Ubud, au bout du monde

Ubud, au bout du monde

Ubud. Évidemment, ça ne se prononce pas à la française, mais avec des “ou” bien ronds et bien rebondis comme le ventre d’un macaque. Ubud. Un nom improbable, pas imprononçable, mais qui fait penser à une boule, douce et presque un peu trop ventrue. Ubud, c’est une petite keluharan d’un kacamatan d’une kebupaten de la province de Bali, île improbable d’un pays qui l’est encore plus. Voici un bout du monde à mille lieues de ce qui est familier pour moi, l’exact opposé, l’inconciliable, pour ne pas dire l’impensé total. Je ne sais même plus comment il a pu se produire cet événement aussi improbable pour moi que de me rendre en Indonésie. Certainement une absence momentanée, le doigt qui glisse sur le clavier et qui suggère une autre destination que celle prévue, l’accident originel et impudique d’une naissance qu’on n’aurait pas eu le temps d’avorter…

Logo de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (Vereenigde Oost-Indische Compagnie)

Le drapeau rouge et blanc du pays vient d’une des plus grandes îles de l’archipel, de Java précisément, et marque l’avènement du royaume Majapahit suite à la rébellion de Jayakatwang de Kediri contre Kertanegara de Singasari en 1292. Ça pourrait presque paraître anecdotique, mais c’est là un morceau d’une histoire qui nous est inconnue, parce que l’Indonésie nous est inconnue et son histoire en particulier. On n’a peut-être retenu que l’histoire de la Vereenigde Oost-Indische Compagnie, la Compagnie des Indes Orientales, des Moluques et de ses girofliers, et encore, ça ne parle certainement pas à grand-monde. De toute façon, l’Histoire en général nous est inconnue. On ne sait rien. On ne sait plus rien, on oublie jusqu’à notre propre nom qui finira dans le caniveau des grandes anthologies. Alors l’Histoire, celle avec un grand H, tout le monde s’en tamponne.

L’Indonésie est un pays improbable. Il n’existe pas tant qu’on n’en a pas fait la connaissance. Une langue officielle qui s’appelle bahasa indonesia, 742 langues différentes réparties entre 258 millions d’habitants eux-mêmes disséminés sur 13466 îles, pays le plus musulman du monde au regard du nombre d’habitants… rien que ces données sonnent comme des étrangetés de l’esprit, des biais, des Égyptes mentales. Mais revenons-en à Ubud, car c’est la destination de mon voyage, pour l’instant. Ubud vient d’un mot indonésien, ubad, signifiant médecine. Il fallait se méfier dès le départ de cette incongruité. Une ville qui se nomme médecine ne peut être totalement dans l’usage entier de ses facultés, il y a quelque chose de caché qui ne se donne pas forcément à voir du premier coup, un mystère à lever. Il me semble qu’il m’est venu à l’idée de partir en Indonésie à la lecture d’articles sur Sumatra, les Célèbes, les Moluques, des noms qui sont autant de reliquats des anciennes courses aux épices, du temps où les navigateurs flamands gardaient précieusement pour leur empire le secret inavouables de la culture du Syzygium aromaticum, cet arbre endémique des îles qui peut atteindre la hauteur de vingt mètres et dont le bouton floral, avant qu’il n’arrive au point de floraison et séché au soleil prend le nom délicat de clou de girofle. Il me semble même que le déclencheur de tout ça a été le livre Chasseurs d’épices de Daniel Vaxelaire. Mais je ne sais plus et plus que le moyen d’y arriver, c’est le fait d’y arriver qui compte à présent. Le seul fait avéré c’est qu’avant d’arriver ici, je suis passé par Istanbul et Bangkok ; aucune logique autre que la diagonale de l’esprit dans ces voyages, rien d’autre à retenir que l’histoire, plutôt que les détails qui la font.

Tous les voyages commencent à Paris et le début du voyage prend forme dans les premiers jours où tout prend forme ; quelle valise, soute ou cabine, quel appareil photo, de quoi prendre des notes, de quoi bouquiner aussi, des ustensiles aussi inutiles qu’encombrants, tout le possible pour vous détourner de l’objet premier et qui ne compte pour rien dans l’affaire. Ce que je retiens en premier lieu, c’est cette migraine tenace qui m’a empêché de m’endormir dans l’avion qui filait vers Dubaï. J’ai tour à tour eu chaud, froid, envie de vomir, envie d’aller aux toilettes, eu terriblement soif, au bord de la déshydratation, chaud, des gouttes de sueur perlant sur mon front, hypoglycémie, voile noir… une angoisse terrible qui me susurrait à l’oreille que j’étais en train de mourir à dix-mille mètres quelque part au-dessus de l’Arabie Saoudite ou du Golfe Persique ; triste fin pour le voyageur qui n’a même pas atteint Jakarta. Encore une fois, j’arrive enfin à m’assoupir lorsque l’avion amorce sa descente en tournoyant au-dessus du sable de Dubaï. Un café et un jus d’orange dans l’aéroport de transit me reviennent à 8 euros. Pour ce prix, je m’amuse à penser que j’aurais pu sortir prendre un taxi et faire le tour de la ville, histoire de rater le prochain avion… mais je préfère tenter de me reposer en attendant, mais la peur de m’endormir pour de bon et de ne pas pouvoir monter dans l’avion pour l’Indonésie me rend nerveux et ce sont de mauvais rêves, entre deux sommeils, qui me maintiennent éveillé, et peut-être en vie aussi. Je déteste cet aéroport qui n’est qu’une immense vitrine de luxe, à l’image de la ville et de ces états du Golfe qui ne comptent que sur leur image pour attirer un certain type de clientèle que je n’aimerais pas croiser. Deux cachets ont raison de ma migraine et de tout ce qui l’accompagne.

