J’habille les gosses et on y va

J’habille les gosses et on y va

Prends ton manteau et on y va qu’elle dit – oula mais où ça donc ? Ben on va voir le ptit hein mais quel petit je réponds ben celui qui vient de naître y’a trois mois – waow génial, j’avais pas noté ça dans mon agenda et la perspective de passer mon samedi après-midi à aller voir le ptit qui vient de naître y’a trois mois me revitalise d’un seul coup, sur le coup je me dis qu’on va bien se marrer mais je sais que je vais vite déchanter et puis m’ennuyer ferme – on arrive, on sonne ouais c’est nous, entrez allez-y donc, c’est à quel étage déjà ça fait une éternité, merde je sais plus attends je re-sonne ouais c’est à quel étage, ben pfff deuxième ah ok pardon, on arrive, c’est nous. La porte au deuxième s’ouvre, il est derrière la porte, salut toi, je te serre la main ou bien. Allez-y entrez qu’il dit, il a les yeux rouges et des valises sous les yeux asseyez-vous on se fait une bisounette avant ? Ben désolé hein mais le ptit qui vient de naître y’a trois mois est en train de dormir il a mal dormi cette nuit et nous aussi enfin surtout lui parce que moi ça va je dors bien.
Lui : Ouais…
En attendant on va prendre un tithé non qu’est-ce que vous en pensez avec des tigâteaux et puis des titrucs à grignoter parce que moi j’ai faim pas vous ? Alors j’ai plus de thé mais on va en boire un quand-même chéri tu peux faire chauffer de l’eau s’il te plait pour un tithé… blablabla
L’heure tourne et y’a toujours pas de ptit qui vient de naître y’a trois mois, parce qu’il dort toujours et moi je m’endors sur mon fauteuil, y’a pas de raison, le soleil me chauffe le visage derrière les vitres et lui me raconte sa vie et tu te rends compte avec le ptit qui vient de naître y’a trois mois qui a sa chambre pour lui tout seul, soixante centimètres de long dans dix mètres carrés, c’est pas un peu exagéré j’avance, ben non qu’il me répond il faut bien qu’il ait sa chambre ben oui mais vous vous dormez où bon dieu dans les chiottes ? Pfff mais non, on déplie le canapé et hop là on met les draps et on se couche et comme on fait son lit on se couche – rire con. Moi je le regarde indubitablement perturbé nan tu déconnes, ben non qu’il me fait où veux-tu qu’on dorme ? Dans les chiottes je dis avec le même rire con que lui. Pfff toi alors t’es con, ouais je réponds. Tu veux dire que mon cul est assis sur votre lieu de couchage mais c’est débile cette histoire et pendant ce temps là le ptit qui vient de naître y’a trois mois il nage dans son couffin perdu au milieu de murs dix fois grands comme lui, je rêêêêêêêêêve mazette. Mais il a besoin d’être un peu tout seul ce ptit qui vient de naître y’a trois mois…
Bon ben désolé hein, le ptit qui vient de naître y’a trois mois il dort jamais aussi longtemps, je vais peut-être aller le voir – moi : ouais quand-même, on sait jamais des fois qu’il se soit étouffé – sourire niais de ma part et hop je mange un cookie avec mon thé froid.
Ben non, le ptit qui vient de naître y’a trois mois il dort encore je suis désolée, nan spa grave je lui dis, on a tout notre temps, de toute façon on n’avait rien d’autre à faire, on a simplement décommandé un week-end aux Maldives – sourire niais. Attendez, elle se lève brusquement les yeux fous et le doigt en l’air, j’ai les photos, les photos, oh non merde que je me dis et on passe une heure à regarder toutes les photos, ah la vache il est beau il ressemble à qui le ptit qui vient de naître y’a trois mois ? Pffff – bruit de baudruche qui se dégonfle – j’en sais rien du tout moi (et puis si vous saviez à quel point je m’en contrefous). Euh et sinon le ptit qui vient de naître y’a trois mois il est toujours en vie ? Nan parce que là on va finir par croire qu’il est en train de se les geler dans un congélo à la cave – sourire niais de ma part – j’adore mon sourire niais.
Ah ben justement le voilà… Hein ? Qui ? Ben le ptit qui vient de naître y’a trois mois, mais comment ça il marche déjà ? Mais non (moue bêtifiante) je l’ai entendu chouiner et elle amène le ptit qui vient de naître y’a trois mois il est petit et frippé et très petit et bon, c’est un bébé quoi, et dire que j’ai attendu tout l’après-midi pour voir ça, rien que d’y penser j’en ai des furoncles.
Heureusement, j’ai toujours mon Opinel sur moi. Bon c’est bon là on y va ?
J’habille les gosses et on y va.


