Mar 18 2010

Imprimés suisses du XVIe siècle

Grâce à la bienveillance et à la grande curiosité de mon amie (à moi), j’ai pu découvrir ce site où sont  regroupés plus de 800 documents numérisés dont plus de 500 imprimés du XVIè siècle, conservés dans plusieurs bibliothèques suisses. Un trésor qu’on peut compulser (j’aime beaucoup ce mot qui s’applique principalement aux livres) à distance, calé dans un fauteuil ou n’importe où dans le monde. Florilège… On pourrait y passer des heures…

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Mar 18 2010

Délices du Caire et de la nuit d’orient

Kaire. G. [Gami] Amr. Mihrab à l'extérieur

Kaire. G. [Gami] Amr. Mihrab à l’extérieur [photographie]
Joseph Philibert Girault de Prangey
Source: Bibliothèque nationale de France

De la nuit cairote, je ressens encore les odeurs et les couleurs, la poussière du désert sur les trottoirs, je revois les murs de terre sèche, le Nil majestueux reflétant à l’infini un soleil écrasant. Visite guidée parmi les rayonnages de la bibliothèque.

Avec Gaston Maspero et son Guide du visiteur au Musée du Caire (1902). Une visite virtuelle dans le célèbre musée par un égyptologue de renom.

Cinq mois au Caire et dans la Basse Égypte / par Gabriel Charmes, 1880, un texte suave et moderne.

<Cairo

Cairo
Source: Bibliothèque nationale de France

Cinq semaines en Égypte : Alexandrie, Le Caire, Thèbes, Assouan, notes de voyage. Monographie imprimée, auteur non précisé, 1903 (Texte parfois un peu limite quand il parle des Égyptiens)

Un Hiver au Caire, journal de voyage en Égypte, par Mme Lee Childe, 1883

Les nuits du Caire / par Charles Didier, 1860, un texte plein de lumière et de senteurs particulières.


Mar 16 2010

Mudhif Ma’dan et Yazidi, Wilfred Thesiger le nomade #4

Entre 1950 et 1958, Wilfred Thesiger se rend en Irak. A cette époque-là, Saddam Hussein n’a pas encore mené son coup d’état dans ce pays jeune dont l’indépendance est proclamée en 1932. Avant 1968, l’Irak est un pays rongé par les communautarisme et un fort sentiment antisémite qui conduira les 125000 juifs irakiens à affluer en Israël, ainsi que par des tensions entre la république instaurée et soutenue par le Troisième Reich et la monarchie promue par le Royaume-Uni. Loin de ces conflits d’intérêt, Thesiger passera quelques temps parmi les Yazidi (يزيدي), dans le nord du pays (région de Mossoul et de Ninive) puis au sud, dans la région des marais située dans le bassin du Tigre et de l’Euphrate (entre les tristement célèbres villes de Bassorah, Nasiriyah et le barrage de Kut), parmi les Arabes des Marais (عرب الأهوار), les Maadans ou Ma’dans (معدان).

Les Yazidi font partie de ces peuples trop souvent persécutés parce que minoritaires, confinés dans les arrière pays et parlant kurde. Les musulmans les appellent improprement « les adorateurs du Diable ». Le Yézidisme est un syncrétisme religieux dans lequel on adore aussi bien l’ange-paon Taous-i Malek, oiseau qui représente Satan, que le cheikh Adi ibn Mustafa, fondateur de leur religion et observent également les fondements du zoroastrisme. Les Yazidi, malgré une volonté farouche de ne pas prendre part dans le conflit qui secoue l’Irak depuis 2003, ont payé un lourd tribut puisque leur communauté a été victime de l’attentat suicide le plus meurtrier depuis le 11 septembre 2001, dans la province de Ninive avec plus de 570 morts (cet attentat est en relation directe avec la lapidation de la jeune Yazidi Doaa Khalil Assouad).

Photo extraite de son livre Visions d’un nomade, chez Plon, 1987, coll. Terre humaine.

Dans le sud du pays, Thesigher arrive pour une période de quinze jours, histoire de passer un peu de temps à chasser le canard dans cette région foncièrement giboyeuse parmi les Ma’dans. Il y restera finalement sept ans. C’est dans cette région qu’est censée s’être trouvé le Jardin d’Éden et c’est également une région infestée de moustiques où l’on ne se déplace qu’à l’aide d’embarcations longues d’une dizaine de mètres sur un au plus de large. Lors des inondations qui ont eu lieu en 1954, le niveau de l’eau a monté de plus de deux mètres, réduisant considérablement les aires de vie des autochtones, mais ils se sont adaptés et ont bâti des îlots artificiels. Lorsque le Sheikh propose à Thesigher d’habiter une hutte confortable, une maison d’hôte appelé mudhif, une construction faite de roseaux géants en tunnel pouvant atteindre 26 mètres de longueur, il refuse, prétextant qu’après avoir vécu dans le désert avec les Rashid, il est habitué à l’inconfort et souhaite être logé à la même enseigne que n’importe quel Ma’dan.
Les Ma’dan ont subi les foudres de Saddam Hussein lorsqu’au lendemain de la guerre Iran-Irak, celui-ci se rendit compte qu’ils avaient aidé les déserteurs irakiens et qu’ils avaient également participé à l’insurrection de 91 ; il leur en tint une rancune mortelle. Il fit assécher les marais et la population des Ma’dans passa de 250.000 à quelques dizaines de milliers, ravageant à la fois un écosystème de terre humide unique au monde et décimant une population au mode de vie millénaire.