Indonésie - jour 1 - 04 - Dubaï

Mon escale est terminée et l’avion descend enfin sur Jakarta dans l’air du soir, avec des tremblements de satisfaction, ou de terreur, sur un tarmac détrempé ; l’avion gronde, supplie, la grosse bête qu’est l’A380 arrive enfin à se poser en ayant procuré quelques belles suées au voyageur, et peut-être aussi au personnel navigant.

La première chose que je fais en arrivant à Jakarta, c’est filer aux toilettes pour me changer, passer quelques vêtements légers ; la climatisation du terminal fonctionne bon an mal an et j’ai besoin de me faire absorber par l’air ambiant. Je transpire non pas de chaleur mais comme si déjà j’étais pris dans les griffes d’un mal sordide, une fièvre tropicale débilitante alors que je ne suis même pas encore sorti en ville. Une fois encore, je me trouve en transit. Je n’aurais pas l’occasion de voir Jakarta puisque j’attends un autre avion pour me rendre à Denpasar, aéroport de Bali. J’avais imaginé qu’en arrivant le soir à Jakarta, je n’aurais qu’à attendre patiemment dans un petit coin de l’aéroport sur des sièges confortables que le temps passe en dormant un peu sur les sièges confortables d’un salon climatisé ; c’était sans compter que Soekarno-Hatta fait figure d’aéroport provincial, un tantinet campagnard. Rien à voir avec un Suvarnabhumi au mieux de sa forme. Rien ne se passe forcément comme on l’avait imaginé.

Indonésie - jour 1 - 06 - Aéroport de Jakarta

Il est plus de 23h00 et la vie commence à ralentir dans le petit aéroport. Dans les espaces fumeurs à l’extérieur, là où les taxis attendent leurs clients, chacun de ceux qui m’approchent ont du mal à comprendre que je ne veux pas de taxis et je suis obligé de me justifier à chaque fois que je reprends un avion le lendemain. Tous comprennent en acquiesçant et disent « Ah !! Denpasar !! ». Eh oui. Une odeur de clou de girofle baigne l’air moite, partout où les hommes fument. Ce sont les kreteks, des cigarettes fabriquées ici et qui supplantent tout le marché du tabac dans le pays. Aromatisées aux clous de girofle, parfumées d’une sauce sucrée qui rend le filtre étrangement délicieux, elles produisent un petit crépitement lorsque brûlent les clous, ce qui leur donne leur nom, comme une onomatopée dont les Indonésiens sont friands. L’air est pesant, il vient de pleuvoir, l’humidité est à son maximum et la chaleur étouffante même après la pluie diluvienne qui vient de s’abattre. Dans la lumière jaune de la nuit illuminée par les lampadaires, je profite de ces premiers instants sur ce continent nouveau pour admirer les visages burinés et bruns des hommes portant le songkok, les robes bigarrées des femmes portant toutes le voile, la rondeur charmante des visages d’enfants et chez chacun cet air un peu débonnaire qui traduit une certaine manière de conduire sa vie. Ce premier contact avec les Indonésiens me ravit ; ils ont tous l’air si gentils.

