Ca trù, la pureté vietnamienne

Ca trù, la pureté vietnamienne

Ca Trù

La pureté en musique

Un chant venu du Vietnam

De ces deux syllabes qu’on prononce avec des sons longs, on n’entend pas grand-chose, pas plus qu’on en connaît. Pourtant, le Ca trù est inscrit sur la Liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente de l’UNESCO. Apparu au XIè siècle sous la dynastie Lý, l’acculturation liée à la colonisation française et aux guerres ont quasiment fait disparaître cet art millénaire de la poésie chantée.

Généralement, une chanteuse joue du Phách, une tige de bambou frappée par un morceau de bois, et le groupe est composé d’un joueur de luth, le Đàn đáy et d’un joueur de tambour d’éloges, le Trống chầu.

Il n’y a finalement pas beaucoup à en dire, mais entendre une chanteuse de Ca trù (Ka tchou) avec ses envolées plaintives et ses trilles enchantées, a quelque chose d’un peu magique, rythmée par le son sec du bambou frappé. Le mieux est encore d’écouter cet art sensuel venu du nord du Vietnam.

A voir, pour aller plus loin, les très belles photos de Tewfic el-Sawy avec sa série sur les chanteuses de Ca trù.

L’invention du selfie par le facétieux Byron

L’invention du selfie par le facétieux Byron

L’invention du selfie

Par le facétieux Byron

DE L’art de ne pas trop se prendre au sérieux

J’imagine que se prendre en photo a quelque chose d’un peu mégalomaniaque, que l’image de soi, le reflet de soi que l’on admire à la surface de l’eau, tel Narcisse admirant sa propre image, dit quelque chose de la perception que l’on a de son propre ego. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il se cache autre chose dans ces portraits mal fichus que l’on fait de soi, comme une manière de ne pas trop se prendre au sérieux.

J’ai appris il y a quelques temps, en lisant ce très bon article de Thierry Do Espirito, que le vrai précurseur du selfie était un photographe basé à New York, Josef Byron, dit Uncle Joe. Comme le dit l’auteur, on imagine à quel point le temps de pause long a dû leur être un peu pénible. Mais je serais tenté de dire “peu importe“, au vu de la mine réjouie de ces messieurs comme il faut, parfaitement affublés de leur gabardine et de leur melon. Le facétieux Byron et ces photographes de métier se sont amusés à se prendre en photo eux-mêmes, et voilà le résultat…

Mais le plus drôle dans cette histoire, c’est qu’ils ont fait plusieurs épreuves, et lors de l’une d’elle, ils se sont fait prendre en photo, en train de se prendre en photo…

Quant au vieux Josef Byron, il n’en était pas à son coup d’essai… Et en plus, ça a l’air de le faire marrer…

Et que dire de quelques uns des selfies les plus célèbres… celui de l’astronaute Aki Hoshide, de Buzz Aldrin et de Tony Ray Jones. De vraies œuvres d’art témoignant d’une époque, d’une ambiance, ou plus simplement… d’une facétie…

Le cahier secret de Tony Lee

Le cahier secret de Tony Lee

De la même manière que Pythagore en son temps (au VIè siècle avant J.-C.) avait réussi à théoriser la gamme heptatonique en utilisant simplement des rapports de nombres entiers par la simple observation mathématique de la nature (c’est-à-dire sans utiliser d’appareil mesurant la fréquence des notes), et même si le coquin n’a fait somme toute que redécouvrir ce que les Babyloniens avaient révélé quatre mille ans avant J.-C., la contrainte iconoclaste de l’Islam a généré un mode de représentation empêchant toute caractérisation figurative ou symboliste de la nature (en réalité des êtres vivants).