Écrit le 17 avril 2008. Photo d’en-tête © Hernán Piñera

Votre style à l’enjouement trop forcé finit par agacer

Votre style à l’enjouement trop forcé finit par agacer

Le réveillon de Noël est l’occasion rêvée pour sortir ses plus beaux atours de leur gangue de plastique à la vague odeur de naphtaline pour aller diner en ville.
Vous avez certainement déjà reçu votre carton d’invitation pour aller réveillonner rue du Faubourg Saint-Honoré chez une cousine éloignée qui a fait fortune dans la vente de foulards de luxe, et comble d’orgueil, elle a tenu à inviter toute la petite famille, et même la grande, dans son triplex de deux cents mètres carrés. Le soir arrivé, vous avez l’intention de briller, de montrer une fois de plus que vous avez progressé cette année encore et que vos cours de culture générale par correspondance n’ont pas été vains.
Le grand soir arrive, et, les bras chargés de sacs que le Père Noël a pris soin de remplir à votre place – les grands magasins à cette période-là de l’année sont bondés et vous ne vous y retrouvez jamais – vous montez l’escalier recouvert d’une moelleuse moquette rouge. Accueilli par l’hôtesse accorte – diantre, ces années d’opulence l’ont desservie – vous passez dans le salon et vous retrouvez le cousin Marcel, qui lui, par contre, n’a pas changé depuis la dernière fois que vous l’avez vu – toujours aussi mal coiffé et l’haleine d’un boyard noyé dans le purin, le malotru tient absolument à vous embrasser comme il le faisait jadis lorsque vous alliez le visiter à Pâques dans son Vercors natal.
C’est bien joli toutes ces retrouvailles, mais ça ne fait pas avancer le schmilblick et pendant ce temps, la dinde rosit patiemment, enroulée dans son collier de marrons. Une coupette (ne dit-on pas une flûte ? – oui ce soir, vous avez décidé de verser dans le raffinement un tantinet pédant) de Champagne à la main, l’atmosphère se détend doucement – certaines personnes qui sont ici revêtent le caractère de l’inconnu – les années sont passées tellement vite et la vie dans la capitale vous a rendu – disons les mots – un peu concon sur les bords.

Tout le monde le sait, avec la famille et les amis, mieux vaut éviter les discussions dirigées sur la politique, la religion et l’argent – on réservera ces vastes notions pour les joutes verbales avec des inconnus dans des bars mal fréquentés – mais en revanche, rien n’empêche de parler de sexe et d’argent – bien que cela ne soit pas de mise un soir de Noël, vous n’avez pas été invité à une partie de poker entre potes de l’armée, alors rangez cela. Ne reste plus que les travaux de réfection de la cheminée de l’oncle Lucien qui attend encore le maçon et les jérémiades de Juliette qui ne s’en sort pas des défauts de conception de sa cuisine aménagée.
Tout ceci est d’une tristesse à mourir. Vous qui depuis votre installation dans les beaux quartiers tentez d’élever les débats auxquels vous participez, vous voilà dans l’embarras.

Ce que je vous propose, ce sont quelques sujets de discussion qui pourront fort bien alimenter vos soirées, tels de succulents rochers en chocolat pendant une soirée chez l’ambassadeur(drice). Sans vouloir flatuler plus haut que mon postérieur, voici des idées – cadeaux – qui feront mouche à tous les coups.

Entre les canapés tartinés de foie gras bien ferme et la bouteille de Sauternes qui descend bien trop vite à votre goût, osez la canaillerie, tentez le Père Noël, ça marche à tous les coups.

Est-ce que le Père Noël ne serait pas finalement qu’une image patriarcale déficitaire ??

Vous avez surpris tout le monde. Marcel et son haleine de chanteur de l’Armée Rouge vous regarde d’un air suspicieux et se demande si vous n’êtes pas devenu gay. Pour le coup, on entend les mâchoires terminer leur travail de mastication et vous attendez que tout le monde ait bien dégluti pour jauger les réactions.

Rien ne vient ? C’est normal car en fait, ils se demandent si vous n’êtes pas saoul, mais vous n’en êtes qu’à deux coupes de Champagne et votre esprit est encore aiguisé. Afin de relancer le débat, vous expliquez tout de même que vous ne connaissez pas de femme dans l’entourage proche du Bonhomme Noël de par l’iconographie classique et que vous vous demandez si finalement il n’aurait pas été victime d’une déchéance de ses droits parentaux. Montrer une telle image à des enfants en plein épanouissement social n’est peut-être pas très habile dans le processus de leur éducation.
Toujours rien ?
N’embrayez surtout pas sur le petit Jésus et la crèche, on vous a déjà prévenu qu’aborder la Religion, même sous cet aspect, était pour le moins risqué. Tante Jacqueline est très soupe-au-lait et menace déjà de quitter la table en sanglotant. Le Père Noël est une réminiscence païenne certes, mais ne lui rappelez-pas ce souvenir douloureux.
Partons sur autre chose. Nous avons fait le tour tout à l’heure des sujets à ne pas aborder. Celui qui ne risque rien, c’est la philosophie. Voici un domaine qui même s’il souffre de querelles d’écoles, risque facilement de recueillir l’unanimité. Choisissez bien votre notion, car dites-vous que le destin de cette soirée faste est entre vos mains. Aborder la métaphysique ou le principe de non-contradiction serait littéralement suicidaire et vous risqueriez d’entendre les douze coups de minuit depuis le trottoir d’en face, sous une pluie battante et glacée.
Prenez plutôt un thème passe-partout… Le désir. Déclamez ainsi ces mots:

Nous ne sommes en quête du plaisir que lorsque nous souffrons de son absence. Or maintenant nous ne sommes plus dans le manque du plaisir.