Photo © Wilfred Thesiger


Mar 15 2010

Al-Moutanabbi

Des mots simples, la douce cohérence du verbe proférée à l’envi, le silence qui en résulte…

Les coursiers de la nuit
et les déserts semés d’embûches
me connaissent.
La guerre et les coups.
le papier, la plume

Al-Moutanabbi
(915 - 965)


Mar 12 2010

Pause déjeuner

(Glam Moleskine n°42) Parfois, le midi, quand les autres parlent boulot, je reste à mon bureau et je dessine ce que je vois. Contrairement à pas mal d’autres activités, celle-ci prend du temps.

Rue Louis Rouquier


Mar 10 2010

Petits miracles entre nous

Photo © Andy Hares

Quelqu’un de très cher m’a offert un guide touristique de l’Égypte. Le guide Geo pour ne pas le nommer. Pendant longtemps, j’ai évité le rayon tourisme des librairies, dédaigneux, me disant que la seule littérature valable pour voyager était celle des écrivains voyageurs, leurs trop nombreux ouvrages d’expérience, mais j’ai laissé ces idées au rencart et je pense à présent que rien ne vaut un guide de voyage pour plonger directement au cœur du sujet.
Aussi, à la fin du premier paragraphe de la page 413 concernant l’oasis de Siouah, je relève quelques mots qui piquent ma curiosité comme l’aiguillon d’une vive en plein mois d’août.

Depuis un siècle, l’histoire de l’oasis serait consignée dans le mystérieux Manuscrit de Sioua, compilation de récits parfois ancestraux, gardé secret.

Photo © Walid Hassanein

Selon toute vraisemblance, on m’a toujours caché l’existence de ce document et je trouve ça vexant. Du coup, j’ai cherché par moi-même sur Internet, mais rien ne m’est apparu pertinent. En outre, je me vite trouvé dévié par le courant et j’ai atterri sur le site de Gallica que je n’avais pas consulté depuis des lustres. Beaucoup de choses ont changé et surtout, le fonds s’en trouve considérablement augmenté. J’ai trouvé ce livre au titre interminable : Nouvelles annales des voyages, de la géographie et de l’histoire : ou Recueil des relations originales inédites, communiquées par des voyageurs français et étrangers ; des voyages nouveaux, traduits de toutes les langues européennes ; et des mémoires historiques sur l’origine, la langue, les mœurs et les arts des peuples, ainsi que sur les productions et le commerce des pays peu ou mal connus : accompagnées d’un bulletin où l’on annonce toutes les découvertes, recherches et entreprises qui tendent à accélérer les progrès des sciences historiques, spécialement de la géographie / publiées par MM. J. B. Eyriès et Malte-Brun dont le premier tome date de 1819.

J’ai également trouvé cette petite perle: Algérie et Tunisie : récits de voyage et études, par Alfred Baraudon.

Un peu plus loin, le Journal des voyages et des aventures de terre et de mer publié entre 1877 et 1929.

Journal des voyages et des aventures de terre et de mer

Et pour finir, Études de mythologie et d’archéologie égyptiennes. Vol. 6, par Gaston Maspero (1912).

Des trésors comme ça, il y a en a partout sur le web et toute une vie ne suffira pas à satisfaire les plus curieux, mais il faut que ça reste entre nous, hein ? Et puis avec tout, je n’ai toujours rien trouvé sur ce précieux manuscrit de Siouah…
Localisation de l’oasis de Siouah (ou Siwa) sur Google Maps.