De fait, cette interdiction ne concerne que les êtres vivants et l’histoire, si elle n’est pas claire en soi, peut être comprise par la destruction des idoles des polythéistes de la Ka’ba, à partir de laquelle le peintre et le sculpteur sont considérés comme des criminels devant Dieu… On retrouve quelques bribes qui évoquent cette interdiction dans les hadiths, à défaut d’être présente dans le Coran lui-même. Quoi qu’il en soit, il n’existe pas de théorie à proprement parler de l’image, que ce soit dans le Coran ou dans les hadiths. Ce ne sont que des interprétations. On peut surtout interpréter cette interdiction comme une peur de l’idolâtrie plus que de l’image elle-même :

« Certes, ceux qui font ces dessins seront châtiés au jour de la résurrection : on leur dira : donnez la vie à vos créations. »

— Bukhârî, LXXVII, 89, 2

Il n’est au final pas question de châtiment, ni de musique, mais d’un cahier trouvé au hasard de mes pérégrinations sur la toile. Tony Lee, ou A.J. Lee (on peut supposer qu’il s’appelle – ou s’appelait – Anthony) est un inconnu, un strict inconnu découvert sur une page web dont la dernière mise à jour date de 2009, et dont la date de création doit remonter à ce qu’on pouvait trouver au début des années 2000. Bref une page toute bête, sans fioritures, donnant quelques informations sur un cahier scanné, dont la date de conception remonte entre 1964 et 1985, autant dire une antiquité. Et là, c’est une découverte fantastique. Ledit Tony Lee a consigné sur un cahier ligné toutes ses observations mathématiques et ses études sur l’étoile dans les motifs d’art islamique. Une bible de toute beauté, difficilement déchiffrable et remettant à plat toutes les méthodes de construction des motifs arabes. Écriture sobre, sans correction, à peine quelques ajouts, traits assurés, dessins parfaits et commentés, diagrammes, tableaux de valeurs… Un vrai beau cahier d’études comme on n’en trouverait plus aujourd’hui, habitués que nous sommes à tout écrire sur ordinateur.

Commencer la lecture de ce cahier revient à plonger dans un univers lumineux dans lequel on se rend compte que les chiffres et les bases de la géométrie sont en relation directe avec le divin, c’est-à-dire la création. Si l’homme est capable de donner vie à des formes géométriques qui se croisent et s’entrecroisent et qu’il est de plus en capacité de donner à voir ce que l’univers a d’harmonieux, de constant et d’organisé, c’est qu’il est à deux doigts de connaître un des secrets de l’univers, sans toutefois pouvoir s’en approcher plus que ça. Icare ne risque plus de se brûler les ailes en approchant le soleil de trop près. Cette forme d’art est en quelque sorte un révélateur de la puissance de la connaissance mais aussi de sa limite.

Pour télécharger l’intégralité de ce cahier, c’est sur cette page. Le site est en réalité une base de données permettant de rechercher des motifs selon plusieurs critères. A tiling database.

Photo d’en-tête © Christopher Rose

Le miracle de Saint Janvier de Bénévent

Le miracle de Saint Janvier de Bénévent

C’est un saint qui est passé relativement inaperçu dans les hagiographies principales. Pourtant, Janvier de Bénévent est l’héritier direct d’un dieu romain dont il tire son nom, Janus, le dieu bifrons, à deux têtes, dieu des débuts et des fins, des choix et des portes, célébré le 1er janvier et qui marque le début de l’année du calendrier romain. Ce qui fit de Janvier de Bénévent un saint, c’est son martyr pendant la période de persécution anti-chrétienne de la Tétrarchie sous Dioclétien, suite à quoi il mourut décapité en 305 après avoir passé une vie exemplaire emplie de miracles plus ou moins extraordinaires, relatés notamment par Alexandre Dumas qui déploya ses talents littéraires au service du saint lors de son voyage à Naples, ville dont Saint Janvier est le saint patron. Voilà pour le décor. Pour des raisons pratiques, nous appellerons l’homme San Gennaro. Dans l’histoire, ce n’est ni l’histoire de son martyr, ce qui est somme toute commun à presque tous les saints de la Chrétienté (et parfois fatigant à entendre), ni l’iconographie hagiographique du saint dont la plus célèbre représentation est ce très beau tableau peint par le caravagiste flamand Louis Finson (Ludovicus Finsonius) entre 1610 et 1612, qui nous intéresse, mais bien plutôt ce qui en reste aujourd’hui, à savoir le miracle de la liquéfaction de son sang…

Louis Finson -Saint Janvier – 1610-1612 – Palmer Art Museum at Pennsylvania State University

