Villard de Honnecourt nous vient tout droit du début du XIIIè siècle, de sa Picardie natale. Sa profession était magister latomus, c’est-à-dire maître d’œuvre, profession dans laquelle on reconnaît le titre de dessinateur, architecte, chef de chantier et compagnon du devoir. Villard n’avait en soi rien d’exceptionnel, si ce n’est que l’homme était un voyageur, un artiste et certainement une personne reconnue dans la profession des bâtisseurs de cathédrales, mais il nous a laissé un témoignage de son art dans son carnet, car l’homme était dessinateur de talent, laissant une trace des monuments qui lui ont plu, expérimentant diverses techniques pour dessiner les proportions d’un corps humain ou appliquer des moyens mnémotechniques. On y trouve également des recettes, des planches naturalistes et des scènes religieuses.
Le carnet contenait à l’origine une centaine de pages au format 14×22, mais il n’en reste plus qu’une soixantaine aujourd’hui, parfaitement conservés à la Bilbiothèque Nationale de France. Continue reading
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Nova Palmae
Le 7 octobre 1593, est fondée une ville pour commémorer la victoire de la République de Venise sur l’Empire Ottoman à la bataille de Lépante. Le 7 octobre est également le jour de la Sainte Justine, sous le patronage de laquelle la ville de Palmanova est placée .
Son plan en étoile à neuf branches, calqué sur le modèle bastionné du tracé de fortifications à l’italienne, utilise les dernières innovations en matière d’architecture militaire et inspirera bon nombre de constructions ultérieures, et nombre d’architectes, dont un certain Vauban. L’auteur de cette perle qui, vu du ciel, est un pur témoignage d’harmonie architecturale est un certain Vincenzo Scamozzi (portrait d’une exceptionnelle beauté peint par Veronese ci-dessus), qui en plus de son activité d’architecte était également scénographe pour le théâtre. Une de ses plus belles créations est le Teatro all’Antica de Sabbioneta.
Aujourd’hui, la ville n’a quasiment pas changé de physionomie.
Bâoli
Cette curieuse structure portant le nom étrange de bâoli(1) est en réalité un puits à degrés. Celui de Chand en est un exemplaire assez surprenant car situé dans une région semi-désertique, arrosée pendant trois mois de l’année par la mousson, il est planté au milieu d’une ville de moyenne importance, portant le nom de Abhaneri. La construction datant du IXème siècle, comporte en tout 3500 marches sur 13 étages, pour une profondeur de 30 mètres et n’est pas qu’un simple puits destiné à récolter les eaux de pluie ; il sert également de réservoir pour l’irrigation des plaines et certainement accessoirement de lieu de repos rafraîchissant. Ce qui est étonnant, c’est qu’en plus d’avoir une forme de pyramide inversée, sa structure présente des marches disposées de telle sorte à reproduire le même motif géométrique mais à l’envers. La fonction esthétique est très certainement soutenue par une fonction symbolique, voire religieuse, mais il est difficile de la déterminer de nos jours, même si on se doute que ces bâolis jouent un rôle dans les ablutions rituelles hindoues.
On trouve surtout ces monuments en forme de ziggourats inversées dans l’ouest de l’Inde, là où le climat est chaud et humide.

Bâoli de Chand, Abhaneri

Bâoli Adalaj Vav
Localisation du bâoli de Chand sur Google Maps.
Notes :
(1) bawdi (Hindi: बावड़ी), baoli (Hindi: बावली), vaav (Gujarati: વાવ)
Mots d’un vocabulaire oublié V
Avertissement: billet à haute teneur en mots rares et précieux, sauvés de l’oubli.
Douelle
C’est le parement intérieur d’un arc, qu’on désigne aussi sous le nom d’intrados. Dans une voûte, chaque claveau possède sa douelle. A est la douelle du claveau représenté fig. 1.
Empyrée
Vient du grec empyros, έμπυριος (embyrios) signifiant qui est enflammé, dérivé de πυρ (feu)
Partie du ciel la plus élevée, que les anciens regardaient comme le séjour des divinités célestes.

Bosch Hieronymus, vers 1450-1516. “LES VISIONS DE L’AU-DELÀ: L’ASCENSION VERS L’EMPYRÉE”,
détail. 1500-1504. Dernier des 4 panneaux, 87×40 cm. Huile sur bois. Venise, Palazzo Ducale.
Enfeu
Déverbal de enfouir. Un enfeu est une tombe encastrée dans l’épaisseur du mur d’un édifice religieux (église, cimetière). Il était généralement réservé aux nobles.
Il peut être superposé. Des gisants peuvent figurer en dessous ou au-dessus. Plusieurs niches peuvent montrer le défunt à différents moments de sa vie. Des saints peuvent aussi y figurer.