Dites bien que vous n’en êtes pas l’auteur, mais que c’est Épicure qui a commis cela. Et comme Marcel ne veut pas être en reste – malgré ses remontées gastriques – , si tout se déroule selon vos plans, il déclamera ces mots de Sartre, pour faire bonne mesure:

Le désir est une conduite d’envoûtement. Il s’agit, puisque je ne puis saisir l’Autre que dans sa facticité objective, de faire engluer sa liberté dans cette facticité : il faut faire qu’elle y soit blablabla…

Dans une telle assemblée, il y a toujours quelqu’un pour évoquer, ou invoquer Schopenhauer, qui se trouvera fort aise de tout ce galimatias. Décidément, Marcel n’est plus aussi drôle que dans vos souvenirs d’enfant et il se demande si Sartre, l’auteur de cette assertion, n’était pas le nom de famille de ce type qui était invité l’autre jour dans la méthode Cauet.
Je vous sens désespéré, au comble de la déprime, poussé dans vos derniers retranchements par la mauvaise volonté que votre famille met à apporter un peu de piquant à cette soirée scintillante. Votre coupe de Champagne est vide et vous ne savez plus vers qui vous tourner, vous vous sentez chancelant car vous ne pouvez plus rien faire et votre image de hâbleur vient d’en prendre un sacré coup derrière les oreilles.

Heureusement, Marcel n’a rien perdu de son esprit fêtard et il a pensé – contrairement à vous, piètre noceur – à amener avec lui l’arme fatale en toute circonstance : la bouteille de Champagne explosive qui libère trente kilos de confettis sur plus de 10m² – sur la notice est inscrite la mention “nettoyer la pièce après usage”. Grâce à l’inénarrable ustensile, Marcel surpris en flagrant délit de flagornerie, l’ambiance revient au beau fixe et les visages reprennent leurs couleurs cramoisies et disons-le franchement, vous passez désormais pour celui qui souhaitait de tout coeur plomber la soirée.

Une rumeur gronde au fond de la pièce, Marcel est aussi pâle qu’une paire de fesses, se tient le ventre comme si quelque chose n’allait pas et finit par vomir le foie gras et les huîtres – chacun ira de son hypothèse hasardeuse sur le contenu stomacal – sur le tapis afghan de la cousine éloignée, au mépris de la serviette que lui tendait Jacqueline, qui avait vu le coup venir et espérant opérer une soudaine transmutation du morceau de tissu en sac à vomi. Pendant que se déroule cette scène d’horreur, Rufy, le bichon frisé d’Odette, a entamé la séance d’ouverture des cadeaux sans attendre le coup de feu. Quel cabot ce Rufy…

Sacré Marcel, quel boute-en-train ! Finalement, il aura eu raison de la famille et le rendez-vous pris pour l’année prochaine n’est plus désormais qu’une lointaine chimère, à votre grand soulagement. Votre opus des œuvres complètes de Stevenson dans la poche, vous quittez le somptueux appartement sous la pluie froide en vous disant que rien ne vaut une balade à Paris un soir d’hiver et que les citations c’est bien joli, mais ça ne nourrit pas son homme, ni même les réveillons…


Écrit le 21 décembre 2007 (ça date, comme on dit en Égypte…)