La légende veut que le sang du saint homme ait été recueilli dans deux ampoules de verre suite à sa décapitation en 305 après- J.-C., lors du transfert de sa dépouille vers sa catacombe. Après une histoire pour le moins épique et confuse, le corps du saint repose en partie dans une urne de bronze, tandis que le sang séché placé dans les ampoules sont conservées dans le reliquaire de la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption à Naples. Aujourd’hui, le miracle ne peut avoir lieu que si les deux ampoules sont rapprochées des restes du corps du saint, phénomène qui a été attesté plus de mille ans après la mort du saint, en 1389. Depuis ce jour, le phénomène de l’ostension du sang dans la cathédrale est opéré trois fois par an, et la liquéfaction, si elle est observée, est considérée comme un signe bénéfique pour la ville ; il arrive même parfois que le sans entre en ébullition. Toutefois, il arrive régulièrement que le sang ne se liquéfie pas.

Voici pour la légende et pour le miracle, miracle que toutefois, l’Église ne reconnait pas en tant que tel. Il est arrivé au cours de l’histoire de ce miracle, plusieurs anomalies. Tantôt le sang est liquéfié dès l’ouverture de la châsse, tantôt il ne se liquéfie pas du tout lors de l’ostension. Signe des temps, le Pape François est venu assister à la cérémonie, mais voyant que le sang ne se liquéfia que partiellement, il eut ce trait d’humour de circonstances : « On voit que le saint nous aime seulement à moitié… »

Procession de San Gennaro à Naples. Photo © Italy Magazine

Bien évidemment, cette histoire est étrange, agitant aussi bien la ferveur aveuglée d’un peuple joyeux et fier que les hypothèses les plus saugrenues des scientifiques qui ne peuvent admettre que cela se passe comme cela se passe… Le fait que l’Église elle-même n’atteste pas ce miracle comme un miracle 100% pur miracle est un signe que l’on se trouve face à un événement dont personne ne comprend l’origine. On pourrait croire à une organisation bien rodée qui consiste à montrer aux gens ce qu’ils sont prêts à voir, ou tout au moins à induire leur perception des choses, mais le fait est que, quelle que soit la nature de la « chose » qui se trouve dans ces deux ampoules, cela se transforme bien en liquide. Alors peut-être qu’un jour on découvrira le secret, ou alors la supercherie, mais pour l’instant la ville de Naples continue de vivre au rythme des trois processions annuelles qui rendent son peuple attentif à leur saint protecteur, à la vie de leur communauté et au bien-être de chacun. Au fond, c’est tout ce qui compte…

A lire également : les doubles vies de Pompéi.

เบญจรงค์ (Benjarong)

เบญจรงค์ (Benjarong)

C’est une maison en bois en plein cœur de la ville, que tous ceux qui sont passés par ici connaissent forcément. Difficile de passer à côté. Le chemin où ne passe aucune voiture et qui longe le khlong a peine à donner idée de ce que l’on peut trouver derrière les murs humides, rongés par une vermine d’eau, de la propriété. On se trouve à quelques mètres de Thanon Phaya Thai dans le quartier de Ratchathewi. Sur la rive opposée, une petite mosquée dissimulée dans les habitations de tôle et de bois, derrière le linge qui tente de sécher, et l’arrêt du Khlong Saen Saep Express Boat, Ban Krua Nua sur la gauche. A droite, l’arrêt de Hua Chang Bridge, et au milieu, les remugles vaseux du khlong tourmenté par les passages fréquents des bateaux à moteur effilés qui n’hésitent pas à courir les vagues qui se dessinent sur le cours d’eau improbable dans cette ville tentaculaire et qui finalement la rend un peu plus tranquille, un peu plus humaine, même si le bruit de fond de la circulation ne s’éteint jamais réellement.