Enfeu dans un prieuré dominicain, Athenry, County Galway, Edwin Rae
Escoperche (ou écoperche)
Vieux français : escot : « rameau » et de perche.
- (Arts) Perche qui, dans un échafaudage, soutient des perches ou planches horizontales.
- (Bâtiment) Grande perche verticale d’échafaudage en bois ou en acier munie d’une poulie, servant à élever des matériaux de construction.
Perche ou baliveau posé verticalement pour soutenir les boulins d’un échafaud de maçon (voy. Échafaud). L’escoperche est aussi une pièce de bois munie d’une poulie à son extrémité supérieure, et qu’on attache au sommet d’une chèvre pour en augmenter la hauteur ou lui donner plus de nez.

Imposte
Dans l’architecture classique maçonnée :
- Une imposte est une pierre saillante (généralement dure) qui forme le couronnement du piédroit d’un arc (l’imposte est au piédroit ce que le chapiteau est à la colonne). Cette pierre est généralement moulurée selon les ordres architecturaux.
- Le corps de moulure de l’arc (le châssis de tympan) se nomme également imposte .

Orant
Un orant (ou priant, du latin orare, prier) désigne, dans l’art religieux, un personnage représenté dans une attitude de prière, souvent agenouillé. La réalisation est fréquemment une statue en ronde-bosse ou une sculpture en haut-relief.
Associé au gisant, c’est l’un des éléments de décoration d’un tombeau ou d’un enfeu.