L’homme sans clefs

L’homme sans clefs

Il est en train de perdre ses clefs mais il ne le sait pas. Pas encore. Et puis de toute façon ça ne veut rien dire, on ne peut pas être en train de perdre ses clefs, c’est quelque chose de soudain ou dont on se rend compte après coup, dans aucune langue la forme progressive ne permet de dire qu’on est en train de perdre ses clefs. Et pourtant. Il est bien en train de perdre ses clefs. Tout ce qui s’est passé ses derniers jours va dans le même sens, il va perdre ses clefs et c’est en train de se passer maintenant, tandis qu’il écrit les derniers mots de son e-mail sur son ordinateur, il ne bouge pas d’un pouce, sérieux comme un pape, seuls ses doigts s’agitent sur le clavier qu’il manie à la perfection et avec rapidité, produisant un léger cliquetis que, si l’activité du bureau était encore vive, personne n’entendrait, mais à ce moment précis, le bruit des touches qu’il claque à toute vitesse emplit l’air à tel point qu’il s’engourdit l’esprit, tout entier tendu vers ce qu’il écrit, sur ce bon dieu d’e-mail qu’il aurait dû écrire il y a bien longtemps déjà mais qu’est-ce qui s’est passé, il n’a pas dû avoir le temps ou alors il a complètement oublié ce sujet mais il s’en fout il écrit ce bordel d’e-mail et il part d’ici, il est le dernier et il déteste ça il ne veut pas être dans cette catégorie de personnes qui restent tard pour montrer qu’elles ont énormément de travail, je suis sous l’eau je n’en peux plus, j’ai trop de travail, non si je ne finis pas à temps c’est juste que je ne suis pas efficace et ça c’est tout simplement insupportable pour lui, ce n’est pas lui, ce n’est pas lui, il n’est pas ça, non, il n’y a plus aucun bruit, même la femme de ménage a décampé en lui souhaitant une bonne soirée, bonne soirée mon cul oui, tu sais ce que je vais faire ce soir ? non alors s’il te plaît laisse-moi tranquille, va ranger tes affaires et sors d’ici moi j’ai encore du boulot je dois finir ce bon dieu d’e-mail sans quoi je ne vais passer une bonne soirée, compris, et puis je vais encore tomber dans les embouteillages à l’heure qu’il est ça me gonfle, les derniers mots, ça y est c’est terminé, envoyer, il ferme son ordinateur portable sans même attendre de voir si l’e-mail est bien parti et le range dans sa sacoche prend sa veste reposant sur le dos de sa chaise et tire la porte de son bureau pour la fermer à clef, non pas à clef, il n’a pas ses clefs, où sont-elles, il n’a pas ses clefs, où sont-elles, pas dans cette poche, là non plus, non là j’ai déjà regardé, il pose la sacoche de l’ordinateur, retourne ses poches qu’il a vides de tout, rien dans les poches pas dans la veste non plus, pas là, pas là non plus, bon dieu où sont ses clefs ? Silence.

Il n’a pas ses clefs, il vient de les perdre et se rassoit la veste pliée sur les genoux. Il ne le savait pas mais il n’a pas ses clefs sur lui. Il réfléchit quelques instants, il avait bien ses clefs ce matin en arrivant sinon il aurait été obligé de demander à quelqu’un de lui ouvrir et il se revoit précisément en train d’ouvrir la porte de son bureau comme tous les matins, tous les matins, il se voit et se revoit fermer son bureau à clef et comme tous les soirs il sait précisément à quel moment il ferme sa porte, tous les soirs, absolument tous les soirs, c’en est même horripilant de revoir ces mêmes moments tout le temps comme si c’était la clef de ses journées…

La clef, son porte-clef, il ne l’a pas perdue. La clef est dans la serrure, côté extérieur, il ne l’a même pas vue tout à l’heure quand il a tiré la porte pour la fermer, mais là assis depuis son bureau il la voit, elle est là dans la serrure et le porte-clef pendouille comme une chaussette sur un étendoir à linge bougeant très légèrement comme si le vent le taquinait du bout du doigt. Il n’a pas perdu sa clef. Pas celle-ci en tout cas. Elle est bien là. Pourtant, il ne se lève pas, il observe son porte-clef pendouiller dans le silence assourdissant du couloir à moitié éteint même les bruits de la rue ne parviennent pas jusqu’à lui il n’y a plus rien autour de lui et ce silence terrible l’empêche de se lever, il s’en rend compte il déteste le silence, le silence lui pèse et surtout maintenant alors qu’il était à deux doigts de partir dans la précipitation parce qu’il devait partir tôt ce soir pour rejoindre ses amis qui l’attendait en ville mais il devait vraiment terminer cet e-mail qui devait partir aujourd’hui parce que le reste de l’équipe devait pouvoir le lire le lendemain matin à leur arrivée pour ne pas bloquer la procédure et lui-même ne savait s’il allait pouvoir arriver suffisamment tôt le lendemain pour l’écrire alors il a préféré terminer ça ce soir, c’est aussi simple que ça, mais la précipitation s’est envolée tout à coup. Il n’est plus plus pressé. D’ailleurs pourquoi le serait-il il ne doit rien à personne. Le porte-clef pendouille. Ses amis l’attendront de toute façon. Ou peut-être pas.

Bon.

De toute façon il va se passer quoi hein ? Ils vont se retrouver dans un quartier chic et cool et animé et tout comme d’habitude et manger un morceau tous ensemble ils seront combien allez sept huit à tout casser dans un des restaurants qu’aura choisi Sylvia comme d’habitude il n’y aura pas suffisamment de lumière pour voir ce qu’on a dans son assiette et on boira des cocktails aux noms savants et ridicules comme “petite douceur” ou “sex on the playa” et ils péroreront tous chacun par petits groupes jusqu’à sentir une légère ivresse les enlacer et ils se quitteront après s’être chaleureusement embrassés oui on se revoit bientôt hein on se téléphone et on se fait ça et trois fois sur quatre ça n’aboutira pas parce que machin a un truc imprévu oh le pauvre ça doit être dur pour lui en ce moment non ne t’en fait pas j’ai juste beaucoup de travail la semaine prochaine ça ira beaucoup mieux tu verras dans quelques temps et on puis ils se rappelleront encore et là c’est bon tout le monde est là allez on y va. Comme à chaque fois.