Je m’arrête dans un petit restaurant près des arrivées pour dîner d’un Ipoh lun mee, une sorte de bouillon dans lequel flottent des nouilles plates et de la viande hachée que je ne saurais pas identifier. Les épices me brûlent le gosier, mais j’ai tellement faim et suis si fatigué que je pourrais manger mes doigts sans m’en rendre compte. Dehors, la patrouille aéroportuaire passe dans une espèce de taxi 4×4 qui pousse d’étranges gloussements que des types assis par terre imitent en se marrant. J’essaie vainement de trouver un siège libre pour me poser et dormir un peu, mais tous les fauteuils sont assaillis par des familles entières ; le sol est suffisamment sale pour que je n’ose pas m’y allonger. Finalement, je trouve un petit hall climatisé près de la porte de la mosquée de l’aéroport où je pose ma valise sous le regard amusé d’une famille qui doit s’étonner de voir un occidental partager le même espace qu’eux. Je pose ma valise et tente de trouver une position allongée pas trop douloureuse pour mon corps osseux et fourbu de fatigue. M’endormir est à la fois un pari et un danger ; j’ai juste besoin de récupérer un peu avant de repartir et la peur de m’enfoncer dans un sommeil trop profond serait l’assurance pour moi de rater ma correspondance, alors je m’abandonne quelques instants dans un sommeil de surface, en léger éveil, afin de pouvoir réagir rapidement… Je dors peut-être une heure, une toute petite heure à la fois longue et difficile, avant de me reprendre et de me diriger vers les comptoirs d’enregistrement encore fermés. Après tout s’enchaîne ; le visage charmant des hôtesses à l’enregistrement, les orchidées blanches posées sur les comptoirs, les longs couloirs vides et les rangées de trolleys qui n’attendent visiblement personne, les boutiques duty-free fermées, les colonnes de bois soutenant un toit pentu, les lustres en bambou et papier et les orchidées de toutes les couleurs, raffinées, les distributeurs de billets étincelants et les premiers tableaux d’affichage des vols égrenant des noms de villes dont je n’ai jamais entendu parler… Balikpapan, Pekanbaru, Kualanamu… Plus qu’un bout du monde, j’ai l’impression d’être dans un autre monde, étranger perdu, incongru parfait, presque totalement hors-propos. L’espace de l’aéroport me permettant d’attendre mon avion pour Denpasar n’est pas climatisé mais réfrigéré. Il faut compter encore une bonne heure avant que la porte ne soit ouverte ; impossible de s’assoupir dans un froid pareil et surtout dans ce hall où les enfants crient comme s’il était quatre heures de l’après-midi et où chacun vit sa vie sans se préoccuper de l’autre. Étonnamment, il n’y a pas un seul Occidental à l’horizon.

Indonésie - jour 1 - 10 - Aéroport de Jakarta

Changement de décor. Denpasar, sur l’île de Bali, aéroport international sans intérêt, ville à la fois cosmopolite et sans charme, entièrement tournée vers la mer. Ce n’est qu’une escale éloignée de plus d’une heure d’Ubud que je rejoins avec un taxi qui ressemble plus à un van délabré. La route qui mène jusqu’à Ubud est droite, large et dangereuse, tout le monde y roule à une allure excessive ; je n’en retiens que les premiers paysages de rizières qui s’étendent à perte de vue, les maisons si caractéristiques avec leur enceinte et les portails monumentaux taillés dans cette pierre volcanique sombre, les vendeurs de statues hindoues et de paniers regroupés en corporations sur le bord du chemin, derrière les parapets. Je suis tellement exténué que je ne vois plus rien, le chauffeur de taxi sachant exactement où je vais, je n’ai plus à me préoccuper de rien et je m’effondre dans un sommeil lourd que même la beauté du paysage et la nouveauté du lieu n’arrivent à pas faire taire. Je m’endors dans les cahots de la route pour me retrouver encore plus éteint sur une route de campagne défoncée, dans les rizières, à la plus extrême pointe du monde connu… quelques kilomètres plus loin et l’on arrivait dans des lieux qui n’apparaissent sur aucune carte… Un peu plus et je sombrais dans le chaos.

Indonésie - jour 1 - 16 - Ubud

En tirant ma valise sur le chemins de terre qui borde des champs de riz, je me demande ce qui m’attend…

Des monstres et des démons à Bali : Barong au Pura Penataran Kloncing

Des monstres et des démons à Bali : Barong au Pura Penataran Kloncing

S’il est un personnage emblématique de Bali, c’est bien le barong. Représenté sous la forme d’un personnage monstrueux, portant un masque de lion et habité par deux personnes, une portant le masque, l’autre portant le corps, il est le Banaspati rajah, le seigneur de la forêt et son origine remonte avant l’arrivée de l’hindouisme sur l’île de Bali, au temps où les cultes animistes étaient bien ancrés. Le spectacle lui-même comporte plusieurs tableaux, dont un legong, et une place importante est laissée à la danse du keris, arme sacrée qu’on connaît plus volontiers sous le nom de kriss malais, et dont la lame est chargée d’une puissance sacrée censée protéger son détenteur. La symbolique très forte du spectacle de barong est centrée sur la lutte entre le bien et le mal, métaphoriquement habitée par Barong d’un côté, et la sorcière Rangda de l’autre. Dans les spectacles non destinés aux touristes, la danse occasionne la transe des protagonistes.

Barong au Pura Penataran Kloncing - Ubud - Bali - 4

Barong au Pura Penataran Kloncing - Ubud - Bali - 7

Barong au Pura Penataran Kloncing - Ubud - Bali - 11

Barong au Pura Penataran Kloncing - Ubud - Bali - 6

Le masque de Barong est lui-même chargé d’une puissance spirituelle très forte et on le trouve généralement protégé à l’intérieur de l’enceinte des temples, à un emplacement bien précis, sous un toit de chaume pour le protéger de la pluie. Celui du Pura Taman Kemuda Saraswati est visible lorsqu’on visite le temple.