Tombeau d’Henri II et de Catherine de Médicis dans la Rotonde des Valois,
Basilique de Saint-Denis – Gravure d’Alexandre Lenoir (19e siècle)
Remploi
Les spolia (terme latin neutre pluriel, donc masculin pluriel en français) ou remplois ou réemplois, désignent la réutilisation, notamment sous l’empire romain tardif, de pièces et œuvres d’art de monuments romains antérieurs comme matériaux de construction dans un nouveau monument (comme par exemple l’arc de Janus, l’arc de Constantin).
Il n’est pas établi si cet usage est d’abord idéologique (retour à une gloire passée), esthétique (remploi d’œuvres d’art appréciées et ainsi sauvegardées) ou pratique (récupération d’un monument en ruine, et coût de matière première réduite).
L’hypothèse du recyclage pour des raisons économiques et pratiques est la plus probable, dans l’édification des remparts des cités romaines à partir de la fin du IIIe siècle, par la réutilisation de pierres de monuments, en particulier funéraires, bâtis à l’entrée des villes et souvent à l’abandon.
Yerebatan Sarnıcı
La Yerebatan Sarnıcı (la citerne enfouie sous terre), également connue sous le nom grec de Basilikè kinstérnè (Βασιλικὴ κινστέρνη) est un lieu étrange situé sous les pieds d’Istanbul, ou plutôt de Constantinople. On dit souvent de cette « citerne basilique » que c’est le monument, en dehors de la cathédrale Sainte-Sophie, qui mérite le plus l’attention des touristes (ce qui n’est pas forcément un label de référence). En l’occurrence, cette citerne avait exactement le même rôle que le réservoir de Montsouris à Paris. C’est l’empereur Justinien qui décida la construction en 532 de cette citerne si grande qu’on l’appelle Basilikè, afin de contenir les eaux pluviales hivernales en surabondance pour les stocker pour les périodes plus sèches. Cette spécificité du climat turc et l’absence de cours d’eau souterrain permettant l’apport suffisant en eau courante a été à l’origine du creusement de plusieurs citernes sous le sol de la ville ; on pouvait autrefois en dénombrer environ quatre-vingt dont la capacité totale devait avoisiner 900 000 m3 pour les citernes à ciel ouvert et 160 000 m3 pour les souterraine. La capacité de la citerne Yerebatan Sarnıcı, la plus importante parmi les souterraines est de 78 000 m3 (138 x 64,6 m) tandis que celle d’Aétius, à ciel ouvert, mesurait 244 m sur 85 m, pour une profondeur de 14 m environ et une capacité évaluée à 250 ou 300 000 m3.
Une des curiosités de ce lieu étrange, est l’utilisation de futs monolithiques et de chapiteaux de colonnes corinthiens en remploi. Deux des trois-cents trente-six colonnes reposent sur d’énormes blocs rectangulaires taillés représentant la gorgone Méduse. Personne ne sait pourquoi ils sont là, ni quelle est leur signification et surtout pourquoi l’un de ces blocs est renversé et l’autre de côté. On visite ce lieu parfaitement hors du commun, et dont l’ambiance donne réellement l’impression qu’on se trouve dans quelque lieu saint, avec des bottes.
Localisation sur Google Maps.
Derrière les jalis du mausolée d’Itimâd-ud-Daulâ
Dans la ville d’Agrâ, connue pour abriter sur son territoire le superbe Taj Mahal, se trouve un élégant bâtiment de marbre blanc flanqué de quatre tours hexagonales d’environ treize mètres de haut, bâti sur un socle carré posé sur la rive gauche de la rivière Yamunâ. Ce mausolée, construit par la fille de Mîrzâ Ghiyâs Beg(grand-père de Arjumand Bânu Begam, plus connue sous le nom de Mumtâz Mahal), qui avait pris le titre de pilier de l’état (Itimâd-ud-Daulâ – اعتماد الدولہ کا مقبرہ) au dix-septième siècle, est considérée comme le premier exemple d’architecture moghole(1). On estime souvent qu’il est le brouillon du Taj Mahal dans richesse ornementale et la beauté du bâtiment est soutenue par les jalis(2),des écrans de marbre finement ciselés conférant à l’intérieur une ambiance fantomatique lorsque la lumière y pénètre et par l’inclusion de pierre semi-précieuses dans les panneaux de marbre blanc à la finesse remarquable.
Localisation du mausolée d’Itimâd-ud-Daulâ sur Google Maps.
Notes:
1 – Le peuple moghol descend de Tamerlan, de tradition turco-mongole et persanisé
2 – Le jali le plus célèbre est celui de la mosquée Siddi Saiyyed à Ahmedabad, au Gujarat. C’est une version indienne du moucharabieh (mašrabīya, مشربية) arabe.
Stavkirkjes
Stavkirke, c’est ainsi qu’on nomme les églises faites de bois qu’autrefois on trouvait partout en Europe du Nord, construites avec des futs de pin sylvestre et qu’on appelait également parfois « églises en bois debout » ; Les fondations du bâtiment reposent sur des pieux (stav). Si elles sont richement décorées de motifs faisant écho à la mythologie odinique, elles sont la plupart construites sur d’anciens lieux symboliques païens. Il n’en reste plus aujourd’hui qu’en Norvège.
Sebastian Schutyser – Ermita
Sebastian Schutyser a photographié 575 chapelles romanes à travers l’Europe avec un sténopé (ou “pinhole camera”). Toutes ces structures ont pour point commun d’être des lieux construits à l’écart du monde. Un travail superbe sur l’architecture de l’humilité et de la simplicité, renforcé par le cadre simple de l’environnement de ces lieux hors du temps, hors des lieux des hommes. Tout ceci est fort bien expliqué par Geoff Manaugh sur son superbe site BLDGBLOG.
A voir également un travail superbe sur les mosquées en adobe du Mali.
Souvenirs de fractales
Commencer sa soirée en regardant le chemin tortueux de l’Alice de Tim Burton (une bien belle histoire presque antique servie par une réalisation approximative et des effets spéciaux pour le moins bâclés) et la terminer par un documentaire sur les fractales de Benoit Mandelbrot a quelque chose de surréaliste, d’autant que je me suis réveillé sur le canapé avec les images d’un documentaire sur la retraite.
Les fractales de Mandelbrot, un univers que les mathématiciens traditionnels rejettent, une nouvelle théorie qui attira à son fondateur les foudres de ses collègues scientifiques. Dans ce nouvel objet de la science, il y avait pour moi la part de mystère que des gens comme Stephen Hawking venaient de révéler, une science nouvelle qui philosophiquement, mais également pour tous les domaines de la connaissance humaine, remettait en cause les notions de finitude, introduisant la possibilité d’une part d’infini dans le fini, et pourquoi pas, l’œuvre de Dieu, Stephen Hawking qui vient d’affirmer que finalement, Dieu avait bien crée l’univers, mais selon les lois de la physique…
Je suis resté captivé par ce documentaire où Mandelbrot explique comment il a eu la première intuition concernant l’existence des figures fractales en regardant les estampes d’Hokusai. Dans la grande vague de Kanagawa, comme dans cette autre estampe nommée Fuji dans l’orage, on comprend que les motifs des vagues et des nuages sont tous identiques et que la structure de l’ensemble n’est que la répétition d’un seul motif. Hokusai avait donné à son œuvre, aux alentours de 1830, un systématisme applicable à la nature. La nature ne serait donc pas tant que ça inspirée par le chaos.
Les travaux de Mandelbrot s’appuie sur plusieurs travaux antérieurs :
Le paradoxe d’Achille et de la tortue
Zénon d’Élée, mathématicien grec, tenta de soutenir la thèse parménidienne et sophistique de la non-existence du mouvement. Pour cela il rédigea ses célèbres paradoxes selon lesquels notamment, Achille ne pourra jamais parcourir la même distance que la tortue.
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La poussière de Cantor
Figure géométrique simple, c’est la répétition d’une forme qui ne trouve pas sa place dans la géométrie euclidienne (définie comme un espace vectoriel ou de dimension finie) puisque qu’en prenant un segment 0-1, en le séparant en trois espaces égaux et en enlevant le morceau médian, on se retrouve avec une figure qui, si elle est réitérée, tend toujours vers 0, sans pour autant l’atteindre.