Il est toujours assis à son bureau, les mains coincées entre les cuisses, le regard perdu sur le mouvement en balancier du porte-clefs qui tend à s’amenuiser au fil des secondes qui passent mais il bouge toujours comme un ver de terre qui n’aurait pas fini sa besogne. Quelque chose ne va pas, quelque chose n’est pas comme d’habitude, il sent monter en lui comme un dégout de ces habitudes qui ne changent pas, un trop plein d’émotions impalpables qui lui serrent la gorge comme jamais ça ne lui est arrivé et puis il se dit qu’après tout c’est peut-être parce qu’il a trop de travail, trop de travail, ça veut dire quoi ? Il ne sait même pas ce que ça signifie, il a toujours travaillé, beaucoup, vite, avec efficacité, avec vivacité, trop de travail non, jamais, beaucoup, oui, normal, du travail quoi, il n’est pas là pour se tourner les pouces en attendant que son tricot soit terminé, jusqu’au coucher du jour… C’est autre chose, bien autre chose, peut-être même n’est-ce rien, rien du tout, une percée de néant qui pointe le bout de son nez comme une jacinthe percerait la terre au printemps, une pure angoisse venue de nulle part. Mais non. Ce n’est pas ça non plus, ça n’a pas de nom on dirait, ce n’est pas connu.

Le porte-clef pendouille, il ne bouge quasiment plus maintenant, à peine, imperceptiblement, mais il bouge encore, alors il se lève, tout doucement, prend la sacoche de son ordinateur qui repose sur son bureau vide, se dirige vers la porte et la tire avec la clef dans la serrure, tourne la clef une fois deux fois et la glisse dans la poche de sa veste lui faisant sentir légèrement le poids du métal sur son flanc dans la poche de sa veste dont le tissu léger ressent les moindres frémissements, le couloir, il longe le couloir, éteint la lumière d’un doigt distrait et se dirige vers la porte d’entrée où il éteint la lumière du hall, il pousse la porte d’entrée pour la laisser ouverte le temps qu’il saisisse le code de l’alarme 4722 qui se met en temporisation il reste 30 secondes avant que tout se mette en marche et il referme la porte derrière lui, descend les escaliers d’un pas lourd, la lumière s’allume toute seule dans la nuit qui commence à tomber et ouvre la grille avec le bouton pressoir qui la déverrouille, la grille claque derrière lui dans un bruit infernal. Tout est fermé. Il se demande où il a garé sa voiture mais là, il ne voit pas, il ne sait plus et il s’inquiète tout à coup de savoir pourquoi il ne se souvient presque plus de rien, il a bien quelques idées qui lui traversent l’esprit, son adresse, le chemin du retour, toujours le même mais où il est garé, il n’en sait rien. Tiens d’ailleurs, où sont ses clefs de voiture ? Il n’en sait rien. Dans la poche de sa veste, il n’a que la clef du bureau et son portefeuille dans la poche intérieure, mais c’est tout, rien d’autre, mais comme il n’y avait rien sur son bureau quand il est parti il sait qu’elle ne sont pas dans son bureau alors une fois encore il refait toutes ses poches, veste, pantalon, avant, arrière, mais pas une seule clef, il sort à nouveau la clef de son bureau qui lui glisse des mains sans qu’il ait vraiment le temps de s’en rendre compte, il la voit tomber avec le porte-clefs qui tournoie doucement dans l’air tout autour de la clef et il ne voit pas ce qui se trouve par terre juste dans le prolongement de sa main et à la verticale de son trousseau qui est en train de tout faire pour rejoindre le sol… une grille d’évacuation des eaux usées, la clef tombe la première sur la grille en fonte produisant un petit cliquetis mais le poids du porte-clef qui s’est glissé dans le trou de la grille emporte la clef avec lui et fait disparaître le tout dans une mare de boues saumâtres avec un léger ploc visqueux comme un pied qui s’enfonce dans un sable mouvant…

