Vénus et autres Vénus

Moins connues que leurs consœurs, elles sont néanmoins représentatives de leur époque et d’un art hautement avancé, capable d’invention et d’une stylisation très poussée. Revue de détail de ces femmes venues de la préhistoire, qu’on a souvent appelé “Vénus” pour rendre hommage à la beauté intrinsèque de la femme, mais qui sont plus généralement des odes à la fertilité. (suite de l’article Sept femmes (Vénus du gravettien))

La Vénus impudique de Laugerie-Basse

Laugerie-Basse se trouve sur la route entre Rouffignac et Les Eyzies, dans la vallée de la Vézère où l’on peut passer des jours à s’extasier sur certains des plus beaux sites préhistoriques (Lascaux, La Madeleine, Combarelles, Font-de-Gaume, etc.) lorsqu’ils sont encore ouverts au public. Cette vénus a été appelée impudique en raison de l’incision profonde marquant la forme de la vulve. Peu formée, élancée, (ce qui laisse penser qu’on a plutôt affaire à une adolescente qu’à une femme mûre) c’est la première “Vénus” a avoir été mise au jour, en 1864. Sculptée dans l’ivoire, elle mesure 8cm de haut.

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Electrolotus

Le perroquet suédois cesse de voler. Il a vécu deux ans à un rythme relativement calme.
Il a commencé à voler à une période de ma vie où la passion du travail s’étant évanouie, j’avais le pouvoir de me poser et d’écrire de belles choses, j’avais le temps et la disponibilité d’esprit pour me permettre le songe de l’écriture douce. Et puis pendant ces deux dernières années, une cassure dans ma vie. Et un nouveau travail, beaucoup plus passionnant, de nouveaux objectifs, la perspective de me lancer dans de nouveaux défis, beaucoup plus gratifiants… Mais les bonnes choses ont une fin.

C’est toujours une fêlure au cœur que de laisser autant de choses derrière soi. Tant pis. Je suis fier de ce que j’ai accompli, je l’ai aimé ce blog, j’ai aimé écrire ici, mais à présent, je vais poser mes bagages ailleurs. La perroquet suédois est mort, vive Electrolotus
Le temps pour moi de récupérer tout ce qui se trouve ici pour l’archiver et pouvoir le remettre à disposition plus tard, la fermeture définitive aura lieu aux alentours du 3 septembre.

D’autre part, j’ai reçu il y a peu une invitation pour gérer un forum sur la littérature, ce qui vous l’imaginez me ravit (à tous les sens du terme) : une nouvelle occupation qui risque de me prendre un peu de temps et dont je vous tiendrai informé dès lors qu’il sera ouvert.

Bon vent !

Le mystérieux goût des fraises mortes

Fraises

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On ne m’accusera pas de parti pris si je porte aux nues les sciences anciennes des livres retrouvés dans les madrasas de Tombouctou, l’odeur des rues surpeuplées de Kolkata et la musique un peu bancale des faubourgs du Caire, la couleur des laines feutrées boliviennes avec lesquelles on tresse de petits pompons rêches comme des mains de travailleurs ou les cailloux inégaux que peignent les hommes du Bush, on ne m’accusera de rien de tel, surtout si je renonce constamment aux bienfaits de la civilisation, en surface en tout cas et à peu près dans les faits. Je n’aime pas me cantonner aux ardeurs sèches des apparences… Je n’aime pas me montrer sectaire avec ce que je ne connais pas, ne maîtrise pas.
Parfois, je me mets à la fenêtre pour respirer l’air de ces soirées d’été, comme la veille de cette journée où quelque chose de végétal flotte, une je-ne-sais-quoi qui viendrait des arbres ou de leurs feuilles chassées, lustrées par le vent, comme on peut le sentir en Bretagne, les soirs doux, l’herbe flottant en ondes verdoyantes, océan de vie refuge de milliers de vies… L’orage passe par là, balaie tout, la chaleur, la sécheresse d’un temps, et la pluie battant comme des frêles mains sur la peau tendue d’une darbuqqa claque sur le sol dans un rythme entêtant de chaman à l’orée de sa grotte. L’odeur de terre mouillée monte jusqu’ici et m’envoûte dans une rêve de nature impalpable, que mes mains n’arrivent à caresser.
Comme c’était bien senti d’avoir vu que les petits tracas qui s’empilent, couplés à la fatigue d’une fin d’année passée à courir m’ont épuisé dans les moindres recoins, jusque sous les ongles, dans les replis de la peau, sous les paupières… Et puis… Silence !
Je suis là, je suis chez moi, j’écoute Bach, Domenico Scarlatti, Pietro Gnocchi ou Robert de Visée, je suis incollable sur le Baroque et le Renaissance, j’arrête quand je veux, je reprends quand je veux, je fais ce que je veux. Si demain je veux disparaître, je disparais et si je veux revenir le jour d’après, je reviens.
Je mène mes petites révolutions… Point par point.
Si je veux manger des fraises mortes au goût mystérieux, je mange des fraises mortes.
Mais pour l’instant, je mange des abricots. Juteux.