J’ai assisté à ce spectacle dans la cour d’un petit temple donnant sur un carrefour, un soir où je me suis fait accompagner par un des garçons de l’hôtel sur son scooter. Immanquablement, la vie au-dehors du temple continue. Pendant près d’une heure et demie, les danseurs enchaînent les tableaux à l’entrée du Pura Penataran Kloncing, dans une atmosphère chargée de spiritualité.

J’ai été particulièrement impressionné par la beauté de ces femmes balinaises dont l’expertise dans la danse est flagrante ; il n’y a qu’à voir leur corps convulsés, raides et graciles, leurs mains prendre des postures expressives ne serait-ce qu’en bougeant un seul doigt, leur regard changer d’expression d’une seconde sur l’autre, leurs pieds se tordre dans un ballet millimétré. L’une d’elles occupant le rôle d’un prince était particulièrement belle et troublante.

Retour sur cette soirée magique, en images, sons et vidéo. La vidéo dure 14’55”, les enregistrements audio couvrent la totalité du spectacle, soit exactement 81’39”. Avec le spectacle de legong au Palais d’Ubud, ce sont les deux spectacles que j’ai intégralement enregistrés.

Danses princières : Legong au Palais d’Ubud

Danses princières : Legong au Palais d’Ubud

Je crois que je suis arrivé à Ubud un peu par hasard. Pourquoi cette ville en particulier et pas les plages pleines de surfeurs, battus par les vents et les vagues ? Parce que la mer n’est pas si clémente que ça dans cette partie du monde et j’ai préféré être au cœur de l’île et pouvoir y trouver là une base arrière un peu au centre de tout. Quant aux spectacles des cérémonies musicales, on ne peut vraiment arriver ici et ne pas se laisser happer par le charme étrange que dégagent ces orchestres musicaux jouant du métallophone dans un rythme endiablé, avec une rigueur incroyable et pendant de longues heures. Promenez-vous à Ubud le soir et vous ne manquerez pas d’entendre les orchestres jouer dans la fièvre et le moiteur des ténèbres.

Le Palais d’Ubud est réellement central dans la ville, au carrefour où l’on trouve le marché, l’ancien office du tourisme qui est en train de tomber en ruine, et le musée d’art moderne. On hésiterait presque à y entrer, car on voit bien que l’enceinte comprend des bâtiments où doivent vivre des notables. J’ai cherché des informations sur cette enceinte, mais je n’ai rien trouvé de pertinent. Il me semblait pourtant avoir lu quelque part qu’un sultan vivait là, même si son pouvoir était parfaitement réduit et dilué dans une démocratie naissante étendue entre dix-sept mille îles sur plus de 6 000 kilomètres.

On s’étonnera de la taille relativement réduite de ce bâtiment qu’on appelle palais, car rien ne le distingue réellement des autres maisons du centre, si ce n’est qu’on trouve à son entrée deux gardes de pierre, deux monstres vêtus de sarong et d’un morceau de tissu noué autour de la tête. Les étoffes changent a priori tous les jours. Partout sur les murs, ce ne sont que têtes de monstres grimaçants, singes riant, corps de femmes surmontés d’un visage horrible, tirant une langue démesurée retombant sur une poitrine opulente, dragons aux doigts ouverts en éventail, bêtes étranges descendant des murs la tête en bas. Tout un monde onirique et terrifiant.

Le soir venu, c’est dans ce décor princier que prennent vie des ombres assises sur le sol derrière leurs imposants instruments. Composés de lames de métal épais, des hommes en uniformes clinquants, sarongs et tissu noué sur la tête, commencent à caresser brutalement les touches avec mailloches et autres tiges de bois dans une symétrie absolument parfaite. Rien ne dépasse jamais.

Les femmes, sublimes danseuses vêtues d’or et de fleurs tressées, avancent dans une chorégraphie raffinée, mouvant leurs doigts dans des convulsions extatiques et faisant prendre à leur visage les plus étranges expressions, passant dans la seconde de la crainte la plus sombre à la joie extrême. Le rire et les larmes passent sur leur visage magnifique, car ces femmes ont la particularité, en dehors du fait qu’elles soient maquillées et apprêtées pour l’occasion, d’être vraiment très belles. Leur visage est d’une beauté stupéfiante et leur grâce fait d’elles de réelles déesses empreintes d’un savoir qui ne se perpétue qu’ici, sur l’île des Dieux.

Voici à nouveau un carnet sonore datant de février 2014, accompagné de photos plus belles que je n’aurais pu les prendre et d’une vidéo montrant réellement en quoi consiste le Legong balinais, une vidéo bien mieux montée que je n’en suis capable… En route pour le Legong.