Mar 10 2010

Sana’a et Shibam, au pays des mangeurs de qât, Wilfred Thesiger le nomade #3

Photo © Eesti

1947. Thesiger s’apprête à traverser le Désert des déserts, Rub al-Khali (الربع الخالي), la Zone Vide constituant la partie la plus méridionale de la péninsule arabique, un véritable enfer sur terre avec des températures dépassant plus que souvent les 50°C. Il tirera de ses multiples traversées un livre éponyme et bâtira des amitiés longues avec les Bédouins du désert, des hommes féroces, sans pitié vivant de razzias, toujours armés de leur fusil et de leur poignard richement ornée enfoncé dans la ceinture, le Jambiya (جمبية). Avant d’entrer dans le désert brulant il fait halte dans la vieille ville de Sana’a, capitale du Yémen ( ﺍﻟﺠﻤﻬﻮﺭﯾّﺔ اليمنية) et inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO pour ses hauts immeubles en pisé polychromes et déjà habitée il y a plus de 2500 ans. La vieille ville compte 6500 maisons toutes déjà présentes au XIè siècle créant la perspective vertigineuse d’un damier graphique à perte de vue.

Photo © Eesti

Une galerie de photos sur le site de l’UNESCO.
Localisation de Sana’a sur Google Maps.

Photo © Kebnekaise

Plus à l’est, une autre ville du Yémen, Shibam (شبام), dans l’Hamadraout (également inscrite au patrimoine mondial), construite au XVIè siècle. La cité suit un plan carré et son mur d’enceinte est constitué de hautes tours, préfigurant l’urbanisme en hauteur encore en vigueur aujourd’hui. Uniquement composée de tours en terre au sommet peint en blanc destiné à protéger la matière des intempéries, c’est un cas unique d’architecture. Son nom est souvent accompagné du surnom de “Manhattan du désert” et aujourd’hui encore elle est habitée, protégée et vénérée par 7000 résidents permanents.

Photo © Wilfred Thesiger - Pitt Rivers Museum

Photo © Art History Archive

D’autres clichés intéressants sur Toxel.
Localisation sur Google Maps.

Wilfred Thesiger, Visions d’un nomade, Plon, 1987, coll. Terre humaine.

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Mar 9 2010

Églises monolithiques de Lalibela, Wilfred Thesiger le nomade #2

Sir Wilfred Patrick Thesiger a eu une chance folle. Tandis que son père Wilfred Gilbert exerce sa qualité de diplomate en Éthiopie au début du XXème siècle auprès du roi Ménélik II, le petit Wilfred Patrick nait dans une hutte traditionnelle aux alentours d’Addis-Abeba (አዲስ አበባ, nouvelle fleur en amharique). En 1930, après des études britanniques tout ce qu’il y a de plus conventionnelles, il retourne sur les terres abyssines pour la couronnement du nouveau Negusse Negest éthiopien, Ras Tafari Mekonnen, couronné sous le nom de Hailé Sélassié Ier (ቀዳማዊ ኃይለ ሥላሴ), où il est invité d’honneur. C’est de ce retour sur cette terre d’origine et d’une mission chez les féroces Danakils que naîtra une carrière d’explorateur bien remplie.
Durant cette période, il rapportera une ensemble de photographies d’un lieu absolument unique au monde, Lalibela (ላሊበላ). Située à 2 630 mètres d’altitude, la ville porte le nom du Négus de l’époque, Gebra Maskal Lalibela (1172 - 1212) qui avait fait du lieu sa capitale, remplaçant ainsi la belle et antique Aksoum (አክሱም). Le lieu n’a pas été choisi au hasard. On sait que le peuple éthiopien est en grande majorité de confession chrétienne orthodoxe, se disant à la fois fils de Makeda, Reine de Saba et du Roi Salomon. Aussi, sous la pression de l’expansion arabe sous le règne des  Fatimides, Jérusalem est de plus en plus difficile à atteindre et ce lieu sera la nouvelle Jérusalem (la Jérusalem noire) en raison de sa topographie. Symboliquement, elle représentera la Terre Sainte.
En tout, ce sont onze églises construites de part et d’autre du Yordanos (on y entend Jourdain) dont les plus célèbres sont celles de Saint-Georges (Bete Giyorgis), Bete Medhane Alem et Bete Emmanuel. Leur particularité est d’avoir été creusées à même le roc sous le niveau du sol, ce qui implique le déplacement de milliers de tonnes de pierre. Elles ont toutes été percées dans ces immenses blocs, ce qui en fait le plus grand ensemble monolithique fonctionnel au monde. Si certaines sont construites dans un style traditionnel orthodoxe, d’autres comme Bete Emmanuel, la plus massive, reprennent une ornementation typiquement axoumite.
Thesigher a rapporté de ce lieu et d’Afrique quelques photographies (1960). Lalibela sur Google Maps.

Beta Giyorgis vu d’en haut

Ethiopia, Lalibela, Beta Giyorgis

Beta Giyorgis vu d’en bas

Sculptures et polychromies de Bete Maryam

Sculptures et polychromies de Bete Maryam

Bet Medhane Alem

Les deux premières photos © Aluka, les trois suivantes © A. Davey.
Wilfred Thesiger, Visions d’un nomade, Plon, 1987, coll. Terre humaine.

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