Le porte-clefs est tombé exactement là où il n’aurait pas dû, si tant est qu’il dût tomber quelque part, il regarde ce bout de ferraille sans vie gésir au milieu de détritus de la rue, le dernier endroit où l’on s’attend à trouver un trousseau de clef, et pourtant, les égouts sont jonchés de milliers de trousseaux de clefs que personne ne récupérera jamais, il le regarde et sait en même temps qu’il n’arrivera pas à le récupérer quels que soient ses efforts. Il reste là, pantelant dans la lumière jaunâtre de la rue comme s’il attendait encore que quelque chose survienne pour revenir en arrière. La porte a claqué derrière lui et de toute façon sans les clefs il ne pourrait pas rouvrir la porte d’entrée pour désactiver l’alarme, la soirée s’annonce mal, pas de clefs, ses poches sont vides à part deux pièces de monnaie, un téléphone qui ne lui sert à rien dans ce cas précis, il plante les mains dans ses poches dans une dernière tentative pour sentir quelque chose qui se rapprocherait d’une paire de clefs, celles de sa voiture, celle de son appartement, mais rien, une fascinante absence de toute trace de sa vie quotidienne, impossible de rentrer en voiture, impossible de rentrer chez lui, il vient de le réaliser et il n’a proprement aucune idée d’où peuvent se trouver ces bon dieu de clefs. Son corps se détend comme si se trouver derrière la grille lui offrait un répit soudain, il peut sentir les muscles de son dos devenir flasques, la tension de ses épaules et de ses clavicules se dégonfler comme une baudruche tendue, même ses mains se décrispent puisque de toute façon il n’a rien à attraper pour détourner son attention.

Une femme passe devant lui, il la trouve belle avec son visage effilé comme une lame de couteau, il l’a déjà vue plusieurs fois dans le quartier, il l’a souvent croisée en allant chercher de quoi déjeuner mais c’est la première fois qu’il la regarde aussi longtemps et leurs regards se croisent l’espace d’un instant, elle lui sourit tendrement comme si elle prenait conscience de son dépit mais ne s’arrête pas et passe son chemin à la même allure claquant des talons sur le bitume jonché de feuilles de magnolia que le vent n’a pas réussi à chasser, il reste planté là les mains dans les poches vides de toute clef à attendre il ne sait quoi mais il attend encore et encore de longues minutes qui passent sans que rien n’arrive et il n’arrive rien, rien ne se passe que le plus pur enchainement des contingences accumulées, voitures qui passent, passants qui passent, chiens qui passent, oiseaux qui piaillent, lumière qui éclaire les trottoirs, trottoirs qui brillent sous le feu des réverbères. Il se dit qu’il va bien falloir agir, faire quelque chose.

Bon.

Il fait une quart de tour sur lui-même et marche en direction de la gare il n’y a que ça à faire prendre un train et partir pour essayer de rejoindre son domicile, dix minutes de marche pense-t-il dix minutes à marcher pour rejoindre la gare qu’il ne fréquente jamais d’ordinaire, pas besoin, la voiture lui évite ça, les quais crasseux, les crissements des roues des trains sur les rails, ce n’est pas son quotidien, mais il marche d’un bon pas, un pas rapide, vers la gare où il se dirige vers le guichet et se plante devant la jeune femme ornée d’un ridicule petit béret carmin planté sur sa tête trop petite, elle ne lui sourit pas mais ça ne le dérange pas, elle tend juste le menton pour écouter sa requête…
— Bonsoir, un billet, un aller-simple s’il vous plaît. Mais elle ne répond pas et le regarde fixement.
— S’il vous plaît Madame…
— Un billet pour ?
Il se rend compte qu’il n’a pas donné de destination mais il n’a pas envie d’une destination, il a juste envie de prendre le train et se laisser porter jusqu’à une gare quelconque avec d’autres voyageurs, mais pour le coup ça ne va le faire avancer s’il ne précise pas sa demande.
— Dites-moi, est-ce qu’il y a moyen de rejoindre l’aéroport par le train ?
— Oui, bien sûr, vous n’avez qu’un seul changement et l’express vous amène directement à l’aéroport.
— Eh bien faisons ça, donnez-moi un billet pour l’aéroport.
— Très bien ça fera 16,50 €
Il sort sa carte bancaire et l’insère dans le lecteur, la jeune fille au calot sur la tête lui tend ses billets et elle lui souhaite une bonne soirée, il ne la remercie pas et la gratifie d’un sourire pour sa peine, prenant son billet et son ticket il se dirige vers le quai et monte dans le train tandis qu’ils arrivent tous les deux en même temps, une drôle de coïncidence comme il en arrive rarement mais il prend ça comme un signe que les choses ne devaient pas arriver autrement, il s’assoit près de la fenêtre tandis que déjà le train repart pour égrainer le chapelet des gares sans nom et sans visage qui l’amèneront à la correspondance d’où il pourra poursuivre son chemin jusqu’à l’aéroport, il a toujours aimé les aéroports même s’il lui arrive peu souvent de les fréquenter, les voyages sont rares même s’il a passé sa jeunesse à les écumer sur des courtes distances pour faire des sauts de puces en Asie du sud-est mais ce temps lui semble loin et tandis que le train prend de la vitesse freine s’arrête ouvre ses portes ferme ses portes repart pour reprendre de la vitesse freiner s’arrêter ouvrir ses portes fermer ses portes il revoit comme des tableaux lumineux ses attentes longues et endormies sur les fauteuils des aéroports de Chiang Mai Jakarta Bangkok Phnom Penh Denpasar qui se mélangent et l’odeur de kérosène ou des salles d’attente climatisées où ne font que passer des visages qu’il ne reverra pas des corps qui se dirigent vers les salles aménagées en mosquées où certains dorment par terre entre deux avions sans leurs chaussures qui les attendent à l’entrée et l’odeur de pisse des toilettes crasseuses et des odeurs de corps qui transpirent et des odeurs d’arrière-cours de restaurant bon marché où l’on sert des bols de riz frit avec quelques brochettes de poulet à la sauce aigre-douce et le train arrive à la gare pour sa correspondance où il descend en prenant soin de ne pas oublier la sacoche de son ordinateur dont il fait passer la sangle par-dessus son épaule. Il parcourt des dizaines de mètres interminables dans les couloirs qui se vident en prenant soin de ne pas rater la direction de la ligne de l’aéroport, il est tellement distrait en temps normal qu’il sait qu’il est capable de se perdre complètement dans le faisceau des lignes qui se croisent et se décroisent pour terminer dans des gares aux noms farfelus ou des villes dont il n’a même jamais entendu parler et qui lui semblent comme des destinations exotiques accessibles avec un simple billet de train.