Choses glanées I

Oceandots

Ocean dots Atlantic Ocean  Navassa

Ocean dots est une encyclopédie des îles qui manque peut-être un peu de profondeur, mais qui permet de faire de belles découvertes et surtout de fonctionner en réponse aux systèmes globaux de positionnement et notamment Google Earth ; une idée qui pourrait donner des idées à certains, histoire d’étoffer l’outil…

Codex xcix

Codex XCIX est un blog sur les arts visuels à travers les âges. Les articles ne sont pas nombreux, mais de bonne qualité et surtout, diversifiés. Pour les amateurs de belles choses à voir.

Le voyage de Lapérouse

Présenté par le très bon blog Bibliodyssey, on peut trouver le livre et les illustrations d’origine sur le site de l’université de Harvard(et téléchargeable). Un superbe document issu d’une époque où la représentation passait par de véritables artistes souvent également ethnologues ou géographes.

Discover Islamic art

Discover Islamic art est un site de musées sans frontières (MWNF), présentant une immense base de données d’œuvres disséminées aux quatre coins de la planète. On peut y faire des visites virtuelles de musées ou d’expositions, comme de monuments plus ou moins inaccessibles, comme par exemple le palais Qasr al-Khayr al-Gharbi. (Existe aussi en version discover baroque art)

MWNF

Un ciel comme une coulée de lave

Ciel de lave

Au lever du jour, en passant devant la fenêtre, j’attrape l’air du matin, la couleur de ce moment de grâce pendant lequel le soleil arrive enfin à montrer le bout de son nez. J’ai le souvenir d’un poème des Fleurs du mal qui monte en moi comme une bouffée de chaleur et qui m’émeut… Le monde n’exhale jamais autant de beauté que lorsqu’il passe entre les mots d’un de ses poètes. Au petit matin, le ciel prend des couleurs de coulée de lave sur les flancs d’un volcan éreinté.

Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comme un beau paysage ;
Le rire joue en ton visage
Comme un vent frais dans un ciel clair.

 

Le passant chagrin que tu frôles
Est ébloui par la santé
Qui jaillit comme une clarté
De tes bras et de tes épaules.

Le premier matin

Au lendemain du jour au ciel de lave, le petit matin annonce une couleur tendre, une frange d’un superbe dégradé tandis qu’à l’ouest les ténèbres sont encore présentes et profondes. Tous les matins, je me laisse bercer par cette lumière, assis sur mon canapé avec ma tasse de café, avec de plus en plus de plaisir lorsque les jours de printemps se lèvent de plus en plus tôt. J’essaie de tenir la distance, de me lever avec le soleil, d’épouser le rythme naturel d’une belle journée, comme un ancien.

Les retentissantes couleurs
Dont tu parsèmes tes toilettes
Jettent dans l’esprit des poètes
L’image d’un ballet de fleurs.

 

Ces robes folles sont l’emblème
De ton esprit bariolé ;
Folle dont je suis affolé,
Je te hais autant que je t’aime !