Le flocon de Von Koch
Figure géométrique dessinée bien avant les fractales par le mathématicien Helge Von Koch, le flocon (ou la courbe) de Von Koch est une figure dégradée sur chacun de ses segments par la représentation de l’ensemble. Contournée de manière récursive, la figure peut ainsi se reproduire à l’infini, en conservant comme motif spécifique le motif initial.

L’ensemble de Julia
Popularisés avec la publication des œuvres de Mandelbrot, les travaux de Gaston Julia étaient tombés dans l’oubli. Mandelbrot ne fera qu’étendre la définition de l’ensemble de Julia qui est une représentation graphique de la récursivité d’une équation sur son propre résultat.
Les travaux de Mandelbrot donneront lieu à la théorie des fractales. Lorsqu’il travaillait chez IBM, c’est lui qui le premier a compris d’où venaient les problèmes de transmission de données par liaison téléphone en découvrant que les signaux étaient eux-même sujets à des fluctuations dont la répétition de la fréquence était manifeste et reproductible. Il s’attacha également à tenter de comprendre comment mesurer les longueurs des côtes d’un littoral et détermina que la mesure pouvait fluctuer en fonction de l’échelle utilisée. Plus l’échelle est petite, plus on se rapproche de la mesure exacte, sans pour autant atteindre une mesure réelle. On introduit à la place de la longueur, la notion de « rugosité ».
Mandelbrot, sur la base du travail de Julia, mettra en forme sa propre équation dans ce qu’on appelle aujourd’hui l’ensemble de Mandelbrot, une icône mondialement connue, qui a même inspirée dans une certaine mesure le graphisme de la génération psychédélique, qui met en évidence le principe d’auto-similarité, de récursivité de la figure géométrique et qui surtout introduit la notion d’infini dans le champ d’étude du fini. L’avantage de ces travaux n’est pas qu’une simple innovation intellectuelle de la pensée mathématique ; en effet on trouve dans le champ de la science et de l’industrie des applications pratiques, comme notamment la découverte des antennes fractales par Nathan Cohen, qu’aujourd’hui on trouve à grande échelle… dans nos téléphones portables.

Mère et tête de toutes les églises de la ville et du monde
L’Archibasilique du Très-Saint-Sauveur, plus connue sous le nom de basilique Saint-Jean-de-Latran est omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput, Mère et tête de toutes les églises de la ville et du monde. Moins connue dans les esprits que la basilique Saint-Pierre, elle est pourtant la première des églises dans l’ordre protocolaire, avant Saint-Pierre et fait partie des quatre basiliques papales de Rome. Détruite à de multiples reprises, elle est aujourd’hui reconstruite dans un style majoritairement baroque italien (c’est à dire à mon sens, pas toujours de très bon goût). On peut toutefois encore admirer dans la chapelle du baptistère les restes de la basilique primitive, commencée en 315, avec une construction d’inspiration byzantine et des mosaïques dorées de toute beauté qui font oublier la grandiloquence fastueuse de la basilique elle-même. Il est à noter que la mosaïque de l’abside date du IVème siècle, même si elle a été profondément restaurée au XIIème siècle. On peut aujourd’hui grâce au site du Vatican visiter virtuellement (avec une musique tout ce qu’il y a de plus adaptée) l’ensemble du bâtiment comme vous ne le verrez certainement jamais, comme par exemple la chapelle Lancellotti ou la chapelle Corsini, qui ne sont pas ouvertes au public. Même si le lieu est impressionnant de grandiose et de faste, il reste une des manifestations les plus flamboyantes d’un art baroque qui ne s’est jamais embarrassé de simplicité et qui n’hésite pas à user d’une certaine théâtralité qui sied mal à un lieu de recueillement, fût-il à la tête des autres…
Il est à noter que le Président de la République Française reçoit pour comme titre celui de Chanoine d’Honneur de Saint-Pierre-de-Latran. Les deux seuls présidents de la cinquième république à avoir refusé leur intronisation sont Georges Pompidou et François Mitterrand.

