Le wagon dans lequel il monte est presque vide, deux hommes discutent un peu fort à quelques mètres de lui et il s’assoit encore près de la vitre mais il n’y a rien à voir car le train roule sous terre alors il se concentre sur le panneau lumineux qui annonce les gares qui se succèdent encore et encore jusqu’au terminus, cette fois-ci il n’aura pas à se soucier de ne pas rater sa gare puisqu’il se rend au terminus, un bout de ligne qui se perd dans une campagne hantée par une immense ville entièrement habitée par des avions qui passent leur temps à décoller et atterrir jusqu’à ce que le tocsin annonçant la fin des vols pour la nuit les clouent au sol pour quelques heures, une ville sans âme, une ville pour les vols, les gares passent, les portes ne s’ouvrent même plus personne ne monte personne ne descend mais le train s’arrête et repart et s’arrête et repart et s’arrête jusqu’à sa destination finale en exhalant un souffle poussif de machines vrombissantes qui s’arrêtent d’un seul coup, les lumières s’éteignent pour partie et les portes du train restent ouvertes, béantes sur un quai vide retentissant de ses pas tandis qu’il se dirige vers l’entrée de l’aéroport, presque vide lui aussi, la plupart des quais d’enregistrement sont vides, fermés, à part quelques uns où restent des employés habillés aux couleurs des compagnies aériennes qui s’emploient à saisir des choses incompréhensibles sur leur clavier d’ordinateur dans un silence de mort. Il ne marche plus. Il ne reste qu’un seul guichet ouvert devant lequel une centaine de personnes attendent pour enregistrer leurs bagages, en fait il en reste d’autres mais celui-ci est celui où il y a le plus de monde alors il s’engage dans la queue derrière un couple avec un enfant, avec deux valises à roulettes, ils parlent de la mère de l’homme qui était effondrée hier soir après leur repas parce que le roastbeef était trop cuit et les patates franchement elles n’étaient pas terribles même avec la sauce de la viande, c’était vraiment un repas raté mais ce n’est pas grave l’important c’est qu’on ait pu diner ensemble avec notre départ, non ? de toute façon tu connais ma mère ça ne va jamais il y a toujours quelque chose sur lequel elle puisse se plaindre, c’est comme l’autre fois je ne t’ai pas raconté, et pendant ce temps il avance tout doucement dans la queue en remontant de temps en temps la lanière de sa sacoche, il sort son portefeuille duquel il sort son passeport qui ne lui sert pas si souvent que ça et d’ailleurs il l’ouvre pour regarder les pages vierges des visas où il ne trouve que celui de son dernier voyage en Égypte c’était il y a quatre ans maintenant, il n’y était pas resté longtemps juste assez pour visiter un peu Le Caire et faire un saut de puce pour revoir Abou Simbel et son temple qui domine le paysage lunaire de ce lac artificiel et de ces sables qui n’en finissent pas de ronger la vue, quelques nuits à l’hôtel Shepheard avec son décor baroque tellement colonial et hop retour à la maison.