Après la pluie

Je ravale mes pensées présomptueuses en me disant qu’un jour je serai pleinement satisfait de ce que j’ai. Quand bien même je pourrais satisfaire mon désir, que je serai certainement encore à la recherche d’autre chose, c’est ce qui me fait dire qu’à ne point désirer, on finit par ne jamais être déçu. Alors des images me traînent dans la tête, de purs fantasmes qui resteront fantasmes, des rêves qui resteront rêve ; c’est peut-être ça qui maintient en vie.

Quelquefois dans un beau jardin
Où je traînais mon atonie,
J’ai senti, comme une ironie,
Le soleil déchirer mon sein ;

 

Et le printemps et la verdure
Ont tant humilié mon cœur,
Que j’ai puni sur une fleur
L’insolence de la Nature.

Douro Europos

Alors les jours se referment les uns après les autres comme des fleurs de prairie au crépuscule, et je me mets en arrière, perdu dans mes songes qui comblent les minutes solitaires. Je m’imagine visitant les salles lumineuses d’un musée baigné de soleil, dont les rayons éblouissent les dalles de marbre coloré et les portes en bois sombre, naviguant entre une frise en céramique bleue et le relief féminin d’une dalle de Douro-Europos au regard vide et impersonnel, mais qui traduit au fond une absence de plusieurs centaines d’années.
Finalement, c’est toujours moi le gagnant dans l’histoire, même si personne ne joue au même jeu…

Ainsi je voudrais, une nuit,
Quand l’heure des voluptés sonne,
Vers les trésors de ta personne,
Comme un lâche, ramper sans bruit,

 

Pour châtier ta chair joyeuse,
Pour meurtrir ton sein pardonné,
Et faire à ton flanc étonné
Une blessure large et creuse,

 

Et, vertigineuse douceur !
A travers ces lèvres nouvelles,
Plus éclatantes et plus belles,
T’infuser mon venin, ma sœur !

Charles Baudelaire, 1857

Moka au bar en lisant les Métamorphoses d’Ovide, quelque part entre deux rêves, ou dans un rêve

Je ne me rappelle même plus à quelle occasion j’ai commandé un moka au bar du Banana Moka Night Café, mais c’était sur les rives d’un rêve bordé d’une mangrove profonde et ténébreuse, où les palétuviers frondeurs fouissaient de leurs doigts fins la terre d’ocre, boueuse et collante. L’air était moite, les saveurs humides, l’ombre me mangeait le visage.

Sur les rives d’un autre rêve, je me suis perdu sous les murs de l’enceinte majestueuse du monastère des Hiéronymites, celui-là même qui fut financé par l’argent des échanges commerciaux du Portugal du XVIè siècle sur les nouvelles routes qui venaient de s’ouvrir avec les Moluques (Jazirat al Muluk) et notamment du commerce des épices, florissant en d’autres temps.

Monastère des Hiéronymites (Lisbonne)

Je cherche dans ma boîte mail les mails d’une femme qui ne m’écrit pas.
Je passe l’aspirateur et je me brûle les doigts avec les verres chauds qui sortent du lave-vaisselle.

Un matin de janvier, un matin froid qui sort tout droit de l’année d’avant, je me retrouve dans un petit village du Vexin, sans même un commerce, rien d’autre qu’un restaurant et des tourterelles qui roucoulent dans le vent glacial, rien d’autre alentour que des champs plats à perte de vue, un horizon uniquement brisé par la présence d’un silo bêtement planté au milieu de nulle part. J’aime la lumière de ces jours sans espoir, de ces ondes qui parcourent le sol sous mes pieds. Je m’arrête en plein milieu de nulle part. Au loin une petite église dont je décide de m’approcher à pas mesurés. Elle sent l’humidité, la campagne, la souris crevée, la paille. Ses trottoirs sont sales, la rue recouverte de neige. Pas un bruit. Les tourterelles se sont tues. Nulle âme qui vit ici, je préfère repartir avant de me laisser happer.

Champs sous la neige

Lorsque le réveil sonne, je suis encore fatigué. C’est même surprenant que je ne sois pas réveillé avant qu’il ne se mette à sonner.
Il fait calme. Je rêve d’un air frais et pur.
Existe-t-il une raison pour laquelle j’oublie parfois ce qui s’est passé pendant tout une journée ? Je me dis que l’oubli a quelque chose à voir avec la volonté d’oublier.