Dans une des pièces de cette maison de bois, installée sur le bord d’un jardin clos, un jardin où la nature a su résister à la ville, se trouve une pièce au parquet vernis fait de larges lames tellement bien ajustées que l’on en aperçoit à peine les limites, créant une étonnante illusion de miroir végétal et sombre. Derrière les volets en bois ajourés, à moitié ouverts, l’air à peine à entrer et la chaleur de la ville s’insinue continuellement sans vraiment dire son nom. C’est ici que se trouve la plus fabuleuse collection de benjarong qui soit donnée de voir. Ce n’est certes pas la plus riche, ni la plus belle, mais c’est un peu comme si elle avait retrouvé son élément d’origine. Bols à riz, sucriers, pots à couvercle surmonté d’un bouton de fleur de lotus, petites assiettes, vases, urnes… Le benjarong est ici représenté sous toutes ses formes. En thaï, benjarong signifie « cinq couleurs ». Pour en retrouver sa trace dans l’histoire, il faut partir en Chine, sous le règne de l’empereur Ming Xuanzong (明宣宗), dans la province de Zhejiang.

Il était bien évidemment entendu que le benjarong était uniquement destiné à l’empereur de Chine, mais le jour où une princesse chinoise se maria avec le roi de Siam, elle emporta avec elle quelques pièces qui firent sensation à la cour, qui depuis ce jour font partie des attributs royaux du Siam. Produits alors dans cette région du monde, il fut adopté et dès lors produit en Thaïlande sous l’impulsion du roi Rama V (Chulalongkorn) qui fit venir de Chine des artistes accomplis afin d’en assurer la technique.

Le dessin du benjarong est uniquement floral et ne comporte que cinq couleurs, comme son nom l’indique. Seuls sont utilisés le blanc, le noir, le jaune (souvent traduit par une peinture dorée), le rouge et le vert. Si l’on y parfois du bleu, c’est en remplacement du vert ou du noir, mais on ne trouve jamais que cinq couleurs. Cette porcelaine n’est utilisée que pendant les grandes occasions, les mariages, le Nouvel An, mais ce n’est en aucun cas un objet usuel, raison pour laquelle il n’est admis aucune espèce d’imperfection, que ce soit dans le dessin, le résultat de la cuisson, ou même la forme de la poterie. Plus le dessin est fin, plus les formes géométriques sont délicates et imperceptibles à l’œil nu, plus il est précieux.

Photo © Asianinsights

 

Photo d’en-tête © Whispers of style

Moka au bar aux portes du Taklamakan, dans l’oasis dévastée de Tourfan

Moka au bar aux portes du Taklamakan, dans l’oasis dévastée de Tourfan

Sale habitude chez ces cartographes que de dessiner les plans de pays qui n’existent que dans leurs rêves… On aurait pu les croire sur parole, leur attribuer le mérite de l’invention de nouvelles terres, on aurait même pu les suivre les yeux fermés en se disant que de nouveaux mondes étaient à portée de vue… mais voilà qu’ils nous servent des cartes dessinant le contour des déserts, à la lisière d’étendues de sables dont l’échelle nous laisse supposer qu’il n’y a que la mort au bout de la route. Le sable, la poussière, les vestiges des âmes perdues sur les routes commerçantes, les oasis dévastées, les maisons de torchis protégeant encore à demi-mots les derniers ustensiles de la vie quotidienne.

Tourfan fait partie de ces vestiges du passé, dont il ne reste plus rien aujourd’hui. L’âme de Tourfan, en tout cas, a disparu. Tourfan, un nom qui sonne bien peu chinois (Turpan, تۇرپان en ouïghour), et qui pourtant est une des principales préfectures de l’immense région autonome du Xinjiang, coincée entre la Mongolie et le Kazakhstan. En réalité, Tourfan n’a jamais eu un grand  intérêt en soi. En revanche, les alentours sont truffés de vestiges encore visibles aujourd’hui, comme la grotte des mille bouddhas de Bezeklik, ou les vestiges de la culture gushi à Gaochang (قاراغوجا, Qara-Hoja), à deux pas des Monts Flamboyants, ces immenses falaises de grès rouges qui réfléchissent une chaleur incroyable. Voilà. Nous sommes au cœur de la Chine que l’on nommait autrefois Turkestan Chinois, où les températures dans ces plaines et ces montagnes désertiques peuvent facilement monter à plus de 40°C.