Legong - 1934 - Anna Northcote (Severskaya), Private Collection

Danseuses de Legong – 1934 – Anna Northcote (Severskaya), Private Collection – Sur le site de Michelle Potter

Danseuse de Legong au Palais d'Ubud

Danseuse de Legong au Palais d’Ubud – Photo © Jorge Dalmau

Danseur de Legong à Ubud - Photo © Matt Palsh

Danseur de Legong à Ubud – Photo © Matt Palsh

Danseuse de Legong - Photo © Alberto

Danseuse de Legong – Photo © Alberto

Indonésie sonore #3 Bruits de la nuit et de la route

Indonésie sonore #3 Bruits de la nuit et de la route

De mes escapades nocturnes sur l’île de Bali, j’ai ramené l’âme de la nuit et de la nature. Si les campagnes sous nos latitudes sont loin d’être silencieuses, les nuits balinaises sont de véritables concerts paradisiaques et inquiétants, où la voix des insectes se mélangent à celle des crapauds en plein ébats amoureux, où l’eau est omniprésente, ruisselante, suintante, dégoulinante, remplissant des vasques servent à alimenter des rizières surchargées. Il suffit de croiser au détour d’un chemin le masque grimaçant d’un dieu sauvage à tête de singe ou de dragon, ou une fontaine représentant Ganesha, le Seigneur des Catégories, au mieux de sa forme, puissant et débonnaire, assis sur une fleur de lotus ruisselante, pour savoir qu’ici la nuit a des vertus hallucinogènes. Un léger coup de fatigue vous tourmentera bien plus que la plus puissante des drogues et vous vous retrouvez bien vite plongé dans le mysticisme de l’hindouisme, en pleine forêt tropicale.

Apprenons à écouter la pluie qui tombe drue, les crapauds qui s’adressent des compliments d’une rizière à l’autre, des coléoptères impossibles à identifier stridulant au point parfois d’incommoder le promeneur nocturne tellement le son est puissant. Écoutons aussi, le temps d’une journée grise et chaude, les conversations des deux chauffeurs de taxi qui ne connaissent leur île qu’approximativement et qui, j’en suis persuadé, se paient votre tête alors que vous vous demandez dans quelle embuscade vous allez encore tomber, lorsque tout à coup, on fait un demi-tour sportif en plein milieu d’une route étroite entourée de ravines pleines d’eau. On s’entend dire dans un anglais approximatif qu’il y a un barrage policier sur la route et qu’on fait un long détour pour vous protéger de la police corrompue, alors qu’en réalité c’est surtout leur peau tannée qu’il essaie de sauver (problème de licence ?).

Il faut savoir qu’Ubud est un village, très étendu, que les distances, si sur la carte ne paraissent pas si éloignées, sont en fait très grandes. Mais pour éviter les routes — personne ne songe vraiment ici à aller d’un point à un autre autrement que motorisé — il existe des petits chemins qui traversent parfois les jardins des hôtels, longent les rizières dans une nuit noire, parfois s’arrêtent puis reprennent. C’est dans ces moments nocturnes (on se couche tôt à Bali, le soleil aussi) que je me suis perdu dans la nuit pour capturer tous ces petits sons qui sont autant de souvenirs bien plus vivants parfois que de simples photos.

Ganesh

Singe dans la forêt des singes

Petit singe

Palais d'Ubud

Indonésie sonore #2 Des monstres avec une fleur à l’oreille

Indonésie sonore #2 Des monstres avec une fleur à l’oreille

L’Île des Dieux. C’est ainsi que Bali se définit. La religion y est partout présente et nulle part ailleurs au monde on ne ressent si fort la présence des forces divines au travers de la nature. Bénie entre toute, la petite île à la végétation luxuriante bénéficie d’un climat tropical et océanique propice à la prolifération de multiples espèces, d’arbres gigantesques, de mousses qui n’hésitent pas à coloniser le moindre petit espace pourvu qu’il y ait du soleil, de la chaleur et de l’humidité, profitant des constructions en pierre volcanique pour s’accrocher et coloniser encore et encore. Un paradis pour le règne végétal, dont les Dieux se sont emparés pour s’y installer. Pas étonnant que dans cette enclave hindouiste dans un chapelet de plus de 17 000 îles où l’islam règne en maître sur 90% de la population, se soit vue attribuer cette appellation qui n’a pas besoin d’explication pour comprendre.

Monstre grimaçant à Ubud

Voici un nouveau parcours sonore datant de février 2014, exclusivement réalisé à Bali, regroupant les ambiances sonores de la petite ville d’Ubud où j’étais installé, et les deux étapes sacrées aux yeux des Balinais : la sainte source du Pura Trita Empul de Tampak Siring et le temple de Gunung Kawi.

01 – Premier jour à Ubud (1’20”)

Arrivée à l’hôtel, au bout d’un chemin qu’on ne peut emprunter qu’à pied, au bout d’une rizière. Un bonheur indescriptible dans cette grande chambre toute simple où dès le premier soir, il pleut des trombes dans la touffeur d’une journée intense. Pluie, oiseaux, insectes, vent, la nuit indonésienne ne semble pas perturbée par les éléments, tout y chante dans un concert désordonné et majestueux.