Arrivé devant la ligne des guichets il tend son passeport au jeune homme fardé qui lui prend des mains et lui dit :
— Je n’ai pas acheté de billet mais je souhaiterais savoir s’il y a encore une place.
Le jeune homme en livrée bleue le regarde d’un air abasourdi et bredouille quelque chose en prenant sa souris et en consultant son écran.
— Un instant s’il vous plaît, je vais regarder ça.
Les secondes passent et il s’aperçoit qu’il tapote du doigt sur le comptoir en regardant droit devant lui, quelques longues secondes d’attente improbables au beau milieu d’une foule inconnue et colorée de voyageurs dans des tenues elles aussi improbables de voyageurs nocturnes partant pour un pays lointain oui tiens d’ailleurs il ne s’est même pas préoccupé de savoir quelle destination il était sur le point d’emprunter mais ce n’est pas très grave et le jeune homme pousse un petit grognement venu fond de la gorge et se retourne vers lui :
— Ecoutez Monsieur, je ne vois pas toutes les réservations… Ah si c’est bon, il me reste deux places qui ont été annulées il y a une heure.
— Une seule suffira, dit-il en souriant comme un benêt.
— Le billet est à 680 €. Il y a une escale à Séoul.
— Allons-y, voici ma carte de crédit. Ah, dites-moi juste quelle est la destination.
Air d’incompréhension de la part du guichetier, petite musique d’attente entre ces deux moments qu’il n’a peut-être jamais vécus, il ouvre les lèvres dont l’inférieure pendouille très légèrement et prononce d’un air presque gêné :
— Tokyo Haneda…
— Tokyo…
Il paie son billet et remballe sa carte dans son portefeuille pendant que le jeune homme lui imprime sa carte d’embarquement et pendant qu’il saisit les informations de son passeport sur son écran il regarde les quelques personnes qui restent derrière lui dans la queue, il ne reste que quelques personnes qui commencent à s’impatienter peut-être de peur de ne pas avoir le temps de monter dans l’avion… sous la lumière crue des néons qui tombent du ciel de verre et de métal… Le jeune homme au guichet lui tend sa carte d’embarquement et lui annonce qu’il doit prendre la direction de la porte 17 le numéro du vol la place qu’il va occuper avant dernière place côté hublot sur un Airbus A380 et l’heure à laquelle il doit se présenter à la porte d’embarquement et bon vol Monsieur, merci à vous aussi bonne soirée à la prochaine… Il ne perd pas un instant et se dirige vers la porte 17 et arrive au contrôle de bagages à main dont il se sort indemne après avoir passé le portique qui n’a même pas clignoté en même temps il n’a pas de clefs sur lui à part la boucle de sa ceinture et sa montre il n’a rien sur lui qui risque de sonner alors il continue son chemin vers le contrôle de la police aux frontières dont il se sort indemne aussi après avoir fixé bien dans les yeux la petite caméra posée sur le comptoir du policier qui le regarde d’un air morne même pas mal aimable ou quoi un air de s’en foutre royalement que mais voulez-vous il faut bien que je contrôle votre passeport merci Monsieur bonne soirée à vous aussi et il repart avec sa sacoche d’ordinateur sur l’épaule avant d’arriver après un autre couloir à la lumière blafarde dans la salle d’embarquement où la porte est déjà ouverte alors il enquille la file avec sa carte d’embarquement fichée dans le passeport qu’il ouvre avant d’arriver devant le contrôle des billets où l’agent d’escale passe la carte devant un lecteur code-barre dont la lumière rouge vire au vert au contact du bristol, il passe par la porte vitrée pour rejoindre le long boyau qui l’amène à l’Airbus fier et renflé qui attend sur la piste des tuyaux plein le ventre en espérant un futur départ et que les trolleys s’engouffrent dans les cales bien coincés dans leurs compartiments, une dernière étape dans l’avion avec l’hôtesse qui lui indique en anglais le couloir gauche et le numéro de sa place qui est indiqué sur la carte d’embarquement, il recherche sa place qui se trouve tout au bout de l’avion, près de la queue et fait signe au type qui est assis dans l’allée qu’il doit passer au-dessus de lui pour occuper la place près du hublot alors l’autre se pousse légèrement et il s’installe en posant sa sacoche sur ses genoux.

Sa sacoche. Son ordinateur. Ses genoux. Il attache sa ceinture. Il va voyager pendant plus près de vingt heures avec une escale. Séoul. Corée. Destination Tokyo. Tokyo. Le Japon. Quelle drôle d’idée. Le Japon. Il n’y aurait même pas pensé si seulement il avait trouvé ses clefs. Le Japon. Tokyo. Ses genoux. Son ordinateur. Sa sacoche. Sa sacoche ? Il palpe le néoprène de la sacoche comme on palperait une poche. Ses doigts s’arrêtent sur quelque chose de dur qui se trouve dans la poche latérale de la sacoche. Le Japon. Il n’a même pas pris de retour, juste un aller. Un aller simple pour Tokyo. Mais c’est quoi ce truc ? Il plonge la main dans la poche latérale de sa sacoche et s’arrête, relève la tête, sourit. Il sourit. Et il éclate de rire. Le type à côté de lui se retourne comme on se retourne sur un type qu’on jugerait fou mais il s’en fiche. Il tire la main de sa sacoche et en sort sa main fermée sur ce qu’il y a trouvé. Deux trousseaux de clefs. Les clefs de son appartement. Les clefs de sa voiture. Il a ses clefs avec lui. Et il va les emmener avec lui à Tokyo.

De toute façon, c’est toujours comme ça.


Ecrit le 14 mars 2017

Après cette lecture haletante, je vous propose de vous détendre en écoutant un titre de Yoste, Chihiro, qui vous relaxera un peu et vous rendra heureux, très certainement. Rien d’autre ne compte.

[audio:chihiro.xol]

Photo d’en-tête © Jessica Paterson