certaines personnes qui ne supportent pas qu’on s’approche de trop près de l’être aimé, mais cette vague de néant qui nous submerge quand l’être aimé en aime un autre. C’est une construction complexe qui impose de s’affranchir du réel pour se réfugier dans une parcelle inconnue de l’activité habituelle, dans laquelle plus rien n’a de justification et où l’on peut fomenter les plans les plus horribles. Là où la jalousie prend la forme la plus laide, c’est lorsqu’on s’accroche à une espérance qui disparaît de manière définitive, de telle sorte qu’on doive faire son deuil de l’être aimé.

C’est également une incroyable blessure à l’amour propre. C’est surtout l’égo qui en prend un coup. Un coup de poing dans le diaphragme qui coupe net la respiration. Rien de moins. Et ensuite il faut apprendre à arrêter les nausées, sentir ses doigts bouger, se faire une raison (se faire un shoot ?), retenir les larmes, recommencer depuis le début, se tordre les doigts, se dire que c’est fini, ne pas trop s’user, reprendre un peu de cette joyeuse souffrance qui gratte sous les os, se dire qu’il faut avancer, s’atteler à l’architecture du néant mais pour aller où, pour s’enfermer dans l’inconsistance, les nourritures terrestres n’y suffiront pas, toutes les lectures du monde ne vous ramèneront pas cette femme. Et pour reprendre une expression que je lis tous les jours, il faut in fine se résoudre à valider encore et encore cette forme de renoncement.

Bow-wood, Steiner 1948

C’est un fauteuil qui fait partie de mon passé, de ma chambre de jeune garçon. Je l’ai placé près de la fenêtre, tournant le dos à la lumière pour pouvoir y lire tranquillement dans un confort rare. Lire Rick Bass ou regarder les premiers épisodes des X-files en buvant un thé au jasmin ou en écrivant quelques mots.
C’est un exemplaire du premier fauteuil créé par Hugues Steiner en 1948, créé avec la technique du bois courbé à la vapeur, en parfait état…

L’absence prolongée

Je ne suis pas beaucoup là parce que je suis ailleurs. Je me suis donné des projets, la possibilité de suivre mes envies en laissant un peu de côté le reste. Je me suis rendu compte également qu’une chose avait changé dans ma vie ; mon rythme de sommeil. Je me lève plus tôt, je pars plus tôt, mon temps de trajet est plus court, je commence à travailler entre 1h30 et 2h00 plus tôt qu’avant et par voie de conséquence, je termine aussi plus tôt. J’ai l’impression que mon intellect est sollicité d’une manière différente et qu’il va me falloir tout de même un temps d’adaptation pour y arriver. Pour l’instant, je suis simplement balloté entre des journées de travail prenantes et une fatigue déconcertante.
Promis, ce week-end, je me repose et je reviens.
Je viens tout de même de retrouver l’auteur de cette citation, c’est Samuel Johnson.

L’enfer est pavé de bonnes intentions.

Et Goya :

Le sommeil de la raison engendre des monstres.

Je vais faire un peu de surf et je reviens.

Changement de décor

L’automne aidant, le souffle du changement se fait ressentir. Dans mon paysage blogophérique, un grand bouleversement se prépare puisque Bloglines va arrêter définitivement son service le 1er octobre prochain. L’invention de Google Reader lui avait fait un mal incroyable et sa version bêta sera restée bêta jusqu’à la fin. Le rachat par Ask.com n’a pas suffit à pérenniser le meilleur agrégateur de flux en ligne et aujourd’hui, les milliers d’habitués dont je faisais partie vont devoir s’en passer, et cette fois-ci, je vais devoir me rabattre sur GReader puisque sa technologie a tout emprunté au futur défunt. Sur Presse-Citron, on se demande si l’émergence des réseaux sociaux, notamment Twitter et Facebook n’a pas définitivement asséné le coup de grâce aux agrégateurs en général, mais c’est une confusion des genres qui prétend que l’information peut passer par ces simili-agrégateurs. La vocation n’est pas la même, l’utilisation non plus, ce n’est pas le même registre.

L’émergence des agrégateurs a accompagné les fantômes du web 2.0, mais c’était sans compter l’intérêt primordial que les lecteurs de blogs pouvaient y trouver avec des outils simples. Le web 2.0 n’a jamais vécu, et sa mort correspond à la date de sa naissance, mais ce qui se passe aujourd’hui, symptomatiquement et en corrélation avec l’émergence des réseaux sociaux, c’est la dilution de l’information. Là où les agrégateurs permettait de sélectionner l’information, Twitter et Facebook déversent à nouveau un flot inclassable.
Si Bloglines n’a pas résisté, c’est qu’une fois de plus on a confondu l’information avec la donnée.