[audio:indo/01_UBUD.mp3]

02 – Les insectes et les oiseaux (1’00”)

Un concert improbable qu’on ne croirait possible qu’au cœur de la jungle. Mais non, nous sommes ici en pleine ville. Les chiens y aboient de temps en temps, histoire de donner le change et de ne pas trop dépayser. Parfois une moto, une voiture, le vent dans les larges feuilles des palmiers, et toujours cet arrière fond sonore, omniprésent.

[audio:indo/02_UBUD.mp3]

03 – Bruits de la rue à Ubud (1’00”)

Il s’y passe à la fois tout et rien. On parle ici la langue unifiée Bahasa Indonesia. Dans la rue, lorsque vous avez l’audace de prononcer deux ou trois mots d’indonésien, il n’est pas rare qu’on vous demande en retour “do you speak bahasa ?“. Des bribes de conversations auxquelles on ne fait même plus attention et qu’il faut savoir capter comme de petites pépites ; voici l’âme d’Ubud.

[audio:indo/03_UBUD.mp3]

04 – Des oiseaux et du vent dans les mobiles (0’42”)

On trouve partout ces petits mobiles en cannes de bambous qui se font chahuter par le vent et qui donnent à l’air une constante sonorité renouvelée. Les sons ne se ressemblent jamais. Chacun forme un ensemble qui se joue comme un symphonie à la fois complexe et d’une simplicité mystique.

[audio:indo/04_UBUD.mp3]

05 – Des oiseaux partout (0’46”)

Si on ferme les yeux et qu’on ne sait pas qu’on est à Bali, on pourrait presque croire qu’on se trouve dans la campagne française avec ses tourterelles et ses petits bruits anodins. On est ici bien loin de Bali, peut-être à Chaumont-sur-Tharonne, en Sologne ou dans le Perche…

[audio:indo/05_UBUD.mp3]

06 – Entrée dans la pharmacie (0’10”)

Inévitables coups de soleil sous un ciel d’une traîtrise incroyable. Le passage par la pharmacie pour calmer la morsure est obligé. Pas de Biafine ici, pas de crème apaisante, on traite ici la cuisante attaque par des baumes à l’Aloé Vera d’une redoutable efficacité.

[audio:indo/06_UBUD.mp3]

07 – Grosse averse du matin (1’00”)

Le matin, parfois, le ciel déverse des tonnes d’eau sur la planète. Ce qui est vraiment sans conséquence tant que la température ne change pas et que le soleil revient dans la minute qui suit… Juste histoire de doucher la végétation…

[audio:indo/07_UBUD.mp3]

08 – Clochette votive au Pura Tirta Empul, à Tampak Siring (1’20”)

Changement de décor. Nous sommes ici à Tampak Siring, un haut-lieu de la spiritualité balinaise. Pura Tirta Empul est un ensemble de temples et de fontaines sacrées construite autour d’un lieu parfaitement singulier. Autour d’une source bouillonnante sortant de terre au beau milieu d’un enclos, d’autres bassins déversent l’eau de la source sacrée dans une ambiance à la fois solennelle et joyeuse. Un peu en retrait, un homme jeune tout vêtu de blanc sous un petit temple en toit de branchages fait tinter une clochette dans une attitude méditative qui force le respect et l’admiration. Derrière lui, deux femmes se recueillent dans une posture d’offrandes. Un moment à la fois troublant et plein d’une sagesse confondante, à mille lieues de l’agitation d’Ubud. On peut presque sentir le souffle de Vishnu, maître de lieux.

[audio:indo/08_TAMPAKSIRING.mp3]
Clochette votive à Tampak Siring

Clochette votive à Tampak Siring

Pura Tirta Empul

Pura Tirta Empul

09 – Mobiles d’eau au Pura Tirta Empul à Tampak Siring (1’50”)

A l’abri de la foule, toujours au Pura Tirta Empul, dans un jardin d’eau exploité par des paysans qui ont certainement en charge l’entretien du temple, à l’écart et loin des regards, on trouve une mare dans laquelle coule l’eau de la sainte source. Quelques mobiles en bambou se remplissent d’eau, se déversent à un autre étage et le mobile en remontant, fait un tac creux enchanteur et qui semble ne jamais s’arrêter. Encore une manière de faire confiance à la nature.

[audio:indo/09_TAMPAKSIRING.mp3]

10 – Fontaine à Gunung Kawi (0’56”)

Gunung Kawi

Gunung Kawi

On change encore de décor. A quelques kilomètres du Pura Tirta Empul se trouve le mystérieux temple de Gunung Kawi, perdu au fond d’une vallée, au beau milieu des rizières. Huit énormes stupas creusés dans la falaise de chaque côté de la rivière se font face, dans une atmosphère hautement sereine, désertée des touristes, à tel point qu’un homme avait délié son sarong pour se baigner nu dans la rivière en contrebas.