Albert von Le Coq, archéologue un peu replet et portant fièrement son nom français qui trahit des origines huguenotes, parcourt les anciennes routes commerciales. Avec son adjoint Bartus, ils prélèveront des fresques à la scie directement dans les grottes de Bezeklik, remplissant ainsi près de 300 caisses de bois remplies de bourre de coton et de feutre d’antiquités et de fresques fragiles, qui rentreront en Allemagne et qui seront allègrement détruites pendant les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale… Tragique histoire que ce pillage systématique justifié par une soi-disant instabilité politique de la région à cette période. C’est lui qui ramènera notamment cette superbe fresque représentant Bouddha ainsi qu’un moine aux cheveux roux et aux yeux bleus, certainement un tokharien, le tout peint dans un style aux drapés qui ne sont pas sans rappeler les influences de la statuaire grecque, et les couleurs de l’art byzantin. Curieux syncrétisme témoin d’une époque où l’art voyageait plus vite que les hommes…

Fresque de la grotte des mille bouddhas de Bezeklik représentant un moine tokharien

La ville de Tourfan se trouve à deux cent quarante kilomètres au nord du point ultra-secret, situé près de Lou-lan, où la Chine a testé ses premières armes nucléaires. Cette verte et fertile oasis consiste en une très vaste dépression naturelle d’environ sept cent soixante dix mille kilomètres carrés, que les géographes considèrent comme l’une des plus profondes à la surface du globe. Autour de la ville s’élèvent des collines portant des traces de tremblements de terre, et dépourvues de toute vie, ainsi que d’autres déserts tout aussi stériles. Au nord se dresse la cime enneigée du Bogdo-Ola (la « montagne de Dieu »), plus hautes que tous les sommets d’Europe, et qui forme l’éperon oriental du grand T’ien Shan. Le paysage grandiose et austère de cette région rappelait au voyageur britannique Sir Eric Teichman, qui traversa cette partie du Turkestan au cours de l’hiver 1935, le Grand Canyon du Colorado. Il faisait si froid que les membres de son groupe devaient chaque matin allumer des feux sous les moteurs pour les faire démarrer, « procédé très dangereux », souligna-t-il, mais considéré comme très courant dans cette partie du monde. Au contraire, en été, la chaleur était si intense que le mercure montait en flèche jusqu’à cinquante-cinq degrés, contraignant même les habitants de la région à se réfugier dans des caves spécialement creusées à cet effet. Cependant, quelques uns des villages-oasis les plus fertiles du Turkestan chinois y vivent, disséminés à travers ce paysage aride et desséché. Au moment de l’apogée de la Route de la Soie, les vins, les melons et les raisins frais de ces oasis approvisionnaient la cour impériale de C’hang-an. Le secret de cette étonnante luxuriance réside dans un ingénieux système d’irrigation originairement emprunté à la Perse, et qui, grâce à de profonds canaux souterrains, apporte l’eau des neiges, provenant des montagnes du Nord, à ces communautés, qui, sans cela, n’aurait pu survivre.

Les deux Allemands poursuivirent leur voyage vers Tourfan, située à deux cents soixante kilomètres à l’intérieur du Turkestan chinois, où ils firent très vite connaissance avec la vie répugnante des insectes. Outre les moustiques, les mouches, les simulies, les scorpions et les poux, il existait deux types d’araignées particulièrement déplaisantes. La première appartenait à une espèce capable de sauter ; son corps avait la taille d’un œuf de pigeon, ses mâchoires émettaient une sorte de crissement de dents, et elle avait la réputation d’être venimeuse. La seconde était plus petite, noire et poilue, et vivait dans les trous creusés dans le sol. Sa piqûre était particulièrement redoutée, car si elle n’était pas mortelle elle pouvait être très dangereuse. C’était cependant les cafards de Tourfan qui dégoûtaient le plus les Allemands. A. von Le Coq, écrivait « Un homme qui se réveillait le matin avec une telle créature assise sur son nez, ses grands yeux en train de le fixer et ses antennes qui tentaient d’attaquer les yeux de sa victime, tombait irrémédiablement malade. On avait l’habitude de saisir l’insecte, non sans éprouver un horrible dégoût, et de l’écraser ; il se dégageait alors une odeur extrêmement désagréable. »

Peter Hopkirk, Bouddhas et rôdeurs sur la route de la soie
Picquier poche

Paul Pelliot à Dunhuang (Touen Hang)

Carte disponible sur Gallica.