PS: le changement de décor est purement temporaire

L’orage du siècle

Oh oui bien évidemment, c’est toujours un peu excessif parce que quand on est dessous, ou pas loin, c’est toujours un peu effrayant et tout de suite, ça devient l’orage du siècle. Sauf que cette fois-ci de l’avis-même des spécialistes, c’était quand-même un peu l’orage du siècle. Huit heures de spectacle ininterrompu en bord de mer, le jour en pleine nuit, les oreilles qui bourdonnent à cause du tonnerre, les yeux qui restent ouverts parce qu’on se demande à quel moment ça va tomber juste à côté, sur un arbre, et puis les yeux qui se ferment parce qu’on aimerait quand même bien dormir bordel mais ce ne sera pas pour tout de suite, hein, on va attendre un peu et finalement, on s’écroule avec l’épuisement et puis l’angoisse, et on se réveille toutes les dix minutes quand l’orage revient et qu’on comprend enfin que c’est vraiment pas prêt de s’arrêter. Au petit matin, on se réveille avec des poches à glace sous les yeux, le regard hagard, le teint pâle et la bouche pâteuse et on ne peut que constater qu’on est toujours en vie dans ce paysage désolé, désordonné, la moindre aiguille de pin qui n’est plus à sa place et tout qui dégouline d’une pluie épaisse, un paysage ruisselant, une ambiance sous-marine à quelques mètres au-dessus de la mer.

Tout commence après un repas bien arrosé par une soirée chaude, les joues empourprées de la chaleur du soleil, si si, et en rentrant, je remarque que le ciel s’éclaire de temps à autre, très subrepticement, un léger grondement se pointe à l’horizon et roule comme une poignée de dés sur la table de craps. Je décide malgré l’heure tardive, il est plus d’une heure de la nuit de prendre mon vélo et d’aller voir ça au bord de l’eau parce que ça doit vraiment être quelque chose. Je parcours à toute vitesse la forêt infestée de moustiques dans le noir le plus total, la dynamo peine à suivre et finit par me lâcher en plein milieu du chemin alors je m’arrête pour lui laisser le temps et je repars dans la lumière. Deux voitures me croisent à toute vitesse et j’évite de justesse un connard qui tente de m’attraper, surgi de l’obscurité. J’arrive enfin sur la plage battue par le vent dans les oreilles, épuisé d’avoir mouliné comme Eddy Merckx, et je me rends compte qu’il y a plein de monde sur le sable, des jeunes qui font la fête à grand renfort d’alcool et de feux de joie, qui batifolent dans les blockhaus, mais le vent et l’obscurité projettent un voile entre cette réalité fugace et la perception que j’en ai. Je m’assieds sur le sable humide, face à un horizon estompé par la houle, qui se fond dans un savant mélange d’écume et d’essence de nuit. La lune ronde, éclatante, m’éclaire encore quelques instants avant le grand spectacle. Continue reading

Roméo pleurant au balcon, Juliette se roule dans l’herbe

Début d'automne

Il y avait ce soir-là un air de provocation, une température déraisonnable, un je-ne-sais-quoi dans l’air qui annonce un été qui n’est jamais vraiment arrivé. Pendant que mon fils prenait son cours de musique, je me suis assis à califourchon sur le banc en pierre dans le parc, ma bouteille d’eau et mon magazine posés devant moi. Les enfants criaient et jouaient sur l’herbe pendant que les mères avec leur petit engoncé dans leur poussette, dans un ballet dégoulinant de rires et de paraître, déblatéraient sur telle ou telle mère de famille, absente évidemment. Les hautes branches commençaient à jaunir sérieusement alors qu’il faisait encore chaud.
Je n’ai pu m’empêcher de sourire à la lecture de ces mots d’Alain Badiou.

Les rencontres sont si faciles, si nombreuses, que l’intensité du changement qu’on peut accepter à partir d’elles n’est plus la même. On introduit un système de précaution : je prends quelqu’un de suffisamment semblable à moi pour espérer faire un chemin avec cette personne en restant exactement ce que je suis. C’est une tendance du monde contemporain d’introduire une fausse variété à l’intérieur d’une grande permanence.

De la salle de danse sortait le martellement disharmonieux du piano que je sais être désaccordé où une femme jouait avec une énergie obscène la danse des chevaliers extraite de Romeo et Juliette, de Prokofiev. Sur les marches de la salle s’ébrouaient des adolescents que le jeu des amours naissantes fait se comporter comme de réels idiots qu’ils ont la chance d’être encore. L’une d’entre eux portait un short en jean provocant laissant voir la naissance de ses fesses. A l’étage, Joséphine, jeune adulte fringante et voluptueuse, à la peau brune et lisse, recoiffait ses cheveux raides maintenus en queue de cheval, quelques uns, indisciplinés, repassés derrière l’oreille, derrière la branche de ses lunettes de marque. Sa poitrine indécente ne cessait de respirer fort dans un mouvement qui attire mon regard sous les toits brûlants.
L’été est encore là, mais plus pour longtemps.