[audio:indo/10_GUNUNGKAWI.mp3]

11 – La rivière et le chant du coq à Gunung Kawi (0’47”)

Au pied de la rivière qui coule, on entend un coq chanter alors que le soir approche…

[audio:indo/11_GUNUNGKAWI.mp3]

12 – La rivière et le mobile à vent (0’47”)

Le vent se lève et un mobile s’agite avec le bruit de la rivière à l’arrière. Frénétique, extatique, un petit personnage joue de la hache et le mécanisme de bambous s’agite…

[audio:indo/12_GUNUNGKAWI.mp3]

13 – Jeune fille apprenant la musique à Gunung Kawi (0’23”)

Rue enfumée de Gunung Kawi

En remontant jusqu’à la voiture, j’entends une musique légère tandis que dans la rue, une fumée épaisse se répand et pique le nez. On brûle les feuilles mortes et ses ordures de la journée juste sur le pas de sa maison.  Le soleil passant au travers des frondaisons des arbres et de la fumée teinte la fin de journée d’une lumière irréelle. Je savoure ce doux instant en écoutant la petite jeune fille qui apprend à jouer sur un gambang sous l’œil inquisiteur de son maître… Magie d’un instant inoubliable.

[audio:indo/13_GUNUNGKAWI.mp3]

14 – Jeune fille apprenant la musique à Gunung Kawi, un chien et une moto (1’14”)

Rue enfumée de Gunung Kawi (moto)

Le paradis n’est pas immaculé. S’il n’y avait pas ces petits sons à côté, ces motos qui traversent le paysage, toutes ces choses qui sont autant de petites pollutions, le paradis serait un enfer de perfection…

[audio:indo/14_GUNUNGKAWI.mp3]
Indonésie sonore #1 CDG ✈ DPS

Indonésie sonore #1 CDG ✈ DPS

Prendre l’avion est toujours pour moi une angoisse pas possible. Les longs voyages m’épuisent, même si je suis bien évidemment toujours heureux de me dire qu’au bout je me réveillerai dans un autre pays, peut-être à l’autre bout du monde. Mais voilà, je déteste être coincé 7 heures ou plus dans une carlingue volante, d’autant que je ne sais pas dormir assis et que le moindre bruit me réveille. En général, j’attends mon plateau repas que j’engloutis avant de fermer l’œil. Pour la première fois, je suis parti en emportant mon enregistreur, à l’affût de la moindre cocasserie — autant dire qu’elle n’arrive pas souvent, ou alors bien avant qu’on ait eu le temps de sortir l’instrument.
J’ai tenu à enregistrer une partie de mon voyage jusqu’en Indonésie, pour me replonger dans cette ambiance si particulière propre aux aéroports, aux salles d’attente ou aux abords des files où passent les taxis qui vous interpellent à grands coups de klaxons et c’est toujours avec plaisir que je ferme les yeux en écoutant l’avion décoller ou l’ambiance dans l’aéroport.

Détails du vol Paris-Dubaï-Jakarta-Denpasar :

  • 21h15 CDG ✈ DXB 6h45
  • 10h45 DXB ✈ CGK 21h55
  • 5h40 CGK ✈ DPS 8h45

Voici mes notes prises en vol, ou dans l’attente, faute de faire autre chose. Je sais toujours très bien m’occuper.

Mauvais moment dans l’avion, impossible de dormir à cause d’une migraine tenace. J’ai tour à tour eu chaud, envie de vomir, d’aller au toilettes et une soif atroce. En gros, je me suis endormi quand l’avion a tourné au-dessus de Dubaï, comme d’habitude.

L’aéroport de Dubaï n’est qu’une immense vitrine, un centre commercial géant d’où accessoirement décollent quelques avions, où travaillent des Chinois et des Pakistanais sous-payés. Le Heineken Lounge cible une certaine population qui s’y reconnaît bien. Le duty free est foncièrement cher et un café et un jus d’orange me reviennent à 8 euros ; on me rend la monnaie en dirham des Émirats Arabes (AED) dont je ne sais que faire.

L’atterrissage a été compliqué, et sur une grosse bête comme l’A380, ça fait du bruit.

En attendant l’avion, j’ose à peine m’endormir, de peur de ne pas me réveiller. Je commence à flancher. J’ai fini par dormir une demi-heure à deux pas de la porte d’embarquement. Pour la première fois, je vois des Indonésiens, des visages différents, des gens au visage brun, portant le calot national, le songkok.

L’avion a du retard aussi au départ. A chaque fois à Dubaï, quelque chose ne tourne pas rond, à part les avions qui attendent d’atterrir. Leur aéroport est énorme, n’accueille que des vols internationaux sur Emirates et QA, d’immenses salles d’attente sont complètement vides, mais ça bouchonne toujours sur le tarmac.