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Ripples

Les jours passent, deviennent froids, puis se réchauffent, la pluie tombe et le sol sèche, on joue à cache-cache avec ses propres vêtements, ne sachant plus s’il faut se couvrir à l’intérieur ou se découvrir à l’extérieur. L’envie s’en va, les yeux se brouillent, la fatigue surprend et on me tape sur l’épaule ; je m’étais endormi, une fois de plus.
Il s’allonge dans son petit lit sous sa couette gonflée, je caresse sa joue ronde, celui qu’on dit tant me ressembler. Une fois de plus, ce soir, il a lu un passage des Métamorphoses d’Ovide parce que j’ai pris l’habitude de lui en lire un extrait le soir avant de dormir, alors il me demande son dictionnaire de mythologie (Michael Grant et John Hazel) et lit ces lignes qui me font sourire, à l’entrée Acca Larentia :

Femme du berger Faustulus, qui trouve les jumeaux abandonnés Romulus et Rémus et les éleva. Parce que les enfants avaient été élevés par une louve, Acca fut appelée lupa, ce qui, en latin, signifie “prostituée” et “louve”. Acca est aussi nommé Faula ou Fabula, autre nom pour les filles de joie en latin.

Allez faire comprendre ça à un gamin de huit ans…

Rupture de trêve

Je reprends le maquis quelques instants, comme un accident au beau milieu de la nuit. Il est 4h03.
Je suis réveillé depuis 2h30 environ, la gorge en feu, l’envie de dormir s’est évanouie.
L’espace de quelques minutes, je décide de terminer enfin la lecture de Tout bouge autour de moi de Dany Laferrière que j’avais commencé avec précipitation et délectation, mais comment peut-on se délecter d’un livre qui parle d’une tragédie, sans fatalisme ni pathos, mais avec des mots simples et des phrases courtes qui vous remuent les tripes à chaque page ? Même en n’ayant aucun rapport avec Haïti, on ne peut que s’incliner face à la douleur des victimes et au courage des gens. Au-delà de la beauté du chant, on ne célèbre plus les rescapés mais des bribes de cette tendresse du monde dont parle Laferrière. Haïti est ce parent pauvre dont on ne parlait pas, par pudeur, et qui a fini par atterrir sur le devant la scène par la mauvaise porte.
Un oiseau chante dehors, il est beaucoup trop tôt pour lui, comme pour moi.

silence

Je n’aime pas me lever au milieu de la nuit lorsqu’au fond résonne la promesse d’un sommeil qui ne s’achèvera pas. On y pense beaucoup trop et j’ai de la peine à lire longtemps lorsque le jour n’est pas là et je romps le rituel qui consiste à lire pour m’endormir, calé dans mes oreillers. 4h00 de la nuit, une sale heure. Je n’aime plus la nuit pour y faire autre chose que dormir, alors je me bats avec mes pensées, je refais ma journée et je prépare la prochaine, sans conviction, dans une année qui commence sans couleurs, engoncée dans un sommeil gris.
Je n’attends rien et me demande bien ce que je pouvoir lire en attendant. En attendant qui ?
Il n’y a personne alentour.

On m’a interpellé samedi en me demandant si les livres de ma vie n’étaient pas un rempart, une barrière de corail entre le monde extérieur et mon cocon, une manière aussi de nier le monde qui m’entoure. Je n’ai pas su quoi répondre ; il y avait certainement du vrai.

Pause…

J’aime bien l’idée qu’il y ait des livres autour de moi, des livres que j’ai pris le temps de choisir, parce que j’en ai lu la quatrième de couv’ et que quelque chose dans la présentation qu’en fait l’éditeur me donne envie de l’acheter, mais surtout de le lire. J’aime bien cette idée rassurante qu’il y a des livres dans le monde et qu’ils constituent un creuset inépuisable de culture, de résistance, de confrontation, en un mot, tout le contraire de la paresse. Se laisser entraîner est tellement facile que ceux qui prennent la plume ont déjà acquis une part d’éternité.