L’annonce au micro dans l’avion est faite en bahasa, et pour la première fois depuis que je vole sur cette compagnie, je vole dans un avion vide. Business class fermée, éco remplie au deux tiers. Certains s’offrent quatre places pour dormir. Je ne saurais dire combien de temps j’ai dormi dans ce Boeing 777 mais ça reste strictement anecdotique.

Finalement, j’ai quand-même réussi à me reposer un peu et j’ai pris le parti de ne me fier ni à l’heure ni au jour, mais à la fatigue. Pour l’instant, tout va bien, je ne me sens pas épuisé. L’idée d’arriver en Indonésie me fait bizarre, tout y sera nouveau pour moi, à découvrir, peut-être un peu pittoresque. Il paraît que l’aéroport de Jakarta est un peu… rustique. Je vais y passer la nuit, je verrai bien.

Pendant une bonne partie du voyage, l’appareil est balloté dans tous les sens. On traverse un sacré orage, même les hôtesses n’en mènent pas large.

Des gens habillés dans un beau blanc, des femmes voilées, des songkok, des barbes. Des visages agréables. Je me suis fait un pote d’un type qui venait d’Arabie Saoudite et qui ne savait pas remplir son formulaire d’immigration, il m’explique dans un anglais approximatif qu’il ne connait que l’alphabet arabe. Du coup, c’est moi qui lui remplit sa carte. C’est quand-même un peu drôle comme situation. Il me demande si je suis Américain ou Canadien, un peu sur la défensive, mais quand je lui dit que je viens de France, il a comme l’air soulagé. Il s’appelle Nader et me remercie chaleureusement de l’avoir aidé et me serre la main. Il finit par me dire “good french…”

Arrivée à l’aéroport. Il fait lourd, la climatisation n’est pas à fond, loin de là. Tracasserie du visa à payer en dollars, puis attente pour les papiers à la douane. Les types ont vraiment des sales gueules, me demandent d’où je viens. France.

Je suis en transit dans l’aéroport, mais en dehors de l’aéroport, sous les néons jaunes du hall. Je suis harcelé par les taxis et les porteurs mais maintenant j’ai la technique. Ils sont gentils et prévenants, même s’ils essaient de m’emmener dans un hôtel pas cher. Je m’étais dit que la première chose que je ferai en arrivant, ce serait fumer un cigarillo. Un taxi s’assoit à côté de moi, il essaie de m’embarquer dans son manège, mais je lui propose un cigarillo qui lui cloue le bec, il a l’air heureux, un peu surpris tout de même. Il a vraiment l’air sympa, et n’insiste pas. Mon premier contact avec cet Indonésien me fait oublier un peu les Thaïs.

Diner dans un bouiboui cher où je mange un Ipoh lun mee, je ne sais pas ce que c’est, c’est impossible à décrire, c’est gras et ça ressemble à des ramens.

Soekarno ne ressemble à rien de ce que je connais. Samui qui est plus petit est aussi plus moderne. On est loin de Suvarnabhumi qui est à la pointe de la modernité. Ici, c’est un vaste hall en longueur dont le toit imite l’architecture balinaise en bois, mais le tout est hétéroclite et un peu sale. Je ne pense pas pouvoir entrer dans la zone d’embarquement avant 3h00. Dehors, la patrouille aéroportuaire passe dans une espèce de taxi 4×4 qui pousse d’étranges gloussements que des types assis par terre imitent en se marrant.

Une petite salle fait office de mosquée. J’aurais dû me convertir à l’islam pour aller dormir sur les coussins moi aussi

L’odeur humide, les insectes, les éclairs dans le ciel orageux, les hauts-parleurs qui crient leurs annonces, les sirènes des voitures de police, les chats qui se battent.

Arrive 3h10 après un somme sur un banc en pierre, le seul que j’ai trouvé est dans la zone fumeurs. Je me suis finalement replié dans une salle climatisée, avec des familles indonésiennes qui l’air de rien me regardent avec circonspection, tout en souriant ; je m’installe à côté d’eux et tente de fermer l’œil, la tête posée sur la bouche de la clim, un coup à attraper la mort. Un type ronfle à en faire trembler les vitres.

Enregistrement au comptoir de Garuda Airlines. Tous les comptoirs ont une orchidée blanche, les employées sont toutes voilées, vêtues de turquoise.

Le type du contrôle me parle en bahasa, mais j’ai beau faire des efforts, je ne comprends pas. Il chante tout seul entre deux passagers.

Je mange un Roti’O (“savour hard to describe”, on dirait quelque chose comme notre tourteau au fromage, sauf que c’est aromatisé au café), l’aéroport se remplit, il a plus de gueule dans la zone d’embarquement que dans la zone d’attente. J’arrive dans une salle carrée magnifique, les employées ne sont plus voilées passés les contrôles. Les éclairs illuminent le ciel où le soleil pointe le bout de son nez. Il a plu fort sans que je m’en rende compte.

La suite, c’est à Bali.