Passport to trespass

J’aime l’idée que les bibliothèques sont des matrices pleines d’une énergie difficilement quantifiable, dans lesquelles œuvrent souvent des dames très rigides, engoncées dans des jupes en tweed ou des pulls ras du coup soulignant quelque fois des formes qu’il ne faut pas montrer, mais qu’on montre quand-même. Parfois des hommes, lunettes sur le bout du nez, l’air embarrassé avec la dernière biographie de Mozart… Un monde en souffrance, sans épanouissement. Comme si la vie n’avait pas définitivement pris corps ici, monastère régulier… Ceux qui entrent ici doivent avoir laissé leur fantaisie dans le monde extérieur.
Moi qui tente au quotidien de réhabiliter l’usage homéopathique de la lecture à des jeunes en réinsertion, me voilà bien embêté avec ce portrait assez pâlichon.
Les livres qui sortent d’ici ont souvent pas mal vécu, ils ont la couleur jaunasse du papier resté trop longtemps à l’air et une texture particulière de vélin lustré. Parfois même le lecteur aura pris soin de noter dans la marge, au stylo, une rectification adressée directement au correcteur (ici la valeur exprimée en m² aura dû l’être en km² !). Ces livres vivent de n’appartenir à personne et d’être un bien commun et remarquez que peu d’objets, autant que les livres, se prêtent ainsi. On prête des voitures, du matériel de bricolage pour une question de coût, mais le livre se prête car il est inscrit dans un processus de transmission. Évidemment, il n’est pas aussi intime qu’un vêtement, mais il revêt ce caractère de partage paraissant tout à fait normal.
Je plonge dans les pages fines d’un Pléiade, le premier des six tomes de la correspondance de Gustave Flaubert et tombe sur cette lettre, au hasard, écrite à Louise Colet, de Pontorson le 14 juillet 1847.

Je t’envoie, ma chère amie, une fleur que j’ai cueillie hier au soleil couchant sur le tombeau de Chateaubriand. La mer était belle, le ciel était rose, l’air était doux. C’était un de ces grands soirs d’été tout flamblants de couleurs, d’une splendeur si immense qu’elle en est mélancolique, un de ces soirs ardents et tristes comme un premier amour. La tombe du grand homme est sur un rocher, en face des flots. Il dormira à leur bruit, tout seul, en vue de la maison où il est né. Je n’ai guère pensé qu’à lui tout le temps que j’ai passé à Saint-Malo.

J’écoute aussi le bruit du tremblement de terre que raconte Dany Laferrière (Tout bouge autour de moi), mais je tiens à prendre mon temps. Je prends mon temps pour tout, je ne parle pas, je ne pense à rien.
Le temps d’un battement de cils, léger comme un papillon, je prends un peu le large et reviendrai à l’heure du loup, quand les temps seront plus cléments et l’esprit plus léger.
A bientôt…

Une année comme une étoile, les traces de pas dans la neige

A l’heure du matin où j’ouvre d’ordinaire les yeux, il n’y avait cette fois-ci que les ténèbres froides, l’esprit embrumé par les vapeurs de l’ombre. Au dehors déjà, la nuit continuait de tomber finement comme des poussières poussées par le vent et je n’arrivais toujours pas à me sortir du sommeil.
Dehors, il neigeait encore comme au premier matin. La neige est comme un écrin sur une ville qui mérite parfois de revêtir ses plus beaux atours, un pur moment de grâce, ce qui par essence ne sera jamais permanent. Bien sûr pour voir ceci, il ne faut pas avoir perdu sa naïveté, avoir su garder son cœur pur. Garder son cœur pur…
Au lendemain soir du lendemain, le ciel avait bleui, exhalant de sa nuit glaciale les couleurs d’une garnison d’étoiles.
Au matin du lendemain, le ciel avait rosi de nuées grises crêtées de taches jaunes du reflet du soleil et au lendemain de ce matin, le ciel avait repris des couleurs de marbre cipolin.
L’année a passé comme une étoile, une étoile noire et néfaste, une année de déchirements. Je ne voulais pas laisser de traces et pourtant, les traces de pas dans la neige qui mènent jusqu’à la pierre sont les miennes.

Lampe marocaine sous la neige

Que cette année se termine enfin, que je passe à autre chose.